‹ Les trois DumasChapitre 16 sur 58 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Installation lï Parn. — Le général Foy. — Expédilionnairo chez le duc d'Orléans. — Les premières pièce... — Sa mère le rejoint. — Christine. — Le Théâtre-Français lui est ouvert.

En parlant pour Paris, Damas comptait bien que les anciens amis de son père, que celui-ci avait obligés autrefois, ne manqueraient pas de le servir à son tour.

Il eut, cependant, la précaution de se munir du plus grand nombre de recommandations possible. H emportait entre autres une lettre pour le général Foy.

A j)eine arrivé à Paris, il court chez les Leuven, fiuis commence la série de ses visites. Jourdan le p i;ut mal, Sébasiiani froidement et Victor, duc de Bcllune, pas du lout.

Et comme il avait dit : a Ecrivez ce que vous désirez », Alexandre Dumas s'était contenté de répondre qu'il n'avait d'autre but que de lui remettre l'original d'une lettre de remerciements que lui, Victor, avait autrefois écrite à son père, son général en chef, et qu'il lui en envoyait copie.

Restait le général Foy. Le grand orateur libéral rerut admirablement le fils du général républicain. 11 l'interrogea affectueusement sur ses ressources et son instruction. Elles étaient à peu près de niveau. Un

peu déconcerté, mais désireux de faire quelque chose, le général dit enfin :

— Donnez-moi votre adresse par écrit... Je cherclierai.

Dumas, tout confus, s'assied, écrit son nom... il était sauvé! Le hasard l'avait doué d'une superbe écriture...

Huit jours après, Foy l'avait installé comme expéditionnaire dans les bureaux du duc d'Orléans, au Palais-Royal.

C'était le pain assuré pour sa mère et pour lui, c'était Paris, le théâtre, la littérature, l'espoir enfin!

On était au mois d'avril 18:23. Dumas allait commencer à devenir le grand Alexandre Dumas, et cela n'allait pas être bien long.

11 travailla d'abord à des vaudevilles. Adolphe de Leuven l'entraînait vers ce genre facile et lucratif. Rendons au moins cette justice à Alexandre Dumas que jamais homme n'eut comme lui l'horreur de Scribe (dont son fils hérita) et de ses procédés et lorsque, comme avec Leuven et Rousseau ils se partageaient un acte en trois morceaux, il avait le plus profond mépris pour ce genre de travaux qu'il ne voulut jamais signer.

La première pièce faite ainsi, fut représentée le 22 septembre 1823 au théâtre de l'Ambigu : La Chasse et l Amour. Elle eut beaucoup de succès, au point qu'avec une partie du gain de sa pièce il put faire éditer son premier volume, recueil de nouvelles : Laurette, BUuiclie de Beaulieu, etc., sous le titre général de Nouvelles C07i temporal nés.

Mais nous n'en sommes point encore là. Pour le moment, 1823, Alexandre Dumas est expéditionnaire chez le duc d'Orléans. H s'acquitte à merveille de sa tâche, mais a le grand tort de ne pas cacher son désir de faire du théâtre. Ses chefs le lui reprochent et souvent on entend de vives discussions à ce sujet. Et un jour il osa répondre :

« — Faites de la liuérature comme Casimir Delaviçne, lui dit le hui'caucnttc et au lieu de vousblâmer, nous vous encouragerons.

« — Monsieur, répondit Dumas, je n'ai point l'àgc de M. Casimir Delavigne, poète lauréat de 1811; je n'ai pas reru l'éducation de M. Casimir Delavigne qui a été élevé dans un des meilleurs collèges de Paris; non, j'ai "l'I ans, mon éducation, je la fais tous les jours, aux dépens de ma santé peut-être, car tout ce que j'apprends — et j'apprends beaucoup de choses, je vous jure, — je l'apprends aux heures oi^i les autres s'amusent ou dorment. Je ne puis donc faire dans ce moment-ci ce que fait M. Casimir Delavigne. Mais enfin, monsieur Oudard, écoutez bien ce que je vais vous dire, dût ce que je vais vous dire vous paraître bien étrange : si je croyais ne pas faire dans l'avenir autre chose que ce que fait M. Casimir Delavigne, ch bien, monsieur, j'irais au-devant de vos désirs et à l'instant même je vous offrirais la promesse sacrée, le serment solennel de ne plus faire de la littérature. »

Heureusement qu'il ne renconira pas à son bureau que des esprits de la trempe de ce chef. Il y eut des amis qui, comme lui, rêvaient d'art et de théâtre, avec lesquels il se lia et qui eurent sur lui la plus heureuse influence.

Parmi eux, il faut surtout citer Lassagne, qui fut son collaborateur pour sa seconde pièce, La Noce et r Enterrement, jouée le :21 novembre 18:20 à la Porte- Saint-Martin.

Xous pouvons dire que c'est à Lassagne, en grande partie, que nous devons Alexandre Dumas. C'est lui qui lui apprit que la littérature comptait, parmi les génies, d autres écrivains que ceux de l'Empire, qu'il y avait une littérature étrangère en dehors des adaptations de Duciset qu'enlin, il lArj.Arr apimiknihu: f.t aimkr L'insTonU' DE Fkanck! Tous les romans d'.Mexandre Dumas viennent de là.

Dumas écouta Lassagne, il travailla, il lut tous les

On " LES TROIS DUMAS

classiques, les pnncipaux étrangers, apprit rallemand e anglais et lorsque l'idée de Christine lu vint quatre ans après son arrivée à Paris, il put dh^e mi'i'l n avait pas perdu son temps. ^ ^"^ ''

En dehors de ses heures de bureau, il prit les nn^ après les autres ces hommes de génie qd ont nom Shakspeare Molière, Corneille, Calderon^ Gœ heTt

sur ' a^niLio ^d"''^' ^'"T "^ "^ ^^'^"^ des cadavres sur la pieije d un amphithéâtre, et, le scalnel à la

main, pendant des nuits entières, 'alla iusau'au cœur chercher les sources de la vie, li le secSe la circulation du sang. Je devinai, enfin, par quel méca- ^ nisme admirable, ils mettaient en jeu les SsTt les muscles et par quel artifice ils modela[ nt ce. chairs différentes destinées à recouvrir les o semenls qui sont tous les mêmes. » ossements

d'o^:^Koi''"'"''"^ '^ P^"^^^'^" pécuniaire chez le duc d Orléans s était un peu améliorée, qu'il avait nu accomplir le vœu de son cœur, faii'e en r sa mèi-e

néTe o';uii'let^;T.i"?^ ^"%^"""' un^lTuiS I e ie IJ juillet 1824, dans sa chambre de la placedes

Italiens (aujourd'hui place Boïeldieu), d'une neUte

couturière dont ses dix-huit ans et denii' étaient ép

Qu'AJolnTeTl'" ''^i''- i^^'^^^'^' ^^"^ '^ ^'^^^a temtnt ^'"'''" ^"' ^"'^^^^^ ^n souvenir, jus-

Je v'pn! f P'?' '?" ^°"^P«g"on de ce temp - à.

Je viens de parler de ChrisUne. ^

S[^ani^'lrs:^^.^i--,rie^

Ce fut Lassagne qui le lui fournit • soir dp vnt. ^''^' ^°""" ^'^d'^^' m'avez-vous dit, le

Alexandre Dcmas père

d'après une lithographie d'Aloplie

Dumas écrivit à Nodier et ce fut Taylor qui répondit, en donnant un rendez-vous.

Huit jours après (heureux temps!), Dumas lisait au Comité, avec un succès considérable, c'était le 30 avril 18:28. Il y avait juste cinq ans qu'il était arrivé à Paris. On conviendra qu'il n'avait pas peidu son temps, surtout si Ton songe qu'il avait dû au moins consacrer la moitié de ses heures de liberté à un travail de lecture et d'érudition qui lui était nécessaire et sans lequel il n'aurait jamais été Alexandre Dumas.

Mais cette formidable et puissante nature ne reculait devant rien. 11 abattait le travail comme demain il entassera les romans, avec sa verve, son imagination, sa gaité, sa force et sa douceur de grand et large tleuve.

Christine ne sera pas jouée aux Français. Elle sera remplacée par la Christine de M. Brault, et Dumas va avoir une grosse déception, mais il a tant de ressort! II se remettra au travail avec pins de courage.

D'ailleurs, peu importe que Christine soit jouée ou non, la maison lui sera d'autant plus ouverte et, six mois i)lus tard, il y donnait Henri III et sa cour.

C'est fait, Alexandre Duiuas est né. Nous allons maintenant le voir grandir.

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