‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 7 sur 91 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

mêlée de nos désirs, de nos haines et de nos ambitions, pourrait ne pas sembler assez désintéressé et nous attirer un ironique : <( Vous êtes orfèvre, M. Josse ! » Mais du moins pouvons-nous invoquer ici l'autorité d'un homme étranger à la question. Voici comment s'exprime M. Emile Montégut dans la Reirue des Deux Mondes de juin 18(32. M. Montégut parle, en cet article, de la musique. Mais ce qu'il dit ne s'applique pas moins exactement à la poésie. « Combien les âmes sont séparées les unes des autres, la plupart des hommes ne s'en doutent guère. Les âmes s'ignorent et n'ont que de rares occasions de comnuiniquer entre elles. Les cloisons charnelles qui les protègent sont épaisses et sourdes, et les paroles les plus sages et les plus religieuses viennent s'émousser et s'amortir contre elles... Si rares sont les occasions de sympathie que l'on compte, dans la vie, les événements qui favorisent la rencontre fraternelle des âmes et les heures bénies où il leur a été permis de révéler ce qu'elles étaient... Et puis, lors même que les âmes se visitent et se recherchent, elles ne se pénètrent qu'imparfaitement, faute d'un langage qui les révèle les unes aux autres. Le langage humain n'exprime d'elles que la partie la plus banale et la plus superficielle, si bien qu'un regard muet et un serrement de main en disent plus long sur leur nature que les discours les plus éloquents et les paroles les plus ornées. Aussi se quittent-elles toujours sans s'être jamais dit ce qu'elles avaient à se dire réellement. Mille obstacles contribuent encore à rendre inintelhgible ce langage déjà si pauvre, si impuissant par lui-même ; l'éducation, le préjugé, la fortune, le génie. Un degré de plus ou de moins dans l'éducation et les hommes ne se com-

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