‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 73 sur 91 · c. Coquelin, l'Art du Cuinédieii, Ollendorf, 1S · texte numérisé non relu

c. Coquelin, l'Art du Cuinédieii, Ollendorf, 1S

orchestres, ni chefs d'orchestre. Est-ce à dire que nous n'avons pas d'exécutants ou qu'ils soient inférieurs à ceux (le l'Allemagne? Non certes ! Mais ces exécutants manquent de discipline; leurs sensations sont trop individuelles et ne se fondent pas assez dans la masse commune ; ils peuvent donner l'impression de grâce, de passion, de sincérité, mais il leur manque une quahté maîtresse, la subordination à la grande loi du mouvement qui doit emporter dans sa course, noyer dans son flot, toutes les imlividualités, si intéressantes qu'elles soient ; il leur manque un chef qui absorbe dans sa personnalité toutes les autres.

La lecture d'un texte suscite en nous des sensations, des états d'âme qui tendent à s'exagérer, aux dépens les uns des autres, en s'enrichissant des éléments psychiques ou émotionnels qui sont à l'état latent dans l'organisation mentale de l'interprète. Chez tel individu, les sensations de pitié tendent à se faire jour aux dépens des sensations d'ironie ou de passion. C'est au diseur à donner à chacun de ces états la part qui leur convient et k les courber tous sous le joug du mouvement, qui reste la grande loi de la poésie lyrique.

On demandait à Démosthène quelle était la première qualité à acquérir pour un orateur : ((L'action]!» répondit-il. — « La seconde? » — « L'action ! >. — (( La troisième? » — « L'action ! »

En tenant compte des réserves très justes que nous avons faites, on peut dire que la grande loi de la diction expressive, c'est le mouvement, encore le mouvement, et toujours le mouvement.

Est-il besoin de rappeler que, malgré l'exemple de Frovos^'la première condition du mouvement dans la die-

tion expressive, c'est d'abord la sûreté de la mémoire?

Surtout preaez garde, en observant le mouvement expressif, de briser les rythmes très délicats, très fragiles du vers considéré isolément, comme unité.

Les fondre dans l'ensemble est habile. Les sup[)rimer serait d'un diseur brutal.

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