CHAPITRE YII
On no pont nier également qne lo nionvenient ait son importance dans la tradnction de nos émotions. L'indignation, ht colère, la haine, l'ambition débordante, s'expriment en des mouvements rapides. Au contraire, la quiétude, la résignation, le renoncement, la sage philosophie se traduisent par des mouvements sans précipitation. Nous venons d'exprimer ici les principes généraux du mouvement dans la diction ; mais là encore il y a une gamme infinie de nuances. Tartufe est amoureux d'Elmire aussi bien que Pyrrhus d'Andromaque ; mais l'amour de Tartufe profond et contraint, d'autant plus tyrannique que dissimulé, a le mouvement lent et sourd d'une eau profonde dont la surface tranquille, sans remous, sans bouillonnements, trompe ceux qui s'en approchent par son apparente tranquillité.
L'amour de Pyrrhus est, au contraire, emporté, pressant comme les eaux écumantes de la mer, qui viennent menacer et battre les rocs du rivage de leurs vagues impétueuses. La passion est un monstre protéiforme qui présente à ceux qui l'étudient, pour l'interpréter, les
DU MOtVEMEiNT 241
aspects les plus mobiles, les plus décevants, les plus fugitifs ; mais de ces mouvements et des variations de ces mouvements nous pouvons tirer encore d'instructives indications.
Le mot « mouvement » est très élastique ; on lui fait dire presque tout ce que Ton veut. Tantôt il désigne la marche d'une œuvre déterminée par le rythme extérielu^; c est dans ce sens (|ue nauiu-'awns analysé^^les différeids '.( mouvements » de VOde à Napoléon II de, Victor Hugo ; tantôt il désigne' la marche générale d'un poème, d'un fragment, déterminée par le rythme, l'émotion et surtout par les idées : le mouvement est ici un rythme supérieur et général enfermant tous les autres. Dans ce sens le mot « mouvement » peut servir, au théâtre, à désigner les divisions d'une scène.
Dans le premier cas, le mouvement est indiqué suffisamment par la division du poème en strophes de différents mètres : la forme même des strophes, leur distribution, leur répétition ou leur interruption doivent servir d'indications très claires au diseur : ce derniei- n'a qu'à suivre le mouvement voulu par le poète.
Dans le second cas oii, le rythme extérieur restant le même, le diseur doit se guider d'après les idées, le mouvement est bien plus difficile à deviner, à garder, à respecter.
En voici un exemple frappant dans l'admirable poésie de Leconte de Lisle qui a pour titre les E/fes, qui a été inspirée en partie par /r liol <lrs AkIiics ilh-r Erlkonirj) de Goethe, en partie par un lied allemand.