XVI INTRODUCTION
l'approche de l'orale, jouer sur les flots profonds'. » Personne ne pourra nous contester le droit de substituer ici le mot poésie à celui de musique : la poésie n'est-elle pas l'origine de toute musique, n'est-elle i)as elle-même une musique plus subtile, plus riche en nuances, en délicatesses, en expressions, en tonalités, en teintes, en sonorités que toutes les autres? On mesure le timbre, la hauteur des instruments, les intervalles qui leur sont permis. Quelles mesures peut-on imposer, quelles limites peut-on marquer à la voix humaine lorsqu'elle parle la divine langue de la poésie ?
Quelqu'un nous objectera-t-il que du moins la musique est une langue accessible à tous sans études et sans préparations, nous répondrons ainsi : il y a une musique que tous les humbles comprennent, celle qui vient du cœur et de l'àme; il y a également un langage poétique accessible à tous, c'est celui qu'ont parlé les grands maîtres : si Molière et La Fontaine trouvaient des êtres réfractaires à leur vérité, à leur robuste simplicité, là où leur charme aurait échoué, en vain, vous mettriez h l'essai celui de Beethoven et de Mozart. La musique peut agir sur les nerfs d'une foule, aussi brutale et grossière que soit cette foule, la faire passer par des états de béatitude analogues à ceux qu'on suggère à des hystériques par certaines couleurs ou certains gestes. La musique ainsi entendue, mais non perçue, non comprise, quelle impression peut-il en rester? L'action de la poésie est autrement précise, autrement profonde et durable. Les poètes sont d'autres éducateurs que les uuisiciens : ceux-ci ont