‹ Les trois DumasChapitre 2 sur 58 · M-. GÉNÉRAL DIMAS · texte numérisé non relu

M-. GÉNÉRAL DIMAS

Il était colonel dos hussards du Midi. II avait franchi tous les grades en six mois. Voici comment :

Les campagnes de France avaient commencé. Dumas était parti, un des premiers, avec son régiment pour la frontivre, au camp de Maulde, où il était sim[)le hrigadior.

Un jour, en patrouille avec quatre dragons, il surprend treize chasseurs tyroliens qui se réfugient dans une prairie entourée d'un large et profond fossé. Dumas enlève sa jument, franchit le fossé et fait prisonnier les Tyroliens épouvantés.

Son général (Beurnonville, dit son fils, Dumouricz, disent les autres), le félicita hautement et le nomma maréchal des logis.

Un gaillard aussi énergique, aussi fort que Dumas, devait avoir une grande puissance d'entraînement. Aussi se le disputait-on entre colonels ! Cela fit sa fortune.

Le colonel Saint-Georges, désirant se l'attacher, le prit comme sous-lieutenant. Le lendemain, le colonel Boyer le nommait lieutenant pour le garder. Saint- Georges n'eut plus qu'à le nommer lieutenant-colonel, ce qu'il fit avec honne grâce, avec d'autant plus de bonne grâce que Dumas se chargeait de la besogne pendant que lui, Saint-Georges, trafiquait...

Et la besogne pour Dumas, c'était de « cogner ferme », et le plus souvent possible, sur l'ennemi.

Une fois, entre autres, près de Lille, à la tète de quatorze hommes, il surpi'it un poste de quarante soldats hollandais. Il en tua treize de sa main et en fit seize prisonniers.

Le 30 juillet 1"03, il était nommé général de brigade, le 3 septembre général de division et le 8 septembre IlOB, général en chef de l'armée des Pyrénées- Occidentales. Il y avait juste vingt mois qu'il avait été nommé brigadier. 11 est vrai que le plus difficile était d'arriver au grade de colonel, et on a vu grâce à quel concours de circonstances heureuses il dut de franchir si vite les intermédiaires.

Il partit pour son nouveau poste, et à peine arrivé à Bayonne, il eut des difficultés avec les « Représentants du peuple. » Ceux-ci, dignes ancêtres, s'occupaient de tout sans rien connaître et émettaient la prétention de tenir la dragée haute au nouveau général, sous prétexte qu'il avait des opinions modérées.

Le nouveau général leur dit leur fait, leur tourna le dos et... ils capitulèrent.

C'est à Bayonne qu'il reçut le premier des surnoms dont il sera qualifié en si grand nombre pendant toute sa vie.

Il s'était installé sur la grande place de la ville, celle même oii avaient lieu les exécutions. Et chaque fois qu'une exécution avait lieu, on était sûr de voir les fenêtres de la résidence du général se fermer hermétiquement.

Alors les vociférations éclataient, les huées :

— Eh! monsieur de V Humanité! à la fenêtre!

Il n'y vint jamais.

Quelque temps après, il dut, tout de même, quitter Bayonne. La guillotine ne pardonnait pas à ses censeurs. Il reçut l'ordre de rejoindre, à la tète de 10,000 hommes, l'armée de l'ouest, dirigée contre la Vendée. A peine arrivé, il en fut nommé le général en chef. Consciencieusement il étudia sa nouvelle armée. Il la trouva dans le plus fâcheux état et, comme il n'avait pas l'habitude de cacher sa pensée, il le dit dans un rapport au Comité de Salut public, rapport qui pouvait le faire envoyer à la guillotine.

Voici les conditions qu'il mettait au prompt achèvement de la guerre : 1" renouveler l'armée; 2" renouveler les officiers généraux; 3° épurer le corps des officiers qui laissaient actuellement toute liberté au vol et au pillage.

Autrement dit : l'armée républicaine est une armée de brigands.

Au lieu de le guillotiner, on se contenta de le déplacer et on l'envoya cà l'armée des Alpes.

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Il y rcmpla<;nil Kellcrmnnn que la Convcnlion suspectait.

A peine nrrivé, il se mil à In besoi^ne, reconnut les lignes de l'ennemi, rétablit les conimunicaiiuns avec rai'mée d'Italie, étudia lui-même tous les chemins, aidé des chasseurs de chamois et enfin, ayant tout pi'évu, tout préparé jusqu'à cette suprême précaution de dire à ses soldats : « Tout homme qui tombera dans le précipice est un homme mort. Donc, inutile de crier au secours. Ce serait peine perdue pour lui et il risquerait de faire surprendre les autres » (trois tombèrent et on n'entendit pas un cri), alors il déclara simplement qu'il allait monter à l'assaut du Mont- Cenis oi!i les Piémontais s'étaient fortement établis.

II y monta avec trois cents hommes, par le seul côté où on ne l'attendait pas, le côté infranchissable et défendu seulement par une palissade, tellement les difficultés pour y atteindre étaient grandes.

Parvenus aux palissades, les hommes commencèrent à escalader. Mais le général, trouvant que la manœuvre était trop longue, l'accéléra en prenant les hommes par la ceinture et en les jetant par-dessus la palissade.

Ils tombèrent dans le camp endormi dont ils s'emparèrent sans résistance. Trente pièces de canons et mille sept cents prisonniers furent le butin de cette expédition.

En récompense de cette victoire, il reçut un billet de Collot d'Herbois l'invitant à venir se justifier!

Qu'avait-il donc fait? Passant dans le village de Saint-Maurice, il avait vu son ennemie, la guillotine, toute dressée.

— Qui cxécute-t-on?

— Quatre pauvres diables coupables d'avoir voulu soustraire à la fonte les cloches de l'église.

Une heure après, le général et son état-major se chauffaient les pieds avec le bois de la guillotine! Le général Dumas revint donc à Paris; mais, comme

on avait besoin de ses services, on le laissa tranquille.

Le 13 thermidor an II (il était à Paris depuis messidor) il était nommé au commandement de l'Ecole militaire, le 18 on l'envoyait à l'armée de Sambre-ct- Meuse et quelques jours après à Brest!

Tous ces commandements aussi peu réels qu'actifs ne pouvaient pas tarder à lui répugner. Il donna sa démission et vint prendre du repos, bien gagné, à Villers-Cotterets, auprès de sa femme qui, depuis deux ans, était accouchée d'une petite fille.

Il croyait être oublié lorsque, le 14 vendémiaire, un ordre le rappela à Paris. Il accourut, mais arriva trop tard. Bonaparte avait pris sa place. Il eut sans doute aussi bien fait que Bonaparte, ce jour-là, mais ensuite?...

Le 23 brumaire, le général Dumas rentra en activité et, après divers rapides changements, il est renvoyé comme divisionnaire à cette armée des Alpes qu'il a commandée en chef.

Sur le point de refuser, il se décida pourtant. Fidèle à son poste, il monta la garde sur les Alpes pendant que Bonaparte remportait en Italie ses premières victoires et, enfin, reçut un beau matin l'ordre de rejoindre l'armée d'Italie. Le 19 octobre IIOG il arrivait à Milan.

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