‹ Les trois dictions [par] Georges Berr et Ren© DelbostChapitre 87 sur 91 · I. hiiptesslons et Souvenirs · texte numérisé non relu

I. hiiptesslons et Souvenirs

mine, dans la bouche de saint Antoine, l'hallucination puissamment coordonnée de son rêve.

« 0 bonheur! bonheur! j'ai vu naître la vie, j'ai vu le mouvement commencer. Le sang de mes veines bat si fort qu'il va les rompre. J'ai envie de voler, de nager, d'aboyer, de beugler, de hurler. Je voudrais avoir des ailes, une carapace, une écorce, souffler de la fumée, porter une trompe, tordre mon corps, me diviser partout, être en tout, m'émaner avec les odeurs, me développer comme les plantes, couler comme l'eau, vibrer comme le son, briller comme la lumière, me blottir sous toutes les formes, pénétrer chaque atome, descendre jusqu'au fond de la matière, être la matière • ! »

Dans le texte que nous avons cité de George Sand, l'auteur semble regarder les effets de la sympathie qui la porte jusqu'à épouser l'existence des êtres animés ou inanimés qui sont autour d'elle, comme un développement ou une dilatation de tout son être. Comme Gœthe, elle passe bien des heures de sa vie à regarder des cailloux.

(( J'ai passé, écrit-elle à un ami, bien des heures de ma vie à regarder pousser l'herbe, ou à contempler la sérénité des grosses pierres au clair de la lune. Je m'identifiais tellement au mode d'existence de ces choses tranquilles, prétendues inertes, que j'arrivai à participer à leur calme béatitude. Et, de cet hébétement, sortait de mon cœur un élan très enthousiaste et très passionné pour celui, quel qu'il soit, qui a fait ces deux grandes choses : la vie et le repos, l'activité et le sommeil. »

Sous l'empire d'un sentiment analogue, elle va plus

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