‹ Les trois DumasChapitre 43 sur 58 · LETTRE A UN ENFANT · texte numérisé non relu

LETTRE A UN ENFANT

Il paraît, mon cher enfant, que c'aurait été hier ta fête, si tu n'étais pas un abominable petit hérétique qu'aucun saint du Paradis ne saurait recommander. J'ai pensé que tu serais assez intelligent, que tu aurais assez (le courage et d'énergie pour faire toujours ton devoir sans avoir besoin de l'intervention des saints, déjà bien assez occupés de tous les imbéciles qui ne savent pas se passer d'eux.

Tu as la meilleure des mères, tu as un père qui l'adore, tu as tout ce qu'il faut pour être une personne honnête et heureuse, c'est à toi d'en remercier Dieu tranquillement et sincèrement dans le fond de ton cœur, sans déranger pour cela des saints qui ne peuvent pas pour toi ce que tu peux pour toi-même.

Quand nous serons à la campagne cet été, maintenant que tu es un grand garçon, nous lirons ensemble les Evangiles et tu t'efforceras de vivre comme il y est conseillé de le faire. Tu verras que ce n'est pas très difficile quand on le veut bien fermement.

II y a déjà une foule de préceptes que tu pratiques tout naturellement, parce que ton père et ta mère t'en ont donné l'exemple et que ton intelligence et ton cœur ont compris tout de suite.

ALKXANDUt: DIM.VS 1 ILS 259

Tu sais qu'il faut aimer non seulement tes parents, qui striit bons pour toi, qui te rendent facile ta vie, que tu ne serais pas en état de gagner toi-même, et qui sont sans cesse préoccupés de ta santé et de ton bonheur. Tu sais qu'il faut non seulement les aimer, mais aimer et assister tous ceux qui t'aiment en dehors de ta famille et même les pauvres gens que tu ne connais pas, qui n'ont pas de parents comme les tiens et qui ont besoin de la charité des autres.

Tu sais qu'il ne faut rien prendre à qui que ce soit, que rien n'est plus méprisable que le mensonge et l'hypocrisie, qu'une personne laborieuse et honnête qui gagne sa vie dans n'importe quelle profession est l'égale des plus riches et des plus puissants ; tu sais que le désir de briller et de se faire envier par sa toilette est la dernière des inepties; que dépenser de l'argent à des futilités quand il y a tant de gens qui n'ont pas de quoi manger est une mauvaise action ; que faire du mal à qui que ce soit est une lâcheté; qu'il vaut mieux se laisser mourir de faim que de faire, pour manger, une chose que l'on ne pourrait pas avouer ; qu'on ne doit jamais trahir un secret qu'on vous a confié ou même qu'on a surpris ; qu'on doit tout entendre sans jamais rien répéter ; qu'il faut être juste pour tout le monde et indulgent pour les ignorants, les inférieurs et les coupables; qu'il faut être poli avec les serviteurs même lorsqu'ils ne le sont pas, parce qu'ils n'ont pas reçu l'instruction que tu as eu le bonheur de recevoir ; qu'il ne faut pas toujours dire ce que tu penses, parce que cela pourrait faire de la peine à quelqu'un, mais qu'il faut toujours penser ce que tu dis ; qu'il ne faut jamais donner ta parole d'honneur que pour des choses dont tu es sur ; qu'il ne faut jamais prendre un engagement matériel ou moral sans être résolu à le tenir bon gré mal gré et quoi qu'il en coûte, fut-ce toute la fortune qu'on a ; qu'on ne doit se mo(juer ni des infirmes, ni des vieillards, ni des pauvres. 11 te res-

tera, pour te moquer d'eux, les vaniteux et les sots, c'est bien assez.

Tu sais enfin que, du moment où lu es forcé de te cacher pour faire une chose et que tu as peur qu'on ne le sache, tu ne dois pas faire cette chose.

Eh bien ! tu en sais déjà long, comme lu vois, ei si tu veux mettre en pratique tout ce que lu sais, non seulement tu n'auras pas besoin de la protection des saints, mais tu seras un saint toi-même; et si lu profites, comme j'en suis convaincu, de celte petite \eqon, tu en tireras, plus de profit que d'avoir reçu des fleurs pour ta fête.

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