INTRODUCTION XV
prennent plus. Si le pauvre ou rignorant a une àme, ce n'est vraiment que pour ses semblables, qui le comprennent à travers les bégaiements et les défaillances de sa langue. La sympathie qui est en lui, ainsi refoulée et comprimée, s'aigrit et s'endurcit, et tandis que les autres hommes parviennent à se dire, à peu près correctement, qu'ils no s'aiment et ne se comprennent que médiocrement, lui, il ne parvient à exprimer ses soufifrances, ses embarras et sa haine que par des dissonances et des éclats de voix pareils à ces horribles bêlements par lesquels les muets, sollicitent la charité des passants.
« Or, voici les miracles qu'acconqîlit cette magie des sons qu'on appelle « la musique ». Elle perce ces cloisons charnelles qui éteignent les paroles humaines, elle donne aux âmes un moyen de communiquer entre elles, elle crée un langage dont le plus ignorant et le plus pauvre sentent toute la puissance et la douceur. Elle parle et soudain les âmes (jui l'écoutent gémissent de leur isolement, frémissent de tendresse et rayonnent de bonheur. Considérez une foule en proie à l'émotion d'une grande œuvre musicale. Quels larges flots de vie morale circulent, impalpables et lumineux, à travers la salle! Quels vifs et pénétrants courants a d'air psychique », si j'ose m'exprimer ainsi, passent sur tous ces fronts inclinés, sur toutes ces tètes absorbées par le rêve ! Quelle atmosphère mystique a été soudainement créée ! Les âmes atteintes par les traits de cette lumière sonore sont montées des profondeurs de l'être où elles se renfermaient. Elles tout à l'heure, si bien cachées, les voilà visibles. Elles regardent à travers les fenêtres des yeux et se jouent à fleur des lèvres. Ainsi, l'on voit des dauphins, à