CHAPITRE X L ÉTUDE D'UN TEXTE DANS LA DICTION EXPRESSIVE
Nous avons vu comment il fallait apprendre et diviser un texte, comment il fallait essayer d'en dégager le rythme : nous voudrions indiquer dans ce chapitre comment on peut en trouver la traduction exacte.
Dans n'importe quel texte, prose ou poésie, les mots qui servent à la confection de la phrase, à l'habillement et à l'équipement de l'idée ont tous une valeur absolue, doublée d'une valeur relative. La valeur absolue d'un mot, on la trouve dans le premier vocabulaire venu. Au contraire, pénétrer la valeur relative d'un terme dépend du savoir du diseur, do l'examen du contexte, des intentions de l'auteur qu'on interprète, intentions qu'il faut découvrir. Les exemples de la valeur absohie et relative des mots sont faciles à multiplier.
Tout le monde se rappelle le fameux hémistiche d'Agrippine, dans son monologue à Néron :
■' J'allai prier Pallas...
La proposition, prise en valeur absolue, n'offre rien que de normal ; mais pour un diseur qui a lu Tacite, les trois mots qui la composent se peuplent de réflexions, d'images et prennent une signification singulièrement large, hon-
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teiisement précise. Notre théâtre classique abonde en euphémismes de cette nature, en raccourcis, qui ouvrent à l'œil du connaisseur d'immenses perspectives.
De même, La Fontaine écrira dans la fable, le Rat qui s'est retiré du monde:
Oui désiguai-je, à votre avis, Par ce rat si peu secourable?
Un moine, non, mais un dervis ; Je suppose qu'un moine est toujours charitable.
Un enfant ne verra sous ces mots qu'intention prévenante et piété docile. Un lettré, plus au courant des malices du fabuliste, comprendra toute la spirituelle et médisante portée de cette phrase aux allures tranquilles et papelardes.
Dans le dialogue, au théâtre, la signification relative d'un mot peut être juste le contre-pied de sa valeur absolue.
Qu'un amant demande : « M'aimez-vuus ? » à une femme véritablement honnête, incapable de trahison, de calculs et de détours. Le « non » très net, donné en réponse, aura une valeur absolue, précise, sans atermoiements, sans arrière-pensée. Ce « non » ne laissera place à aucun espoir.
Que le môme fasse la même demande à une coquette artificieuse qui veut se faire deviner, désirer, il en recevra aussi un « non » très probablement ; mais ce congé équivaudra à une invitation, cette négation à une affirmation.
Ce sont de pareilles réticences qui établissent la vérité de l'apliorisme populaire :