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LES IDÉES DE M""' AUBRAY

Cette pièce est, de toutes les pièces de Dumas fils, la plus haute et la plus noble. Accueillie assez froidement à son apparition (18G7), elle aurait aujourd'hui le plus i^^rand succès et il est à souhaiter ardemment que la Comédie-Française mette cette œuvre à son répertoire.

Parmi toutes les œuvres de Dumas fils, Les idées (le Madame Aubray est celle, en effet, qui se rapproche le plus des œuvres que le public accepte aujourd'hui et préfère lorsqu'elles lui arrivent sous l'autorité d'un grand nom.

On dit que Dumas manifestait quelque impatience lorsqu'il voyait le succès fait aux œuvres d'Ibsen, parmi les lettrés.

Cela s'explique très bien venant de l'auteur des Idées de Madame Aubray, où il traite avec la sobriété, la douceur et l'élévation du grand dramaturge Scandinave, si ce n'est avec son grand génie philosophique puisqu'il est plutôt moraliste, un problème moral et social passionnant.

Ce qu'il a discuté dans Denise, il l'affirme ici et M"" Àubray est un Touvenin chrétien, philosophe et sublime. Et la leçon est plus haute ici, puisque Jeannine n'a pas l'excuse de Denise : l'amour.

Il est certain que si Dumas fils avait vécu, après

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avoir obtenu l'éclatamo rcvnnclic de IWmi des femmes, il aurait demandé celle des Idées de Madame Auhraij. Nous la lui devons. J'espère qu'on ne tardera pas à la lui donner.

Cette pièce fut écrite dans une petite maison d'Etennemare, petit bourg situé au-dessus de Saint- Valeryen-Cau\.

En invitant son ami, le peintre Louis Boulanger, à venir le retrouver à Etennemare, Dumas fds lui adressait ces vers abandonnés :

Te souvient-il cncor des vers de Lmnartine :

Je sais sur la colline Une blanche maison, Un rocher la domine, Un buisson d'aubépine Est tout son horizon.

Eli bien, sur la verte colline.

Près de Sainl-Valery-en-(!aiix, J'ai trouvé, comme Lamartine, Une maison peinte à la chaux ; Ce n'est qu'une bâtisse ancienne.

Que l'on rafraîchit tous les ans :

Pas de volet, pas de persienne.

Maison ouverte à tous les vents.

« Le jardin de cette maisonnette encadrée de vignes vierges, de glycines et d'un énorme jasmin dont les brandies faisaient irruption dans les cbambies du premier étage, lorsqu'on en ouvrait les fenêtres,

Inomlant le |i.iri[iict Je leur neige cmi)aumce,

le jar<lin n'était séparé que par une sente d'un petit bois de sept ou buit bectares au plus, propriété d"un habitant du pays qui en jx-rmettait l'entrée aux promemnirs. »

On devine que Dumas fils s'y promenait seul. C'rst en ISOlî qu'il vint y cbercbcr b' rerueill»>ment nécessaire à l'exécution des Idées de Madame Aubraji.

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Il était à peu près aux deux tiers de son travail, lorsque le choléra éclata à Saint-Valery, Duinas fils resta, bien qu'il eût avec lui deux jeunes enfants, et termina — rapidement il est vrai — son ouvrage.

Rentré à Paris, il hésita longtemps à donner sa pièce et, contre son habitude, voulut d'abord prendre l'avis de quelques amis.

Une première lecture eut lieu, avec le plus grand succès, devant M""^ Sand, Edmond About et Henri Lavoix. Puis il alla trouver son ami Autran, en Provence, et lut sa pièce devant Armand de Pontmartin. Le succès fut pareil. Le sort en était jeté, Dumas fils livra sa pièce à Montigny.

De l'interprétation des Idées de Madame Àubraji, il faut surtout retenir le choix d'Arnal pour le rôle de Barantin. Donner à un comique, ce personnage raisonneur et philosophe paraissait une hardiesse.

Dumas fils, avant de se décider à suivre le conseil de Montigny, voulut prendre l'avis d'Arnal. Il lui donna le manuscrit, et Arnal lui dit :

— J'ai lu deux fois votre pièce ; elle est très bien... Le rôle est un peu fort pour moi, mais je le jouerai tout de même. Vous ne me connaissez pas beaucoup, ou du moins vous ne me connaissez qu'en scène ; je suis très sérieux au fond, disposé à la mélancolie. J'ai souvent des idées noires ; je pense tous les jours à la mort, je lui ai même fait des vers à cette gaillarde-là. A charge de revanche, n'est-ce pas ; mais c'est moi qui aurai commencé. Je vous le jouerai, votre Barantin, et je vous le jouerai très bien, vous verrez.

Il le joua supérieurement. Un détail curieux sur cette interprétation d'un rôle sérieux par un comique doit être donné.

Au deuxième acte, Barantin parlant de sa femme, avait à dire :

— Je l'ai chassée, comme elle méritait de l'être et

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vous avez vu dans quel ctnl j'olais, car je l'adorais, cette misérable !

11 avait été convenu qu'Arnnl dirait cette jilirasc avec une colère contenue. Or, un jour, au lieu de prendre le ton arrêté, Arnal dit celte phrase, avec émotion, des larmes dans la voix, avec des sanglots retenus. Ce ne fut qu'un cri d'admiration de la part des acteurs, du directeur et de l'auteur.

— Figurez-vous, dit alors Arnal, que j'avais depuis deux ans, une petite gouvernante, toute jeune et très gentille. Klle est pai'tic hier, tout à coup, brutalement, sans me prévenir, avec je ne sais qui. Je suis arrivé au théâtre, sous l'impression que m'a causé ce départ, et la phrase de Harantin se présentant, les larmes m'ont, malgré moi, monté aux yeux. Alors, le sentiment naturel, dans ce cas-là, m'a paru être plutôt la douleur que la colère, cl j'ai dit comme ça m'est venu.

... Quel admirable Harantin ferait Coquelin, s'il rentrait jamais à la Comédie-Française!

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