‹ Les trois DumasChapitre 20 sur 58 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

Alexandre Dumas commence à songer aux romans. — La politic|ue le clias-^e liors ûo. France. — Il y revient et s'enrichit rapidement. — Son laste : ses fêles, Monle-Crislo.

L'écœurement causé à Alexandre Dumas par les histoires de la Tour de Nesle entra-t-il pour quelque chose dans sa résolution d'ahandonner pour un temps le théâtre?

En tout cas, c'est en 1832 que ce besoin de « changer d'air » le prit.

Il va nous le raconter lui-même :

« Or, en 1832, déjà je commençais à trouver que faire du théâtre, je ne dirai [loirit ne m'occupait^ pas assez, mais m'occupait trop de la même occupation. J'avais, comme je l'ai dit, essaye d'écrire quelques petites nouvelles : Laurette, le Cocher de cabriolet, la Hase rouge. J'ai raconté que j'avais fait imprimer, sous le titre de SouveUes contemporaines, ce volume à mes frais, ou plutôt aux frais dénia pauvre mère et (ju'il s'en était vendu six exemplaires à trois francs ; ce qui me laissait à cinq cent quatre-vingt-deux francs au-dessous de mes frais.

« Un des six exemplaires vendus, ou plutôt, probablement, un des trois ou quatre cents exemplaires donnés, était tombé entre les mains de M. le direc-

leur (le la Revue des Deux Mondes, et il avait jugé que, si faibles que fussent ces nouvelles, l'auteur qui les avait écrites pourrait, en travaillant, faire quelque chose.

« Ce directeur se nommait M. Buloz. Sous le règne de Louis-Philippe, il était devenu une puissance dans l'Etat; aujourd'hui encore, il est resté une puissance dans la littérature.

« Il est bien entendu que ce n'est point par sa valeur littéraire personnelle que M. Buloz est une puissance; c'est par la valeur littéraire des autres, employée à forte dose.

« Nous avons inventé, Hugo, Balzac, Soulié, de Musset et moi, la littérature facile; et nous avons, tant bien que mal, réussi à nous faire une réputation avec cette littérature, si facile qu'elle fût.

« M. Buloz avait inventé, lui, la littérature ennuyeuse; et, tant bien que mal, il s'est fait une fortune avec cette littérature, si ennuyeuse qu'elle soit.

« îl va sans dire que, pour son compte, M. Buloz n'a jamais fait non seulement une ligne de littérature facile, mais même une ligne de littérature ennuyeuse.

(^ Ce n'est point que, quand M. Buloz s'avise d'écrire, il ne soit ennuyeux comme M. tel ou tel, et même davantage ; mais il ne suffit pas d'écrire pour faire de la littérature.

« M. Nisard a difficilement, laborieusement, ennuyeusement expliqué un jour ce que c'était que la littérature facile. Nous tâcherons de dire, nous, et de dire d'une façon amusante, ce que c'est que la littérature ennuyeuse.

« Il est vrai que nous pourrions mettre un renvoi ici, et dire « Voir M. Désiré Nisard ou M. Philarète Chasles » ; mais nous connaissons nos lecteurs, ils aimeraient mieux nous croire que d"y aller voir.

« MM. Désiré Nisard et Philarète Chasles viendront à leur tour. Occupons-nous maintenant de M. Buloz.

« M. Buloz, d'abord compositeur, puis prote dans

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une iniprimorie, était, cii \H'M), un homme de trentequatre (»u tronte-cinq ans, [)àle de teint, avec une barbe rare, les yeux mal d'accord, les traits plutôt effacés que caractéristiques, les cheveux jaunâtres et clairsemés; au moral, taciturne, presque sombre, mal disposé à répondre par une surdité naissante, maussade dans ses bons jours, brutal dans ses mauvais, en tout temps d'un entêtement coriace.

« Je l'avais connu par Bixio et par Bocage. Tous deux, à cette époque, étaient liés avec lui. M. Buloz a été, de[)uis, pour eux c<^ qu'il est pour tout le monde, c'est-à-dire infidèle à une amitié quand il n'est point ingrat à un service. Je ne saurais dire comment il est aujourd'hui avec Bixio; mais je crois pouvoir assurer qu'il est très mal avec Bocage.

« Nous n'étions pas riches à cette époque ; nous mangions dans un petit restaurant de la rue de Tournon, attenant à l'hôtel de VEmpereii)' Joseph II, et oii l'on servait des dîners pas très mauvais, ma foi ! à six sous le plat.

« L'ambition de M. Buloz était d'avoir une Bévue ; j'eus le bonheur de l'aider dans cette ambition, je crois avoir déjà dit comment; qu'on m'excuse si je me répète.

ce M. Bibingde Leuven avait un journal qui marchait assez mal, un journal de luxe, comme les gens riches ou à fantaisies en ont pour se ruiner; — on l'appelait le Journal des Voyages.

« Adolphe et moi décidâmes M. de Leuven à vendre ce journal à Buloz.

« Buloz, Bocage, Bonnaire,et je crois même Bi\io, réunirent quehiues fonds et devinrent propriétaires du susdit journal, qui prit le titre de Revue des Deux Mondes.

« Cela se passait en IH'M ou 183^.

« Nous nous mîmes tous à travailler de notre mieux à ce journal, que nous regardions comme un enfan

]'() ILS n;- >is I IL MAS

couvé en commun, et que nous aimions d'un amour paternel.

« Le premier lait que je lui donnai à sucer, pour mon compte, fut un Voijage en Vendée qu'on a retrouvé en partie dans mes Mémoires.

« Puis voici ce qui m'arriva :

« J"ai dit ma profonde ignorance historique, j'ai dit mon grand désir d'apprendre; j'entendais fort parler du duc de Biiurgogne : je lus Vllisloire des ducs de Bourgogne, de Barante.

« Pour la première fois, un historien français laissait à la chronique tout son pittoresque, à la légende toute sa naïveté.

« L'œuvre commencée par les romans de Walter Scott s'acheva dans mon esprit. Je ne me sentais pas encore la force de faire un roman tout entier; mais il se produisit alors un genre de littérature qui tenait le milieu entre le roman et le drame, qui avait quelque chose de l'intérêt de l'un, beaucoup de saisissant de l'autre, où le dialogue alternait avec le récit; on appelait ce genre de littérature : scènes historiques.

« Avec mon aptitude déjà bien décidée au théâtre, je me mis à découper, à raconter et à dialoguer des scènes historiques tirées de VHistoire des ducs de Bourgogne.

« Elles étaient empruntées à l'une des époques les plus dramatiques de la France, au règne de Charles VI ; elles me donnaient la figure échevelée du roi fou, la poétique figure d'Odette, l'impérieuse et adultère figure d'Isabel de Bavière, l'insoucieuse figure de Louis d'Orléans, la terrible figure de Jean de Bourgogne, la pâle et poétique figure de Charles Vil ; elles inc donnaient llle-Adam et son épée, Tanneguy-Duchatel et sa hache, le sire de Giac et son cheval, le chevalier de Bois-Bourdon et son pourpoint doré,Périnet-Leclerc et ses clefs.

« Puis elles m'offraient l'avantage, à moi, déjà metteur en scène, de me donner un théâtre connu où faire

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mouvoir mes pcrsonnai^os, puisque les événements i^c passaient aux environs de Paris, et à Paris même,

« Je commen(;ai à composer mon livre, le poussant devant moi, comme un laboureur fait de sa charrue, sans savoir précisément ce qu'il adviendrait. Il en advint Isabcl de litivinr.

« Au fur et à mesure que j'achevais ces scènes, je les portais à Buloz ; Buloz les portait à Tiniprimerie, les imprimait, et, tous les quinze jours, les abonnés me lisaient.

<' Dès ce moment éclatèrent dans ces essais mes deux l)rincipalcs qualités, celles qui donneront dans l'avenir quelque valeur à mes livres et à mes pièces de théâtre : le dialogue, qui est le fait du drame; le récit, qui est le fait du roman.

« Ces qualités, — on sait avec quelle insouciante franchise je parle de moi, — ces qualités, je les ai à un degré supérieur.

« A cette époque, je n'avais pas encore découvert en moi deux autres qualités non moins importantes, et qui dérivent l'une de l'autre : la gaieté, la verve amusante.

« On est gai, parce que l'on se porte bien, parce (ju'on a un bon estomac, parce qu'on n'a pas de motifs de chagrin. Cela, c'est la gaieté de tout le monde.

« Mais, moi, j'ai la gaieté persistante, la gaieté qui se fait jour, non pas à travers la douleur, — toute dituleur me trouve, au contraire, ou compatissant pour h's autres, ou proiondément atteint dans moi-même, — mais qui se fait jour à travers les fracas, les chagrins matériels, et môme les dangers secondaires.

« On a de la verve, parce que l'on est gai ; mais souvent cette verve s'éteint comme une Ihuiinic de punch, s'évapore comme une mousse de vin de Chanq)agne.

« Un homme gai, nerveux, plein d'entrain en paroles, est parfois lourd et maussade seul, en face de son {)apier, la plume à la main.

" Au contraire, le travail m'oxcite; dès que j'ai la

plume à la main, une réaction s'opère; mes plus folles fantaisies sont souvent sorties de mes jours les plus nébuleux. Supposez un orage avec des éclairs roses.

« Mais, comme je l'ai dit, à cette époque de ma jeunesse, je ne me connaissais ni cette verve ni cette gaieté.

« Un jour, je recommandais Lassailly à Oudard.Il s'agissait d'un secours, je crois. Ma lettre, au lieu d'être lamentable, était gaie, mais, dans sa gaieté, pressante et imprégnée de cœur.

« Lassailly lut la lettre, qu'il devait remettre luimême, et, se retournant de mon côté d'un air stupéfait :

« — Tiens! dit-il, c'est drôle !

« — Quoi?

« — Vous avez donc de l'esprit, vous ?

« — Pourquoi donc n'en aurais-je pas? Envieux!

« — Ah! c'est que vous seriez peut-être le premier homme de cinq pieds neuf pouces qui en eût eu!

« Je me rappelai plus d'une fois, en faisant Porthos, ce mot plus profond qu'il ne paraît au premier abord.

« Mon brevet d'esprit me fut donc donné par Lassailly, garçon qui ne manquait pas d'un certain mérite, mais qui, du côté de l'esprit, était aussi mal partagé de la nature que l'était, du côté de la finesse, le renard auquel on avait coupé la queue.

« D'ailleurs, à cette époque, j'aurais reconnu cette merveilleuse qualité de la gaieté, que je l'eusse renfermée au fond de moi-même, et cachée avec terreur à tous les yeux.

(( Alors, la seule gaieté permise était la gaieté salanique, la gaieté de Mélhistopliélès ou de Manfred.

« Gœthe et Byron étaient les deux grands rieurs du siècle.

« J'avais mis, comme les autres, un masque sur mon visage. Voyez mes portraits de cette époque-là : il y en a un de Devéria, fait en 1831, qui peut parfaite-

ALi;xANnni: dumas

ment, et avec quelques niodilicntidiis, devenir le pnrtiait (l'Anlony.

« Ce masque, au reste, devait tomber peu à peu, et laisser mon visage à découvert dans mes Impressions de voiicifie.

« iMais, je le répète, en 183:2, je posais encore pour Manfred etChilde Ilarold.

« Or, comme on n'a, quand on est un tempérament impressionnable, de ces sortes de travers-là qu'avec une époque tout entière, l'époque qui posait elle-même pour le sombre et pour le terrible, api'ès avoir fait un succès à mes débuts, comme poète dramatique, fit un succès à mes débuts comme romancier.

Le succès des Seènes historiques allait encourager Humas à continuer dans celte voie, lorsque la pniilique l'en empécba.

Les troubles qui éclatèrent aux funérailles du général Lamarque et auxquels il prit part le firent dénoncer comme ré|)ublicain.

Lisez cet extrait du rapport :

« M. Alexandi-e Dumas, demeurant rue Saint-Lazare, dans une maison bâtie par des Anglais, est, en effet un républicain dans toute l'acception du terme. Il était employé dans la maison du duc d'Orléans avant la llévolution de .luillet. 11 y resta encore quelque temps après; mais n'ayant pas voulu prêter serment de fidélité au roi Louis-Pbilippe, il quitta son service. »

L'éventualité de son arrestation fut sérieusement discutée. 11 partit donc pour la Suisse, d'où il rapporta ses Impressions de vijafie. 11 raconte dans ses Mémoires que c'est une des singularités de sa vie, d'avoir connu tous les |)rinces; et, avec les idées les plus réj)ublicaines de la terre, de leur avoir été atlaclié du profond du cœur.

Pourtant le tliéàtre le tourmentait toujours. Et pen-

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dant qu'il était en Suisse, on représenta de lui, à Paris, un drame, le Fils de l'émigré, qui eut une chute mémorable.

Cette chute ne fit que confirmer Dumas dans son intention d'écrire des romans.

Tout était apaisé, il revint à Paris et commença cette série ininterrompue de romans qui ont charmé et charment encore les générations.

A peine entré dans le roman, il y eut un succès considérable. Les journaux, les revues, les éditeurs, devinrent ses plats valets et Alexandre Dumas, emporté par le vertige qui le tint toujours, se mit à dépenser comme il travaillait, immodérément et inconsidérément. Cela devenait chez lui une sorte de griserie, de folie de l'argent, comme le déversoir naturel de son exubérance.

11 va d'ailleurs nous faire lui-même le récit d'une de ses fêtes.

11 commence d'abord par trouver son appartement trop petit :

« Un bal, donné par moi, nécessitait trois ou quatre cents invitations ; et le moyen de tenir à trois ou quatre cents dans une salle à manger, un salon, une chambre à coucher et un cabinet de travail?

« Heureusement, j'avisai, sur le même palier, un logement de quatre pièces, non seulement libre, mais encore vierge de décoration, à parties glaces qui étaient placées au-dessus des cheminées, et le papier gris bleu qui tapissait les murs.

« Je demandai au propriétaire la permission d'utiliser ce logement au profit d'un bal que je comptais donner. Cette permission me fut accordée.

« Maintenant, il s'agissait de décorer l'appartement.

« C'était l'affaire de mes amis les peintres.

« A peine surent-ils le besoin que j'avais d'eux, qu'ils vinrent m'offrir leurs services.

Al.KXAXDUi: DUMAS 12")

« II y avait quatre pièces à peindre; on se partagea la besogne.

« Les décorateurs étaient tout simplement Eugène Delacroiv, Louis et Clément Boulanger, Alfred et Tony Johannot, Decamps, Granville, Jadin, Barye, Nanteuil, — nos premiers artistes enfin.

« Les Ciceri se chargeaient des plafonds,

« Il s'agissait de tirer un sujet d'un roman ou d'une pièce de chacun dos auteurs qui seraient là.

« Eugène Delacroiv se chargea de peindre le roi Rddrigue après la défaite du (luadalété, sujet tiré du Romancero, traduit par Emile Deschamps ; — Louis Boulanger choisit une scène de Lucrèce Borgia, — Clément Boulanger, une scène du Sire de Ciac, — Tony Johannot, une de Ci)iq-Mars, — Deschamps promit un Debureau dans un champ de bléémaillé de coquelicots et de bluets ; (îranville prit un panneau de douze pieds de long sur huit de large, où il s'engagea à reproduire toutes nos charges dans un tableau représentant un orchestre de trente ou quarante musiciens, les uns froissant des cymbales, les autres secouant des cha- [)eaux; chinois, ceux-ci soufflant dans des cors de bassons, ceux-là tenant des violons et des basses. En outre, il devait faire des danses d'animaux au-dessus de chaque porte.

" Barye prit pour lui les supports des fenêtres : des lions et des tigres de grandeur naturelle formeraient ces supports. — Nanteuil faisait les encadrements, les ornements, les panneaux des portes.

« Ce point arrêté, il fut convenu que, quatre ou cinq jours avant le bal, Ciceri ferait tendre les toiles sur les murailles, et apporterait pinceaux, règles, couleurs.

« Les artistes, une fois à la besogne, ne devaient quitter l'œuvre commencée que pour aller se coucher : ils seraient nourris et abreuvés à la maison.

<f L'ordinairi' fut fixé à trois repas.

« Ueatait un».* chose de la plus haute importance,

qu'il s'agissait de régler. Cette chose, c'était le souper.

« Je songeai à en faire la base avec du gibier que je tuerais moi-même; ce qui serait à la l'ois un plaisir et une économie.

« J'allai trouver M. Deviolaine, qui me donna une autorisation pour aller chasser dans la forêt de la Ferté-Vidame.

« C'était d'autant plus charmant, que mon vieil ami Gondon en était l'inspecteur, et que j'étais bien sûr que celui-là ne grognerait pas pour un ou deux chevreuils de plus ou de moins.

« Da reste, la permission s'étendait à moi et à quelques amis.

« J'invitai Clerjon de Champagny, Tony Johannot, Géniole et Louis Boulanger.

« Mon beau-frère et mon neveu devaient partir de Chartres, et se trouver à heure fixe à la Fcrté-Vidnme.

« Je prévins Gondon deux jours à l'avance, afin qu'il pût se procurer les traqueurs nécessaires, et il fut convenu que nous nous arrêterions, le soir, à une auberge dont il me donna l'adresse, que nous y coucherions, que nous y chasserions le lendemain toute la journée, et que, selon le plus ou moins de fatigue que nous éprouverions, nous repartirions le soir même, ou seulement le lendemain matin. »

La chasse a lieu, la chasse plus économique (!) que d'acheter du gibier aux halles et la fête s'apprête avec toutes ses splendeurs.

« Trois jours avant le bal, tout le monde était à son poste : Alfred Johannot esquissait sa scène de Cinq- Mars ; Tony JuJKUinnt, son Sire de Giac ; Clémciit Boulanger, sa Tour de Nesh' ; Louis Boulan;;'cr, sa

ALKXANDUi: DUMAS

Lucrùci' Dortjia ; Jadiri et Dccanips iravaillaicnt on collaboration à leur DebureaUy dranville à son Orcliestre, liarye à ses ï'/V/JV.s, Naiilcuil à ses panneaux de porte, qui claienL deux médaillons représentant, l'un llui^^o, l'autre Alfred de Vigny.

a Delaeroix seul manquait à l'appel : on voulait disposer de son panneau, mais je répondis de lui.

« Ce l'ut une chose curieuse que de voir commencer ce steeple-clidse entre dix peintres d'un pareil mérite. Cliacun, sans avoir l'air de s'occuper de son voisin, suivait des yeux le l'usain d'abord, ensuite le pinceau. M les uns ni les autres, — les Johannot surtout, graveurs, dessinateurs de vignettes, peintres de tableaux de chevalet, — ni les uns ni les autres, disje, n'avaient l'habitutre de la détrempe. Mais les peintres aux grandes toiles furent bientôt au courant. Luuis et Clément lioulanger, entre autres, send^iaient n'avoir jamais fait que cela. Jadin et Decamps trouvaient dans ce nouveau mode d'exécution des tons merveilleux, et déclaraient ne plus vouloir peindre que la détrempe. Ziégler s'y était mis avec une certaine facilité, liarye prétendait que c'était de l'aquarelle en grand, seulement plus facile et plus rapide que l'aquarelle en petit. Granville dessinait avec de la sanguine, du blanc d'Espagne et du fusain, et tirait de ces trois crayons des effets pnjdigieux.

« On attendait avec curiosité Delacroix, dont la facilité d'exécution est devenue proverbiale.

« Seuls, comme je l'ai dit, les deux Johannot étaient en retard. Us comprirent qu'ils n'auraient pas fini s'ils ne travaillaient pas le soir.

« En consé(juence, tandis (ju'on jouait, qu'on fumait, qu'on bavardait, tous deux, la nuit venue, continuèrent l'œuvre de la journée, se félicitant des tons que leur donnait la lumière, et de la supériorité de la lampe sur le jour pour cette peinture destinée à être vue aux quinquets. Ils ne cessèrent de travailler qu'à iiiitiuit, mais aussi avaient-ils rejoint les autres.

« Le lendemain, quand vint le jour, Alfred et Tony poussèrent des cris de désespoir : à la lumière, ils avaient pris du jaune pour du blanc, du blanc pour du jaune, du vert pour du bleu, et du bleu pour du vert. Les deux tableaux avaient l'air de deux immenses omelettes aux fines herbes.

« Sur ces entrefaites, le père Ciceri entra.

« Il n'eut besoin que de jeter un coup d'œil sur les deux tableaux pour deviner ce qui était arrivé.

« — Bon! dit-il, nous avons un ciel vert et des nuages jaunes? Ce n'est rien!

« En effet, c'était sur les ciels surtout qu'avait pesé l'erreur commise.

« Il prit les pinceaux, et, largement, vigoureusement, puissamment, en une minute il eut refait les ciels des deux tableaux : l'un calme, serein, tout d'azur, laissant apercevoir les splendeurs du paradis de Dante à travers le bleu du firmament; l'autre bas, nuageux, tout chargé d'électricité, et près de se déchirer sous la flamme d'un éclair.

« Tous cesjeunes gens apprenaient en un instant les secrets de la décoration, qu'ils avaient, la veille, pour la plupart, cherchés en tâtonnant des heures entières.

« Personne ne s'avisa de travailler le soir. D'ailleurs, grâce à la leçon donnée par le père Ciceri, les choses avançaient à pas de géant.

« Il n'était pas plus question de Delacroix que s'il n'eût jamais existé.

« Le soir du second jour, je lui envoyai demander s'il se rappelait que le bal était fixé au lendemain. II me fit répondre d'être parfaitement tranquille, et que, le lendemain, il arriverait, à l'Iieure du déjeuner.

«• Le lendemain, on commença l'œuvre avec le jour. La plupart des travailleurs, au reste, en étaient aux trois quarts de leur besogne. Clément Boulanger et Barye avaient fini. Louis Boulanger n'avait plus que trois ou quatre heures de travail. Decamps donnait les dernières touches à son Dcbureau, et Jadin <à ses

Alexandre Dlmas père d'après une lithographie, ('1860)

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Coquelicots et à ses bluets ; Granville en était à ses dessus (Je porte, quand, ainsi qu'il l'avait pconiis, Delacroix arriva.

« — Eh bien, où en sommes-nous? denianda-t-il.

« — Mais vous voyez, dit chaque travailleur en s'effaçant pour laisser voir son œuvre.

« — Ah çà ! mais c'est de la miniature que vous faites là ! Il fallait me prévenir : je serais venu il y a un mois.

(c Et il lit le tour des quatre chambres, s'arrêtant devant chaque panneau, et trouvant le moyen, grâce au charmant esprit dont il est doué, de dire un mot agréable à chacun de ses confrères.

« Puis, comme on allait déjeuner, il déjeuna.

« Le déjeuner fini :

« — Eh bien? demanda-t-il en se tournant vers le panneau vide.

« — Eh bien, voilà ! lui dis-je; c'est le tableau du PassaffC de la mer rouge: la mer est retirée, les Israélites sont passés, les Egyptiens ne sont point arrivés encore.

— xVlors, je profiterai de cela pour faire autre cliiise. Que voulez-vous que je vous bâcle là-dossus ?

« — Mais, vous savez, un roi Rodrigue après la bataille :

Sur les rives murmurantes Du lleuve aux ondes sanglantes.

Le roi sans royaume allait, Froissant, dans ses mains saignantes.

Les grains d'or d'un chapelet.

« — Ainsi, c'est bien cela que vous voulez?

" — Oui.

'( — Quand ce sera à moitié fait, vous ne me demanderez pas autre chose?

<< — Parbleu!

<( — Va donc pour le roi l5oiJriguc !

« Et, sans oter sa petite redingote noire collée à son

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corps, sans relever ses manches ni ses manchettes, sans passer ni blouse ni ^ areusc, Delacroix commença par prendre son fusain ; en trois ou quatre coups, il eut esquissé le cheval ; en cinq ou six, le cavalier ; en sept ou huit, le paysage, morts, mourants et fuyards compris; puis, faisant assez de son croquis, inintelligible pour tout autre que lui, il prit brosse et pinceaux, et commença de peindre.

« Alors, en un instant, et comme si l'on eût déchiré une toile, on vit sous sa main apparaître d'abord un cavalier tout sanglant, tout meurtri, tout blessé, traîné à peine par son cheval, sanglant, meurtri et blessé comme lui, n'ayant plus assez de l'appui des étriers, et se courbant sur sa longue lance; autour de lui, devant lui, derrière lui, des morts par monceaux ; — au bord de la rivière, des blessés essayant d'approcher leurs lèvres de l'eau, et laissant derrière eux une trace de sang; — à l'horizon, tant que l'œil pouvait s'étendre, un champ de bataille acharné, terrible; — sur tout cela, se couchant dans un horizon épaissi par la vapeur du sang, un soleil pareil à un bouclier rougi à la forge ; — puis, enfin, dans un ciel bleu se fondant, à mesure qu'il s'éloigne, dans un vert d'une teinte inappréciable, quelques nuages roses comme le duvet d'un ibis.

« Tout cela était merveilleux à voir : aussi un cercle s'était-il fait autour du maître, et chacun, sans jalousie, sans envie, avait quitté sa besogne pour venir battre des mains à cet autre Rubens qui improvisait tout à la fois la composition et l'exécution.

« En deux ou trois heures, ce fut lini.

« A cinq heures de l'après-midi, grâce à un grand feu, tout était sec, et Ion pouvait placer les banquettes contre les murailles.

« Le bal avait fait un bruit énorme. J'avais invité à peu près tous les artistes de Paris ; ceux que j'avais oubliés m'avaient écrit pour se rappeler à mon souvenir. Beaucoup de femmes du monde en avaient fai^

ALEXANUIU:; DUMAS

autant, mais elles demandaient à venir masquées: c'était pour les autres l'emiHes une imperlinencc que je laissai à la charge de celles qui l'avaient faite. Le bal était costumé, mais non masqué ; seulement, la consigne était sévère, et j'avais loué deux douzaines de dominos à l'intention des fraudeurs, quels qu'ils fussent, qui tenteraient de s'introduire en contrebande.

« A sept heures, Chevet arrivait avec un saumon de cinquante livres, un chevreuil rôti tout entier, et dressé sur un plat d'argent qui semblait emprunté au dresst)ir de Gargantua, un i)àté gigantesque, et le tout à l'avenant. Trois cents bouteilles de bordeaux chauffaient, trois cents bouteilles de bourgogne rafraîchissaient, cinq cents bouteilles de Champagne se glaçaient.

« J'avais découvert à la Bibliothèque, dans un petit livre de gravures du frère du Titien, un charmant costume de lo:2o: cheveux arrondis et pendants sur les épaules, retenus par un cercle d'or ; justaucorps vert d'eau, broché d'or, lacé sur le devant de la chemise avec un lacet d'or, et rattaché à l'épaule et aux coudes par des lacets pareils ; pantalon de soie miparti rouge et blanc; souliers de velours noirs à la François 1", brodés d'or.

«f La maîtresse de la maison, très belle personne, avec des cheveux noirs et des yeux bleus, avait la robe de velours, la collerette empesée, et le feutre noir à plumes noires d'IIéléna Fourment, seconde femme de Ilubens.

(■< Deux orchestres avaient été établis, dans cha(jue appartement, de sorte qu'à un moment donné, les deux orchestres jouant le même air, le galop pouvait parc(jurir cinq chambres, plus le carré.

« A minuit, ces cinq chambres olïraiciit im merveilleux spectacle. Tout le monde avait suivi le programme, et, à l'exception de ceux qui s'intitulent les hommes sérieux, chacun était venu déguisé; mais les hommes sérieux avaient eu beau arguer de leur gra-

vite, il n'y avait été fait aucune attention, et force leur avait été de revêtir des dominos des couleurs les plus tendres. Vérori, homme sérieux mais gai, avait été affublé d'un domino rose ; Buloz, homme sérieux mais triste, avait été orné d'un domino bleu de ciel ; Odilon Barrot, homme plus que sérieux, homme grave! avait obtenu, en faveur de son double titre d'avocat et de député, un domino noir ; enfin, La Fayette, le bon, l'élégant, le courtois vieillard souriant à toute cette folle jeunesse, avait sans résistance endossé le costume vénitien.

« Cet homme qui avait pressé la main de Washington, cet homme qui avait forcé Marat de se cacher dans ses caves, cet homme qui avait lutté avec Mirabeau, cet homme qui avait perdu sa popularité en sauvant la vie à la reine, et qui, le G octobre, avait dit à une royauté de dix siècles : « Incline-toi devant cette royauté d'bier qu'on appelle le peuple ! » cet homme qui, en 1814, avait poussé Napoléon à bas de son trône ; qui, en 1830, avait aidé Louis-Philippe à monter sur le sien ; qui, au lieu de tomber comme les autres, avait incessamment grandi dans les révolutions ; cet homme était là, simple comme la grandeur, bon comme la force, naïf comme le génie. De même qu'il était un sujet d'étonnement et d^admiration pour toutes ces ravissantes créatures qui, pour la première fois, le voyaient, le touchaient, lui parlaient, de même lui revivait ses jeunes années, regardait de tous ses yeux, touchait de ses deux mains, et répondait avec les plus courtoises paroles de cour à toutes les galanteries que lui faisaient ces charmantes reines de tous les théâtres de Paris.

« Vous rappelez-vous avoir été pendant toute une soirée les favorites de cet homme illustre, Léontine Fay^ Louise Despréaux, Cornélie Falcon, Virginie Déjazet? vous rappelez-vous votre étonnement en le trouvant simple et doux, coquet et galant, spirituel et respectueux, comme il avait été, quarante ans aupa-

rayant, aux bals de Versailles et de Trianon?

a Un instant, Beauchène s'assit près de lui, et ce fut, comme rapprochement, un singulier contraste ; Beauchène avait le costume vendéen dans toute sa pureté : le chapeau entouré d'un mouchoir, la veste bretonne, la culotte courte, les guêtres, le cœur sanglant sur la poitrine, et la carabine anglaise à la main.

« Beauchène, qui passait pour un royaliste trop libéral sous les Bourbons de la branche aînée, passait pour un libéral trop royaliste sous ceux de la branche cadette.

« Aussi le général La Fayette, le reconnaissant, lui dit avec son charmant sourire :

« — Monsieur de Beauchène, dites-moi, je vous prie, en vertu de quel privilège vous êtes le seul qui ne soit pas déguisé ici?

« Un quart d'heure après, tous deux étaient à une table d'écarté, et Beauchène jouait contre le républicain de 1189 et de 1830, avec de l'or à l'effigie d'Henri V.

« Les salons, d'ailleurs, présentaient l'aspect le plus pittoresque.

(( M"" Mars, Jonnny, Michelot, Menjaud, Firmin, M"° Leverd étaient venus avec leurs costumes d'//£'?î;7 III. C'était la cour des Valois tout entière. — Dupont, la soubrette elîrontée de Molière, la soubrette joyeuse de Marivaux, était en bergère de Bouclier. — Georges, qui avait retrouvé les plus beaux jours de sa plus grande beauté, avait pris le costume d'une paysanne de Nettuno. — M""* Paradol portait celui d'Anne d'Autriche. — Bose Dupuis avait son costume de lady Bochestcr. — Noblet était en Folie ; Javureck, en odalisque. — Adèle Alphonse, qui faisait son apparition dans le monde, arrivant, je crois, de Saint- Pétersbourg, était en jeune fille grecque ; Léontine Fay, en Albanaise, — Falcon, la belle juive, était en Rcbecca ; Déjazct, en du Barry ; Nourrit, en abbé de

loi LES TROIS DUMAS

cour ; Monrose, en soldat de Ruyter ; Volnys, en Arménien; Bocage, en Didier. — Alian, qui, sans doute, lui aussi, comme Buloz et Véron, s'était pris pour un homme sérieux, était venu en cravate blanche, en habit noir, en pantalon noir; mais, sur toute cette toilette de jeune premier, on avait implacablement passé un domino vert chou.

« Rossini avait pris le costume de Figaro, et luttait de popularité avec La Fayette. — Moyne, notre pauvre Moyne ! qui avait tant de talent, et qui, malgré son talent, mourant de faim, s'est tué dans l'espérance que sa mort léguerait une pension à sa veuve, — Moyne avait pris le costume de Charles IX. Barye était en tigre du Bengale ; Etex, en Andalous; Adam, en poupard ; Ziinuicrmann, en cuisinière; Plantade, en M'"'' Pochet ; Pichot, en magicien ; Alphonse Royer, en Turc ; Charles Lenormand, en Smyrniote ; Considérant, en dey d'Alger; Paul de Musset, en Rus£e; Alfred de Musset, en paillasse ; Capo de Feuillide, en torero. — Eugène Sue, le sixième des hommes sérieux, était en domino pistache ; Paul Lacroix, en astrologue ; Pétrus Borel, qui prenait le nom du Lycantlirope, en jeune France; Bard, mon compagnon d'expédition à Soissons, en page du temps d'Albert Durer; Francisque Michel, en truand ; Paul Fouché, en fantassin de la procession des Fous; Eugène Duverger, en Van Dyck ; Ladvocat, en Henri II ; Fournier, en matelot; Giraud, en homme d'armes du xi" siècle ; Tony Johannot, en sire de Giac ; Alfred .Tohannot, en Louis XI jeune ; Menut, en page de Charles VU ; Louis Boulanger, en courtisan du roi Jean ; Nantcuil, en soudard du xvi° siècle ; Gaindron, en fou ; Boisselot, en jeune seigneur du temps de Louis XII; Chatillon, en Sentinelli ; Ziégler, en Cinq- Mars ; Clément Boulanger, en paysan napolitain ; Roqueplan, en officier mexicain ; Lépaule, en Ecossais ; Grenier, en marin ; Robert Fleury, en Chinois ; Delacroix, en Dante ; Champmartin, en pèlerin ; Hen-

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riqiiel Dupont, en Ariosto ; Chenavard, en Titien; Fréilérick Lemaîtrc, en Robert Macaire couvert do paillettes.

« Plusieurs épisodes grotesques égayèrent la soirée.

« 31. Tissot, de l'Académie, avait eu l'idée de s'habiller en malade : à peine était-il entré, que Jadin entra, lui, en croque-mort, et, lugubre, un crêpe au chapeau, le suivit de salle en salle, emboîtant son pas dans le sien, et se contentant, de cinq minutes en cinq minutes, de répéter le mot : f attends !

t( M. Tissot n'y tint pas : au bout d'une demi-heure, il était parti.

« Il y eut pendant un moment sept cents personnes.

« A trois heures, on soupa. Les deux chambres de l'appartement vacant sur mon palier avaient été converties en salle à manger.

« Chose étrange ! il y eut à manger et à boire pour tout le monde.

« Puis, après le souper, le bal recommença, ou plutôt commença.

« A neuf heures du matin, musique entête, on sortit, et l'on ouvrit, rue des Trois-Frères, un dernier galop dont la tète atteignait le boulevard, tandis que la queue frétillait encore dans la cour du square.

« J'ai souvent songé, depuis, à donner un second bal pareil à celui-là, mais il m'a toujours paru que c'était chose impossible. »

Nous le croirons sans peine !

Dumas, pourtant, gagnait 200,000 francs par an et cette somme ne suffisait ni à son luxe ni à ses besoins.

11 lit alors construire h Saint-Germain sa villa de Monte-Christo, [)our laquelle il dépensa des sommes considérables.

Deux Arabes venus d'Afrique décorent une chambre à l'algérienne, couvrent les murs de versets du Coran.

Il y avait des pavillons gothiques, des tourelles garnies de carillons, des jardins, une île, un torrent, un kiosque au plafond d'azur semé d'étoiles, qui servait de cabinet au maître.

Il y avait un atelier pour peintres, 12 chambres pour visiteurs, palais pour singes, palais pour perroquets, écuries avec 8 chevaux, salon plein de merveilles artistiques, tableaux et sculptures.

A la fête d'inauguration, il y eut 600 couverts dressés en l'honneur de la littérature, du théâtre et des arts.

On donna un spectacle de circonstance : Shakespeare et Dumas.

Pour payer ces folies, Dumas publiait de front dans quatre journaux, quatre ouvrages différents. De 184o à 1846 il imprima plus de soixante volumes. Et tout en inondant la presse d'un déluge de feuilletons, il ne cessait d'écrire des actes par centaines et enfin il fonda un théâtre!

Et puisque je suis sur ce point des dépenses de Dumas, dont rien ne peut donner l'idée, je citerai cette anecdote amusante :

A Saint-Germain, après un hiver humide, le propriétaire d'une glacière voyant sa provision restreinte, refusait de vendre de la glace, n'importe à quel prix. Très admirateur de la littérature de M. Dumas, il réservait tout pour la fourniture de Monte-Cristo. Un riche bourgeois du pays, voulant frapper quelques bouteilles de Champagne, a recours à une ruse de guerre et envoie son domestique demander vingt livres de glace au nom de M. Dumas. On les donne:

— Combien est-ce ! demande le commissionnaire en présentant une pièce d'or.

— Ah! gredin, tu ne viens pas de la part de M. Dumas! s'écrie le fournisseur. Rends la glace et va-t'en ! M. Dumas ne paye jamais !

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