CHAPITRE V
Sa disgrâce. — Sa mise en non-activilé. — Il lui nail un fils. Il meurt.
Lorsque Dumas débarqua en France (avril 1801), son général, Bonaparte, était Premier Consul.
Dumas rentrait malade, ayant un œil très atteint, ayant eu une attaque de paralysie qui laissait encore quelques traces, mais surtout atteint d'un cancer à l'estomac qui ne devait pas tarder à l'emporter.
Dès les premiers jours de sa libération, Dumas fit savoir à Paris l'état de dénuement, de détresse même, dans lequel lui et ses camarades se trouvaient. Et ayant appris que le roi de Naples, sur l'ordre de Murât, s'apprêtait à verser cinq cent mille francs aux prisonniers de guerre, il demanda à être compris dans cette répartition. Sa demande resta sans réponse.
D'autres cliagrins, d'ailleurs, lui étaient réservés. Il demandait qu'on lui payât au moins ses appointements arriérés, comme s'il n'avait pas été en prison.
Et il écrivait à Bonaparte une lettre dont voici de poignants passages :
« ... Mais, (jénéval Consul, vous connaisse:, les mallu'urs que je viens d'éprouver! vous savei- mon
jieii de fortune! vous vous rappeler, le trésor du Caire!
« Les empoisonnements successifs que fui subis dans la prison de Xaples ont tellement délabré ma scinté quel trente-six ans, f éprouve déjà des infirmités que je n'aurais dû ressentir que dans un âge plus avancé.
« ... f éprouve un autre chafjrin et qui m'est plus terrible (jue ceux dont je me suis plaint. Le ministre de la guerre ni a prévenu, par une lettre du 29 fructidor dernier, que, pour Van X, fêtais porté au, nombre des généraux en non-activité. Eh quoi! je suis, à mon âge et avec mon nom frappé d'une espèce de réforme!... Je suis le plus ancien officier de mon grade... Et voilà mes cadets qui sont employés et je me trouve sans activité!... Voijons, général Consul, fen appelle à votre cœur; permettes- quej^y dépose mes plaintes et que je remette entre vos mains ma défense contre des ennemis que je sais avoir. »
Cette lettre demeura sans effet. Bonaparte n'écouta pas son compagnon d'armes pour deux raisons : 1° Dumas devait être réellement malade, affaibli et peu propre à reprendre du service ; 2° Bonaparte n'oubliait pas la manière de conspiration et le départ d'Egypte. En refusant tout arriéré de solde et toute indemnité, il disait : Vous m'avez abandonné, tant pis pour vous ! En maintenant la non-activité, il disait : Je pourrais avoir des égards envers un bon serviteur et le tolérer, malade, dans une armée. Mais un fâcheux raisonneur et méfiant !
Bonaparte fut dur, trop dur avec Dumas. Celui-ci en conçut une tristesse profonde.
Il eut seulement un rayon de soleil dans sa vie, le jour de la naissance de son fils, le 24 juillet 1802. Qu'aurait-il dit, le bon général s'il avait su que cet enfant, pesant neuf livres et ayant dix-huit pouces de long, allait devenir plus fameux que lui-même encore! . . .