‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 79 sur 91 · VALEUR EXPRESSIVE DES ONOMATOPKES · texte numérisé non relu

VALEUR EXPRESSIVE DES ONOMATOPKES

tracter, d'étouffer la voix, d' entrechoquer les dents. Quant au vers connu :

Pour qui sont ces serpents qui sifneut sur nos têtes?

nous nous abstiendrons d'y revenir, ainsi qu'à ce dernier :

Le chagrin monte en croupe et galope avec lui.

M. Combarieu ne conteste pas la valeur représentative de certaines allitérations lorsqn'elles portent sur la syllabe tonique ou la consonne initiale de certains mots; mais il raille volontiers ceux qui prétendent découvrir cette valeur représentative en certaines sonorités, comme celles du distique :

Ariane, ma sœur de quel amour blessée.

V'ous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée?

Il écrit en condamnant la doctrine de Becq de Fouquières, où sont contenues, à la vérité, de regrettables et inutiles exagérations :

« M. Becq de Fouquières a voulu donner à ses idées la force d'une conclusion empirique. Après avoir constaté que le travail de la composition est une série d'essais plus on moins heureux où le poète passe en revue les mots qui sont le mieux appropriés à ses idées, il se croit en droit de conclure que le poète cherche constamment le rapport du son avec la pensée.

« Sommes-nous bien sûrs que les tâtonnements du poète aient pour objet les éléments sonores du langage et non son organisation purement logique et rythmique.

<( Ne se pourrait-il pas qu'au lieu de chercher la musique des vocables ses efforts aient pour but de l'éviter?

« N'est-il pas probable que cette prétendue recherche des mois n'est autre chose qu'une recherche de la pensée elle-même, encore indécise, llottante et aspirant à la clarté ))^.

Sûrement M. Combarieu n'a jamais écrit de vers, car il saurait qu'un poète, quand il a fait un vers, se le dit à lui-même pour en écouter la sonorité avant de le disséquer ou de l'analyser pour en savoir la valeur.

Un diseur qui ne se préoccuperait pas de rendre la sonorité d'un vers, quand il est composé de syllabes sonores, de le dire avec une nuance de voix un peu sombre quand il est fabriqué de syllabes étouffées, voilées ou tristes, ce diseur manquerait à tous ses devoirs.

« Dans tout vers remarquable, dit Alfred de Musset, il y a deux ou trois fois plus que ce qui est dit; c'est au lecteur de suppléer le reste, selon ses idées, sa force, ses goûts. »

Or, en admettant que le vers soit une mélodie dont chaque note serait représentée par une syllabe différente, l'ensemble, le total des sonorités émises à la fin d'un vers constitue une harmonie qui souvent contient plus de sensations et plus de sentiments que la mélodie toute nue des mots isolés ou que les mots eux-mêmes.

Pour prouver que les bons poètes, au lieu de chercher la musique des vocables, doivent tendre tous leurs efforts dans le but de l'éviter, M. Combarieu nous assure que

1. Quelques pages plus loin, M. Combarieu admet cependant qu'il y a une onomatopée remarquable dans cette expression usitée en argot : « Avoir le trac. » — Alors, que croire ?

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