MONSIEUR ALPHONSE
Quel nom de baptême, en écrivant sa pièce, Alexandre Dumas fils allait-il déshonorer?
Car, il n'en fallait pas douter, celui qui serait choisi pour être placé sur le dos, en étiquette, du héros d'une telle conception, ce nom-là était à jamais perdu.
Et Dumas fils s'arrêta au nom d'Alphonse qui s'imposa à lui. Comment? Le sait-on au juste? Par un ensemble de syllabes douces et veules, par la terminaison féminine, par ce ph dégingandé, par sa consonnance molle.
« Toujours est-il qu'après avoir fait comparaître les Jules, Adolphe, Auguate, Eugène, Alfred, Théodore, Arlhur, Anatole, tous les noms de baptême qui, à tort ou à raison, sentent l'estaminet fumeux, le bal de chemin de ronde, l'arrière- boutique des revendeuses, la maison à ruelles obscures et à persiennes cadenassées, quand Alphonse s'est présenté, il m'est apparu tout de suite comme le plus digne du déshonneur que je préméditais. Ce nom devenait tout à coup pour moi une personne. Je lui voyais, quand il serait poussé à l'extrême, comme cela devait lui arriver nécessairement, une casquette de côté, des cheveux épais, noirs, brillants, souples, avec une mèche, revenant perpétuellement sur le front ; une moustache
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lint', (les lèvres rouges à pipe adhérente, crachant de coté et loin en découvrant des petites dents très blanches, des pommettes rosées, des yeux tour à tour lascifs, voilés, cruels, toujours cernés de bleu, une fossette au menton, le cou rond et lisse, un dandinement continuel du corps d'un côté sur l'autre et surtout d'arrière en avant, des pieds que l'on devine petits, même dans de grosses ou de vieilles chaussures, des petites mains de la couleur des chapons gras, que rien ne rougit, toujours très blanches, jamais très propres et comme lavées dans l'huile, à doigts courts, à paume éj)aisse, emmanchées à des poignets et à des bras d'athlète, i)aresseux comme un loir, agile comme un clown, concentrant pres(jue tout ce (ju'il a à dire, soit aux hommes, soit aux femmes entre un clignement des paupières et une contraction de la bouche; le tout baignant dans une atmosphère de sensualité ex pelle et toujours prête, répugnante ou irrésistible selon la nature de celles ou de ceux qui passent à portée de ses convoitises ou de ses calculs.
« Pourquoi ce nom a-t-il contenu tout de suite tout cela pour moi et pourquoi va-t-il si bien au personnage qu'il désigne, j'allais dire qu'il numérote? On ne l'expliquera jamais. Ce qui est évident, c'est que voilà un nom cjui avait jadis une bonne l'éputalion et que la fantaisie d'un écrivain fait maintenant montrer au doigt à ce point qu'un inaire dressant l'état civil d'un enfant qui venait de naître, et l'entendant appeler Alphonse, n'a pu s'empêcher de s'écrier :
a — Déjà!
« Je demande pardon à tous les honnêtes Al{)honse d'autrefois. Quant à ceux de l'avenir, je ne leur dois plus rien; ils sont prévenus. »
Le morceau est-il assez joli? C'est bien je crois le seul commentaire qu'il soit possible de faire sur cette œuvre, si connue d'ailleurs.
Je n'ajouterai que quelques lignes de citation,
encore. Elles ont trait à cette Edition même des Comédiens, d'où j'extrais tous ces documents.
« J'ai voulu (il dit cela à propos de M""^ Pierson, qui créa M"'° de Montaiglin) offrir aux comédiens qui m'avaient aidé de leur talent et de leurs efforts, un souvenir particulier des sentiments que je leur garde. Quand nous serons tous morts, comédiens et auteurs, ces volumes limités et rares auront passé dans de nouvelles mains et il se trouvera certainement plus lard quelque écrivain curieux du passé, désireux d'être sincère, qui leur demandera, pour une lecture rétrospective de l'art dramatique dans la seconde moitié du xix" siècle, les renseignements dont il aura besoin. J'écris un peu pour ce confrère futur et, d'avance, je l'assure de la sincérité de mes appréciations et en même temps de la parfaite ressemblance des portraits qui composent cette galerie. »
L'ÉTUANGÈRE, LA PIUNCESSE DE BAGDAD, DEMSE, 1 RANCILLON
En 1870, avec L'Elrnngère^ Alexandre Dumas fils entra officiellement à la Comédie-Française.
Jusqu'à ce jour, il y avait été joué, en collaboration, avec Le Supplice (Ciine femme, mais jamais sous son nom et avec des œuvres qu'il regardait réellement coiiim(3 siennes.
On pense bien que s'il n'y avait pas été reçu plus tôt, c'est qu'il ne l'avait pas voulu. Mais Montigny l'ayant accueilli à ses débuts, Montigny ayant supporté avec lui les années de lutte contre le public — M"" Auhraij, La Femme de Claude^ LWmi des femmes — et de lutte contre la censure — Demi- Monde, Fils naturel, Diane de Lys — il ne voulut jamais porter ses œuvres à un autre tbéàtre tant que Montigny garderait le Gymnase. Il le fit et ce ne fut (|u'au départ de Montigny qu'il se laissa attirer rue Uiclielieu.
Pendant vingt années, il y fut roi. Outre quatre pièces nouvelles, ce qui est peu, il y fit reprendre Le Demi-Monde, La Visite de Nuces, La Princesse Georges et LWmi des femmes.
Ces vingt années furent p^iir Dumas fils des années do paisible et bien mérité lrioni[)lie. Il était le patriarclie des Lettres françaises, le graiid clief moral
même de la conscience publique. Dans toute crise, c'était à lui qu'on s'adressait et sa pensée, son conseil, étaient les flambeaux qui éclairaient la route obscure. Il trouvait enfin la récompense, le prix de ses luttes, de ses efforts, et de sa haute préoccupation d'amélioration intellectuelle de l'homme et de son génie. Dumas fds a eu vingt années, les dernières, magnifiques de gloire et d'universelle acclamation. Jamais peut-être plus honnête homme et plus français génie ne les méritèrent.
Depuis quinze ans, j'ai assisté à la Comédie-Française, aux reprises et aux premières de Dumas fils. 11 fallait voir de quel élan nous allions tous à lui, emportés par sa clarté lumineuse et sa vertu! C'était une joie pour tous d'acclamer notre vieux maître, de lui dire bien haut notre vénération et notre tendresse.
... Et au moment où je vais terminer ce livre, je me reporte au début, lorsque je parlais du Trou-Jérémie où une petite escla\e noire mettait au monde un négrillon qui allait être le général Dumas. Deux générations seulement ont passé et il a suffi de si peu de temps pour que de cette esclave noire soit issue la plus lumineuse, consciente et raisonnable intelligence que la France ait enfantée.
L'Edition des Comédiens ne donne, sur les quatre ouvrages créés à la Comédie-Française, aucun détail autre que l'édition ordinaire. Et cela s'explique. A part M"^ Tlioler et M. Thiron, tous les interprètes de ces dernières œuvres vivent encore.
Jusqu'en 1816 seulement, les œuvres de Dumas fils appartiennent à l'histoire.
Nous imiterons la même réserve, d'autant plus que chacun est familier avec les dernières pièces.
L'ŒUVUE POSTIll'ME
On a raconté de bien diverses façons de quoi se composait l'Œuvre posthume de Dumas lils.
Je ne puis mieux faire que de reproduire à ce sujet un article de M. Anije Galdemar. >'otre aimable confrère du Gauluis vivait dans l'intimité du maître qui l'aimait. Plus que quiconque il était à même d'être renseigné. C'est lui qui pouvait le mieux nous dire la vérité. La voici, dans ce style précis et net qui est le bien, sous forme de lettre :
Lettre à M. Francisque Sarcey.
Mon cher maître,
Vous avez, dans XEcho de Paris du 1" mars et sous le litre de « le Droit du public », soutenu, à propos de l'œuvre posthume d'Alexandre Dum.as fils, cette thèse que, quelles que soient les volontés dernières laissées par l'illustre écrivain à l'égard de cette œuvre, l'œuvre appartient au public.
Celte thèse, vous l'av(;z, en vous élevant à des considérations iriinérales, formulée dans les lignes suivantes : a Si Dumas a irrévocableinenl défendu que l'on jouât sa pièce, ah! dame, j'avoue alors que la question se complique et que la solution en devient
moins aisée. Légalement, il n'y a, jo crois, aucun moyen de revenir contre cette décision. Aussi n'estce pas au point de vue légal que je me placerais plus volontiers : je ne trouverais pas mauvais qu'on s'élevât au-dessus de la loi écrite et formelle pour entrer dans un ordre de considérations philosophiques, dans une région supérieure.
« Est-ce que le public, est-ce que la postérité n'a pas sur l'œuvre d'un homme de génie, publiée ou non, mais émanée de son cerveau et réalisée d'une façon quelconque, un droit primordial contre lequel ne peut prévaloir aucune volonté particulière? »
Je ne viens pas, mon cher maître, examiner ici cette théorie que vous avez soutenue avec l'autorité qui s'attache à tout ce qui émane de votre plume, thèse à l'appui de laquelle vous rappelez l'exemple d'Auguste ordonnant la publication de V Enéide conive, la volonté posthume de Virgile.
Mon rôle est plus modeste.
Je viens simplement, avec l'autorisation de M'"* Alexandre Dumas, vous fournir des renseignements précis, susceptibles de mettre le cas particulier du maître sous son vrai jour et de l'élucider de façon telle que, quelle que soit l'opinion qu'on professe sur la thèse soulevée par vous, il n'y ait plus place désormais à aucune équivoque sur la volonté suprême d'Alexandre Dumas fils au sujet de son œuvre posthume.
Voyons d'abord quelle est cette œuvre.
La veuve de l'illustre écrivain m'autorise à le dire. L'œuvre posthume d'Alexandre Dumas fils se compose de :
1" Les Nouvelles Couches, pièce en cinq actes, dont un acte seul, le j)remier, est écrit.
2" La Buute de Tlièbes ou la Troublante, pièce en cinq actes, dont quatre acte sont écrits. La dernière scène du quatrième acte, pour laquelle il existe plusieurs versions, n'est pas achevée. Lecinquième acte,
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arivié depuis longienips dans Tesprit du niaîlrc, n'a pas clé écrit — et cela volontairement, jusqu'au dernier moment — par suit(> de certaines circonstances (jue je vous dirai tout à l'heure.
Il est exact qu'Alexandre Dumas fils avait ébauché d'autres pièces dans sa pensée, telle que cette œuvre destinée à M'"" Sarah Bernhardt et qui eût fait, au dire des rares personnes qui la connaissent, un admirable pendant au Fils naturel. De cette pièce il n'existe que des notes informes, d'ordre secondaire, relatives au milieu dans lequel l'héroïne allait évoluer. Quant aux autres pièces, elles étaient restées chez le maître à l'état de simples projets.
C'est vous dire que, lorsqu'on i)arlede l'œuvre posthume d'Alexandre Dumas fils, on ne doit considérer que les youvelles Couches et la Houle de Tlièbes, appelée aussi la Troublante.
Seules ces deux pièces feraient partie de son œuvre posthume, si l'œuvre posthume de l'illustre écrivain devait voir le jour.
Mais elle ne verra pas le jour.
Voici la clause du testament d'Alexandre Dumas fils à cet égard :
« On ne publiera ni lettres ni rien d'inédit de moi. Je laisse tous mes papiers, correspondance, manuscrits à M"" Henriette Alexandre Dumas, qui les mettra en ordre et qui sait ce qui/ faut en faire. » (l'est formel : i)n ne publiera ni lettres, ni rien d'inédit de moi.
M""' Alexandre Dumas est parfaitement résolue à observer cette clause, comme toutes celles du testament de son mari, aussi bien dans l'esprit que dans la lettre.
Ceci établi, mon cher maître, continuons, si vous le voulez bien, à nous occuper des deux pièces laissées inachevées par Alexandre Dumas fils.
Par suite de quelles circonstances ces deux pièces sont-elles restées inachevées?
252 LDS TROI.S DUMAS
11 faut bien se résoudre à parler net aujourd'hui qu'une légende d'impuissance semble être sur le point de se former sur les derniers efforts intellectuels de l'auteur de FrancUlon.
Vous le dites vous-même, mon cher maître, en parlant de ces deux œuvres posthumes :
« Les personnes qui ont eu la chance de les lire n'en parlent qu'avec admiration, et l'une d'elles, même, m'a dit très sérieusement qu'à son sens, la dernière, La Roule de Tlièbes, était la pièce la plus complète et la plus curieuse qu'il eût jamais écrite. I.'hésitation de Dumas à les donner de son vivant, son refus de les laisser jouer après sa mort, ne prouvent rien contre le mérite de ces deux ouvrages. »
Et vous ajoutez aussitôt :
« 11 est certain que depuis longtemps Dumas était sourdement miné parle mal qui devait l'emporter un jour, d'un coup presque subit. Il éiaitfaiigué, inquiet, sans savoir d'où lui venait cet affaissement physique et moral, dont il était comme accablé. »
Eh bien, mon cher maître, il faut que vous sachiez la vérité, toute la vérité : cette hésitation n'était qu'apparente chez Alexandre Dumas fils, elle cachait une résolution, une résolution bien arrêtée, celle de ne donner ni l'une ni l'autre de ses deux pièces tant qu'il ne pourrait pas disposer de l'interprétation qui lui était nécessaire pour défendre son œuvre en cas de résistance de la part du public, la hardiesse de l'idée et le besoin invincible de la lutte étant restés au nombre de ses qualités dominantes.
Le maître avait promis ses deux pièces à la Comédie- Française. Or, la Maison de Molière, avec son admirabletroupe, ne pouvait pas lui fournir la comédienne qu'il lui fallait pour l'interprétation d'un des personnages féminins de la Route de Thèbes. Je n'ai pas à dire ici quelles étaient les qualités requises pour ce r(Jle particulier. Tout ce que je puis dire, c'est que, ne voyant pas au Théâtre-Français la comédienne, j'allais
ALEXANI»iU: DUMAS III. S 2."»;}
dire la « lommc » qu'il lui fallait, il abandonna la lioute (le Tlu'bcs [)ouv les.\o//r<'//('.s Coticlics, destinant le principal rôle do cette pièce à M"" IJartet pour laquelle il avait gardé la plus vive reconnaissance de la façon remarquable dont elle avait inlerprétc les deux dernières héroïnes qu'il eût mises à la scène : Denise Brissot et Francine de lUverolles. Mais, ici, il était arrêté par une interprétation masculine. Et c'est ainsi qu'il alla de la Route de Tlièbes aux youvelles Couches et des Nouvelles Couches à la Roule de Thèbes, ne voulant achever ni l'une ni l'autre.
— Si j'achevais une de ces pièces, disait-il, je sens que j'aurais tout de suite la main forcée. Or, je ne veux rien livrer jusqu'à ce que je me trouve en présence, dans l'un ou l'autre cas, de l'interprète qui me manque. Je n'ai jamais pris la plume que lorsqu'il m'a semblé que j'avais une vérité à dire ou un droit à défendre. C'est donc, comme toujours, une bataille que je vais livrer.
Or, il me faut des soldats. Il m'en manque un, le plus utile peut-être. Attendons.
Et c'est sur ce mot-là qu'il est mort.
Au fait, Alexandre Dumas fds a mieux aimer laisser croire à son impuissance que de donner la vraie raison de son abstention, de crainte de froisser certaines susceptibilités. Ceux qui ont vécu dans son intimité le reconnaîtront bien là. L'opinion des autres lui était indifférente lorsqu'il obéissait à sa conscience et croyait faire son devoir.
Voilà donc la raison déterminante des délais apportés par Alexandre Dumas fils dans la lecture de sa pièce aux artistes du Théâtre-Français. C'est donc une erreur de penser qu'il y a eu chez lui un affaissement moral ou intellectuel.
Au mois dejuin dernier, à peine installé à Marly, il écrivaitcettepréfaccdei>//?'^/»o/ir/t' adressée à M. Henry Iloujon où toutes ses qualités apparaissent en pleine lumière, vives, limpides, comme aux beaux jours.
25 i LES TROIS DUMAS
Pressé par M. Jules Clarctie, alors en voyage, et pour qui il avait la plus vive sympathie, le maître achevait la route la Route de Tkèbes, sous son nouveau titre de la Troublante, au mois de septemhre, à Puys, où j'allai passer quelques jours avec lui. C'était deux mois avant sa mort.
Quelques jours auparavant, au mois d'août, à son arrivée en Normandie, il écrivait à l'administrateur de la Comédie-Française, qui nous l'a raconté : « Je pourrai, je crois, vous la donner — la Roule de Thèbes — à votre retour si votre voyage se prolonge jusqu'au 15 septembre. Votre lettre me trouve refaisant la scène du quatrième acte, scène capitale pour la pièce et pour Mounet- Sully. »
C'est dans ces dispositions que je le vis à Puys, à la fin de la première quinzaine de septembre. 11 me donna même sa distribution.
Peu de jours après, il se sentit légèrement indisposé à la suite d'un refroidissement pris dans le jardin, où il s'était attardé un soir après dîner. L'indisposition persistant, il abandonna tout travail.
Vous écrivez, mon cher maître :
« Claretie m'a lu une lettre de lui qui m'a fait passer le frisson dans le dos. Il l'avait supplié d'écrire au plus vite les trois ou quatre scènes qui devaient terminer la Route de Thèbes, et Dumas lui répondait : « Si je ne le fais pas, c'est que je ne peux pas. Je « vous le dis à vous, je suis fini. Je ne trouve plus « rien. »
Votre mémoire vous a trahi, mon cher maître.
La lettre à laquelle vous faites allusion est du !"■ octobre. La maladie avait pris un caractère de gi-avité tel que le maître résolut de quitter Puys où il était venu pour achever sa pièce. Et il écrivit à M. Claretie :
« Ne comptez pas sur moi... Je suis vaincu. »
La phrase est textuelle.
Ce qui voulait dire :
ALF.XAXDIiF. DIMAS I It.S 255
<' Je suis vaincu par la maladie, et quelque bonne voK)ntc que j'y mette, je suis obligé de dé[)()Sor la plume. »
Cctie ni.'dadiejui qui n'était jamais malade, il sentait bien que c'était la dernière. Aussi, dans sa lettre à M. idareiie, ajoutait-il :
« 11 y a des moments où je me rei^rclte, comme disait M""-' d'IIoudetot au moment de mourir. Là-dessus, je vous embrasse de tout cœur. Pardonnez-moi, je vous assure que ce n'est pas ma faute! »
Ce n'était pas un aveu d'impuissance. C'était la reconnaissance d'un fait matériel : la maladie. Pensez donc que cette lettre a été écrite cinq semaines avant sa mort! S'il était vaincu dans le sens que vous attribuez à ce mot, il ne s'en serait probablement pas aperçu. Ou ne s'apereoit i^uère de ces cboses-là, même quand on s'appelle Dumas.
La vérité est qu'il se sentait mortellement atteint, non dans son esprit, qui est resté intact jusqu'au bout, mais dans son corps. Affaissement pbysique, oui! Afl'aissement moral et intellectuel, non!
Ces lignes prophétiques de son testament, écrite le 21 juillet, quatre mois, date pourdate, avant sa mort, vous le diront mieux que je ne saurais le faire :
V feutre aujourd'hui dans ma soi.vante-douxième année. Il est temps de faire mon testament, d'autant plus qu'à eertains symptômes il me paraît plus que probable que je ne verrai pas la fin de ectte année dans laquelle feutre. »
Il s'est donc éteint, en pleine possession de ses facultés, conscient et maître de lui, ayant attendu avec sérénité la mort qu'il regardait en face depuis longtemps déjà et qui s'est montrée respectueuse de son génie en le terrassant et en le descendant dans la tombe avant que ce génie s'obscurcit ou même se voilât.
Telle fut la fin d'Alexandre Dumas fils.
Vous savez aujourd'hui de quoi se compose l'œuvre posthume qu'il laisse aux mains de sa veuve et quelles sont ses dernières volontés à cet égnrd.
DUMASIANA
J'ai réuni, sous ce titre, un certain nombre de pensées et fragments de Dumas fils qui ni ont paru, après les analyses précédentes, les plus propres à donner une idée très nette de son génie.
La belle Lettre à un enfant, a été publiée par moi dans le Figaro, le lendemain de sa mort.