LE GÉNÉRAL DUMAS
nous, et nous ne faisions que changer notre ancienne captivité contre une nouvelle.
« Je fis toutes ces observations au marquis de la Squiave, et protestai, en mon nom et au nom de mes compagnons contre cet embarquement.
« Mes protestations furent inutiles : on nous entassa sur une felouque, et l'on fit voile pour Ancône.
« Il va sans dire qu'au moment de l'embarquement, je réclamais mes papiers, mes armes, mes chevaux, tous les objets qui m'avaient été volés enfin, et surtout mon sabre, auquel je tenais beaucoup, attendu qu'il m'avait été donné à Alexandrie par le général Bonaparte.
« A toutes ces réclamations, il me fut banalement répondu qu'on en référerait à Sa Majesté.
« J'ai su depuis qu'en effet cette réclamation avait été transmise au roi Ferdinand; mais comme il chassait tous les jours avec mes fusils et mes chevaux, comme il trouvait que les fusils partaient bien et que les chevaux étaient bons coureurs, fusils et chevaux, il garda tout.
« Nous arrivâmes à Ancône, ayant par miracle échappé aux Anglais et aux Barbaresques.
« A Ancône, nous trouvâmes le général Watrin, qui, nous voyant dénués de tout (nous avions vendu, pour vivre, tout ce que nous possédions), nous offrit sa bourse.
« dette bourse nous servit à nous vêtir d'abord et ensuite à donner cent piastres au capitaine napolitain qui nous avait transportés, et qui n'eut pas honte de venir nous réclamer cette somme pour sa buona viano.
<( Tel est le récit exact de ces vingt mois de captivité, pendant lesquels on essaya sur moi trois tentatives d'empoisonnement et une d'assassinat.
« Au reste, quoique ma vie ne doive pas être longue maintenant, je remercie le Ciel do^iie l'avoir conservée
jusqu'à cette heure, puisque, tout mourant que je suis, il me reste encore assez de force pour dénoncer au monde une série de traitements tels que les peuples les moins civilisés rougiraient de les faire souffrir à leurs plus cruels ennemis.
« Alex. Dumas. »
Je n'ajouterai qu'un mot à ce tragique récit : Le peu dehardes, d'effets et d'objets personnels qu'il avait pu conserver, il les vendit pour soulager la misère de ses compagnons.