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le pont effectivement barré, et de l'infanterie et de la cavalerie derrière. Nous crûmes que, la position examinée, le général allait attendre du renfort; mais il n'y songeait guère.
« — Allons, allons, dit-il, vingt-cinq hommes à pied, et (ju'on me dégage ce pont-là!
« Vingt-cincj dragons jetèrent la bride de leurs chevaux aux mains de leurs camarades, et au milieu du feu de l'infanterie autrichienne, s'élancèrent vers le pont.
« La besogne n'était pas commode : d'abord, les charrettes étaient lourdes à remuer; ensuite, les balles tombaient comme grêle.
« — Allons, fainéant! me dit le général, est-ce que tu ne vas pas donner un coup de main à ces braves gens-là?
« Je descendis, et j'allai m'atteler aux voitures; mais, comme le général ne trouvait pas que le pont se déblayât assez vite, il sauta à son tour à bas de cheval et vint nous aider. En un instant, et avec sa force herculéenne, il en eut plus fait à lui seul que nous à vingt-cinq. Quand je disà vingt-cinq, j'exagère ; les balles autrichiennes avaient fait leurs trous, et nous avions cinq ou six de nos hommes hors de combat, quand, par bonheur, il nous arriva une soixantaine de fantassins au pas de course. lisse répandirent aux deux côtés du pont et commencèrent à faire à leui tour un feu admirable qui commenta à inquiéter les Autrichiens et les empêcha de viser aussi juste. Il en résulta que nous finîmes par pousser les charrettes dans le torrent; ce qui était d'autant plus facile que le pont n'avait point de parapet.
a A peine le passage fut-il libre, que le général sauta sur son cheval, et, sans regarder s'il était suivi ou non, s'éliinça dans la rue du village qui s'ouvre sur le pont. J'avais beau lui crier : « Mais, général, nous ne sommes que nous deux ! » il n'entendait pas ou plutôt ne voulait pas entendre.
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« Tout à coup, nous nous trouvâmes en face d'un peloton de cavalerie sur lequel le général tomba, et comme tous les hommes étaient en ligne, d'un seul coup de sabre donné de revers, il tua le maréchal des logis, balafra clTroyablement le soldat qui se trouvait près de lui, et, de la pointe de son sabre, en blessa encore un troisième. Les Autrichiens, ne pouvant croire que deux hommes avaient l'audace de les charger ainsi, voulurent faire demi-tour; mais les chevaux fourchèrent et chevaux etcavaliers tombèrent pèle-mèle. En ce moment, nos dragons arrivèrent avec les fantassins en groupe, et tout le peloton autrichien fut pris.
« Je fis mon compliment au général sur son coup de sabre en lui disant que je n'avais jamais vu son pareil.
« — Parce que tu es un blanc-bec, me répondit-il ; mais tâche seulement de ne pas te faire tuer, et, avant la fin de la campagne, tu en auras vu bien d'autres.
4 Nous avions fait une centaine de prisonniers. Mais, de l'autre côté du village, nous apercevions, gravissant une montagne, un corps assez considér-^.ble de cavalerie. xV peine le général eut-il vu ce corps, qu'il le montra à ses dragons, et que, laissant les prisonniers à l'infanterie, il se mit à la poursuite des Autrichiens avec ses cinquante hommes.
« Nous étions admirablement montés, le général et moi, de sorte que nous gagnions beaucoup sur nos soldats. De leur côté, les Autrichiens, croyant être poursuivis par l'armée entière, fuyaient à fond de train. Il en résulta qu'au bout d'un certain temps, nous nous trouvâmes encore seuls, le général et moi.
« Enfin, parvenus à la hauteur d'une auberge où la roule faisait un coude, je m'arrêtai et je dis :
« — Général, ce que nous faisons là, ou plutôt ce que vous faites là, n'est pas raisonnable : arrêtonsnous et attendons que nous soyons ralliés. D'ailleurs, la disposition du terrain indique un plateau derrière
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la maison, cl peut-être allons-nous y trouver l'ennemi on bataille.
« — Eh Itien, 2^ai'<;ttii, va voir s'il y est, me dit-il ; nt»s chevaux souilleront [)cndaMtce temps-là.
« Je mis pied à terre, je tournai autour de l'auberire, et je visa deux cents pas, trois beaux escadrons en bataille. Je revins faire mon rapport au général, qui, sans dire un mot, mit son cheval au pas, et sediriij^ea vers les escadrons ennemis. Je remontai à cheval et je le suivis.
(c A peine eut-il fait cent pas, qu'il se trouva à la portée de la voix. Le commandant parlait français, et, le reconnaissant :
« Ah! c'est toi, diable noir! lui dil-il. A nous deux!
« Les* Autrichiens n'appelaient le général que Scliwart::^ Tciifel.
« — Fais cent pas, jean-f , dit le général, et
j'en ferai deux cents.
« Et, sur celte réponse, il mit son cheval au galop.
« Pendant ce temps-là, je criais comme un diable, et tout en suivant le général, que je ne voulais pas quitter :
« A moi, dragons! à moi, dragons!
« De sorte que l'ennemi, croyait à tout moment voir déboucher des forces considérables, tourna le dos, le commandant tout le premier.
a Le général allait les poursuivre à lui tout seul, quand j'arrêtai son cheval par la bride, et le forçai d'attendre les nôtres sur le terrain même que l'ennemi venait d'occuper.
« Mais, une fois que nous eûmes été rejoints, il n'y eut plus moyen d'arrêter le général, et nous nous remimes à la chasse des Autrichiens. Seulement, cette fois, j'obtins, comme la route était fort accidentée, que nous nous ferions éclairer par des tirailleurs.
« Les tirailleurs parlircnl devant, et, pendant ce temps-là, nous fîmes souiller nos chevaux.
« .\u bout d'une heure, nous entendîmes une fusil-
lade qui indiquait que nos hommes étaient aux prises avec les Autrichiens. Le général m'envoya voir ce que cela signifiait.
« Dix minutes après, j'étais de retour.
« — Eh bien, me dit le général, que se passc-t-il là-bas?
6 — Général, il y a que l'ennemi tient, mais tout juste assez, m'a dit un de nos soldats qui parle allemand, pour nous entraîner à passer le pontdeClausen. Le pont une fois passé, l'ennemi prétend qu'il prendra sa revanche du pont de Clausen.
« — Ah! il prétend cela/ dit le général. Eh bien, c'est ce que nous allons voir. En avant les dragons!
« Et, à la tète de nos cinquante ou soixante hommes, nous voilà de nouveau chargeant l'ennemi.
« Nous arrivons au fameux pont : il y avait juste de quoi passer trois chevaux de front et pas le moindre parapet.
« Comme je l'avais dit au général, l'ennemi ne tint que juste ce qu'il fallait pour nous entraîner à sa poursuite : le général passa le pont, convaincu que les Autrichiens n'oseraient revenir sur nous. Nous nous engageâmes, en conséquence, dans la principale rue, à la suite de nos tirailleurs et d'une douzaine de dragons que le général avait envoyés pour les soutenir.
« Nous étions au milieu de la rue, à peu près, quand nous vîmes nos tirailleurs et nos dragons ramenés par tout un escadron de cavalerie. Ce n'était pas une retraite, c'était une déroute.
« La peur est épidémique. Elle gagna les dragons qui étaient avec nous, ou plutôt nos dragons la gagnèrent; tous suivirent leurs camarades, qui détalaient au grand galop ; une douzaine seulement tint bon avec nous.
< Avec ces douze hommes, nous arrêtâmes la charge ennemie, et, tant bien que mal, nous revînmes en vue du pont; mais, arrivés là, et comme si leur salut