LE GÉNÉU.VL DUMAS
mais ce dernier mérite n'est point si mince qu'on ne lui doive bien aussi quelque chose.
Pour toute récompense Dumas fut envoyé à Vérone, auprès de Masséna. C'était une disgrâce. 11 voulut démissionner, mais, ap[)rcnant que le général chargé du rapport l'avait porté comme étant en observation pendant la Favorite, il écrivit celte simple lettre à Bonaparte :
« Général, « f apprends que le jenn-f... charfjé de vous faire un rapport sur la bataille du '21 m'a porté comme étant resté en observation pendant cette bataille.
« Je ne lui souhaite pas de pareilles observations, attendu qu'il ferait caca dans sa culotte.
« Salut et fraternité.
« Alex. Dumas. »
Dumas ne resta que très peu de temps avec Masséna. 11 fut rapidement envoyé auprès de Joubert lequel, considérant que c'était faire injure à Dumas que de le placer sous ses ordres, lui dit :
— Vous êtes mon égal; j'ai vingt mille hommes, je vous en donne dix mille.
Les opérations du Tyrol commencèrent et Dumas les mena avec sa fougue habituelle. 11 vole de ville en ville, de village en village, taillant tout en pièces, faisant ici deux mille prisonniers, en faisant mille ailleurs, exécute des charges fantastiques comme celle que Dermoncourt, son aide de camp, raconte en ces termes :
c Le général Dumas, g'étant mis à la tête de la cavalei'ie, traversa le pont, chargea quelques escadrons ennemis, tua de sa main le commandant et, continuant de poursuivre la cavalerie à bride abattue avec une centaine d'h(jmmes seulement, il nous chargea de ramasser tout ce qu'il laissait d'Autrichiens derrière lui. Nous prîmes dix neuf cents hommes. »
Dans un rapport à Bonaparte, .Toubert déclara que Dumas était devenu la terreur de la cavalerie autrichienne.
Il allait bientôt recevoir un autre surnom, celui d^Horatius Codés du Tyrol. Et je ne puis mieux faire que de citer entièrement le rapport de l'aide de camp de Dumas sur cette affaire. Le voici tel que le donne Alexandre Dumas dans ses Mémoires.
« L'armée séjourna à Bolzano pendant quarantehuit heures ; ce qui, dans cette campagne, qui ressemblait plutôt à une course qu'à une guerre, était un long séjour. Le général Delmas resta à Bolzano pour observer les troupes de Laudon et la route d'Inspruck. Le reste de l'armée, le général Dumas en tète, se mit en marche le lendemain pour se porter surBrixen, et tâcher de rejoindre l'armée du général Kerpen, qui avait pris cette direction.
«La route que nous suivions côtoyait une espèce de cours d'eau moitié ruisseau, moitié torrent, qui prend sa source dans les montagnes Noires, et qui vient, grossi des eaux du Riente, se jeter dans l'Adige au-dessous de Bolzano. Tantôt la route côtoyait la rive droite; tantôt, enjambant le ruisseau, elle suivait la rive gauche, puis, au bout de quelques lieues, repassait sur l'autre rive. La retraite des Autrichiens avait été si rapide, qu'ils n'avaient pas même fait sauter les ponts. Nous marchions derrière eux au pas de course, et nous désespérions presque de les rejoindre jamais, lorsque les éclaireurs vinrent nous dire qu'ils avaient barricadé lepontdcCIausen avec des voitures, et qu'ils paraissaient disposés, cette fois, à nous disputer le passage.
a Le général partit à l'instant même avec une cinquantaine de dragons pour examiner les localités : je le suivis.
« En arrivant au pont de Clausen, nous trouvâmes
Le générai. Dlmas en chasseur d'après un portrait peint de son vivant