DIEU
Après avoir bien disputé, apivs s'èire bien battus, ceux-ci au nom de la foi, ceux-là au nom de la science, tant pour prouver (ju'il y a un Dieu que pour prouver qu'il n'y en a pas, deux propositions au sujet desquelles on pourra se battre éternellement si l'on ne compte désarmerque quand on en aura fait la preuve, ils constateront finalement qu'ils n'en savent pas plus là-dessus les uns que les autres, mais que ce dont ils sont sûrs, c'est qu'on définitive l'homme a autant besoin d'espérer, si ce n'est plus, que de savoir, qu'il souffre abominablement de l'incertitude où il est sur les choses qui l'intéressent le plus, qu'il est perpétuellement en quête d'un état meilleur que son état présent, et qu'il faut le laisser chercher, en toute liberté, surtout dans le domaine philosophique, ce moyen d'éire plus heureux.
Il a sous les yeux le spectacle d'un univers qui était avant lui, qu» demeurera après lui, qu'il sent, qu'il sait être éternel et à l'éternité duquel il voudrait être mêlé. Du moment où il a été appelé à la vie, il demande sa part de cette vie éternelle qui l'entoure, l'exalte, le raille et le détruit. Puisqu'il a commencé, il ne veut pas linir. Il appelle à grands cris, il implore à voix basse la certitude qui se dérobe toujours, heureusement, car elle sor.iii l'immo-
bilité et la mon, le moteur le plus puissant de l'énergie humaine étant l'inconnu. Comme il ne peut se fixer dans la certitude, il va et vient dans l'idéal vague, et quelques écarts qu'il fasse dans le scepticisme et la négation, par orgueil, par curiosité, par colère, par mode, il retourne toujours à l'espérance dont il ne peut décidément pas se passer. Querelles d'amoureux.
Il y a donc quelquefois obscuration, il n'y a jamais oblitération complète de l'idéal humain. 11 passe dessus des buées philosophiques comme des nuées sur la lune, mais l'astre blanc poursuit toujours sa route oîi il reparait, tout à coup, intact et lumineux. Cet irrésistible besoin d'idéal, chez l'homme, explique qu'il se soit jeté avec confiance, avec ravissement, sans contrôle rationnel, dans les différentes formules religieuses qui, tout en lui promettant l'infini, le lui présentaient conforme à sa nature, en môme temps qu'elles l'enfermaient dans des limites toujours nécessaires, même à l'idéal.
Mais voilà que, depuis des siècles déjà, à chaque nouvelle étape, des hommes nouveaux sortent de l'ombre, de plus en plus nombreux, depuis cent ans surtout, qui, au nom de la raison, de la science, de l'observation, contestent les vérités, les déclarent relatives, et veulent détruire les formules qui les contiennent.
Qui a raison dans ce débat? Tout le monde tant qu'on cherche, personne dès qu'on menace. Entre la vérité qui est le but et le libre examen qui est le droit, la force n'a rien à faire, malgré des exemples fameux. Elle recule ce but, voilà tout. Elle n'est pas seulement inique, elle est inutile, le pire défaut en matière de civilisation. Jamais un coup de poing, si bien appliqué qu'il soit, ne prouvera l'existence ou la non-existence de Dieu.
Pour conclure, ou plutôt pour finir, la Puissance, quelle qu'elle soit, qui a créé le monde, lequel ne
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me paraît dérmiiivemont pas s'être créé lui-même, s'éiant, jusiiu'à nouvel onli'c, réservé à elle seule, tout en nous prenant pour instruments, le privilège de savoir pourquoi elle nous a faits et où elle nous mène; celte Puissance, malgré toutes les intentions qu'on lui a prêtées et toutes les sommations qu'on lui a faites, paraissant de plus en plus résolue à garder son secret, je crois, si je puis dire ici tout ce que je pense, que l'Humanité commence à renoncer à pénétrer ce mystère éternel. Elle est allée aux religions, qui ne lui ont rien prouvé, puisqu'elles étaient diverses; elle est allée aux philosophies, qui ne lui en ont pas démontré davantage, puisqu'elles étaient contradictoires; elle va essayer, maintenant, de se tirer d'affaire toute seule, avec son simple instinct et son simple bon sens, et, puisqu'elle est sur la terre sans savoir pourquoi ni comment, elle va tacher d'être aussi lieureus'' que possible, parles seuls moyens que la terre lui fournit.