L'AMOUR, LES FEMMES ET LE MATUAGE
Sur dix mille hommes, il y en a sept ou huit mille qui aiment les femmes, cinq ou six cents qui ! aiment la femme, un qui aime une femme.
L'amour, au contraire de la passion, s'alimente et se renouvelle sans cesse à son propre loyer, sans pouvoir s'épuiser jamais. Ce n'est pas le feu terrestre, c'est le feu divin ; ce n'est pas le hasard, ce n'est pas un choc imprévu qui le fait naître, c'est l'harmonie universelle qui le crée.
... On peut avoir eu deux passions, on n'a jamais deux amours !
Uui a aimé deux fois n'a pas aimé, voilà l'absolu.
Nous nous attachons quelquefois plus à une femme par les infidélités que nous lui faisons que par la fidélité qu'elle nous garde.
Dire à une femme qui appartient à un autre qu'on l'aime etqu'on voudrait être aimé d'elle, c'est lui jeter à la face la plus grosse des insultes, c'est lui dire : « Je vous trouve bonne pour mes moments perdus, suffisante pour mes plaisirs, mais je garde mon nom, ma fortune, mon estime, ma liberté i)0ur une plus
honnête que vous, qui exigera de moi d'autres preuves d'amour que les petites convulsions que je viens vous offrir. »
L'homme qui a été aimé, si peu que ce soit, d'une femme, du moment que cet amour n'avait ni le calcul ni l'intérêt pour base, est éternellement l'obligé de cette femme, et, quoi qu'il fasse pour elle, il ne fera jamais autant qu'elle a fait pour lui.
Ou les femmes ne pensent à rien, ou elles pensent à autre chose.
La femme est un être circonscrit, passif, instrumentaire, disponible, en expectative perpétuelle. C'est la seule œuvre inachevée que Dieu ait permis à l'homme de reprendre et de finir. C'est un ange de rebut.
La femme est, selon la Bible, la dernière chose que Dieu a faite. Il a dû la faire le samedi soir. On sent la fatigue.
C'est souvent la même femme qui nous inspire de grandes choses et nous empêche de les acccomplir.
Il y a plus d'honnêtes femmes qu'on ne le croit, pas autant qu'on le dit.
Les hommes ont quelquefois le droit de dire du mal des femmes, jamais d'une femme.
Que les femmes gravent ceci dans leur mémoire :
ALUXANDRK HUMAS FILS 207
Celui-là seul est digne de leur amour qui les n jugées dignes de son respect.
Si j'avais à donner mon opinion sur la différence morale qui existe entre les hommes et les femmes, je dirais que les hommes valent plus et que les femmes valent mieux.
Il n'existe pas une femme si hahile, si helle, si aimée qu'elle soit, qui puisse donner à son amant la centième partie de Témotion que donne en une minute à l'époux qui l'a choisie la jeune fille qui va recevoir de lui la révélation de l'amour. Notre esprit, notre cœur, nos sens, t<»utes nos facultés trouvent dans la première expansion de cette âme ignorante, timide et curieuse à la fois, une sensation si ahsclue, qu'elle détruit tout ce qui n'est pas elle; si élevée qu'aucune autre n'y peut atteindre; si complète qu'il ne nous est plus permis de l'admirer une seconde fois. Tout homme qui ne l'a pas connue et qui prétend avoir aimé, est un fou dont on peut rire, et celui qui, dans le mariage, croit pouvoir se passer d'elle, est un malheureux qu'il faut plaindre.
L'homme qui, dans la vie réelle, limite sa destinée à la recherche, à l'adoration et même à la possession d'une femme, comme le conseillent les littératures, est un enfimt, un paresseux ou un malade, et la femme qui le dévore et le supprime a parfaitement raison et rend un grand service à l'Etat.
L'homme ne se doit tout entier qu'à ce qui est impérissable, éternel et infini. Si, contenant en lui de quoi être Socrate, César ou Christophe C(»lomh, il se réduit à être Othello, Werther ou I)''s Crieux, il n'est pas l'homme total, il n'est plus que Ihumme partiel;
il descend au-dessous de lui-même; il a perdu la notion de son origine et de sa fin; il n'est plus qu'un héros littéraire, un instrument d'immortalité pour les poètes et d'immoralité pour les petites tilles et les colléiiicns.
La femme n'a pas la faculté d'effacer radicalement, par le seul effort de sa volonté, l'image qui l'a occupée longtemps. Il faut qu'elle la remplace par une autre. Elle ne détruit pas, elle superpose. Quand la seconde image est plus grande et plus large que la première, et qu'on ne voit plus rien de celle-ci, tout va bien; c'est l'oubli. Quand elle est plus petite et que les bords de l'autre dépassent, rien ne va plus ; c'est le remords.
On aime les femmes par ce qu'on a en trop ou en moins. lien résulte que la même créature peut être aimée par deux hommes de types absolument contradictoires. Le petit crevé admirera et cherchera en elle les muscles qui lui manquent et se fera une force apparente de celle de sa maîtresse. Et le fort de la halle enrichi aura besoin de se dépenser dans un être capable de le satisfaire et de le contenir.
La femme nue n'a pas de tète. Ce qui regarde et ce qu'on regarde en elle commence au cou et va en descendant. Il en résulte que le pied d'une femme nue est plus intéressant et plus expressif que son visage, lequel ne peut être que maladroit ou provocant, c'està-dire grossier dans tous les termes. Seule la femme vêtue peut avoir des expressions multiples, et plus elle sera vêtue, plus le sentiment sera divers et élevé. Les statues grecques ne regardent même pas. Les statues du moyen âge font rêver. La première chose que doit faire un peintre qui représente une femme
ALEXANDRE DUMAS I-ILS liijO
nue, c'est de supprimer la tête, je veux dire de l'atténuer autant que possible ou de la cacher de son mieux, à moins qu'il ne veuille faire un libertinage.
Le cerveau de M'""' Sand n'était pas compliqué. Il était ouvert. 11 y passait une foule de choses disparates et elle les accueillait toutes sans s'occuper de les faire concorder entre elles. Elle ne se doutait pas des contradictions. Le pittoresque d'une aventure ou d'une idée saisissante la frappait et elle pariait làdessus, le plus souvent sans savoir oii elle allait.
— Des femmes à l'Académie? Il y a bien assez de prêtres!
— Le mariage est la plus grande des bêtises... et j'espère bien que mes filles la feront.
A propos du mariage d'une cantatrice :
— Les rossignols ne vivent pas en cage avec les serins.
Les femmes absolument belles n'ont de pudeur que juste ce qu'il faut pour faire valoir leur beauté.
La femme ne peut jamais se dégrader ni tomber aussi bas que l'homme, parce qu'il y a toujours eu de l'amour dans sa première chute.
La c!iaine du mariage est si lourde, qu'il faut se mettre deux pour la porter, — quelquefois trois.
Tout le monde!... je le connais celui que l'on appelle Tout le monde!... Tout le monde a horreur des gens qui s'aiment, des femmes chastes et des hommes jaloux, parce que Tout le monde profite des femmes coquettes, des maris indifférents et des épaules qui ne finissent pas. Tout le monde est un malin qui fait des théories à son bénéfice... Ainsi c'est Tout le monde qui dit : « Il faut aimer sa femme d'une certaine façon. L'épouse, qui sera mère de famille, a plus besoin de respect que d'amour. Laissez les transports, les jalousies, les manifestations violentes aux amours passagères. » Ce qui veut dire : « Supprimez la passion dans le mariage pour que le mariage soit ennuyeux, et quand votre femme s'ennuiera, moi, Tout le monde, je la consolerai. »
PRÉCEPTES, CONSEILS, lŒFLEXIONS DIVERSES
Marche deux heures tous les jours, dors sept heures toutes les nuits ; couche-toi toujours seul, dès que tu as envie de dormir; lève-toi dès que tu t'éveilles; travailles dès que tu es levé. Ne mange qu'à ta faim, ne bois qu'à ta soif, et toujours lentement.
Ne parle que lorsqu'il le faut et ne dis que la moitié de ce que tu penses 5 n'écris que ce que tu peux signer, ne fais que ce que tu peux dire. N'oublie jamais que les autres com[)teront sur toi, et que tu ne dois pas compter sur eux. N'estime l'ari^'ent ni plus ni moins qu'il ne vaut : c'est un bon serviteur et un mauvais maître.
Garde-toi des femmes jusqu'à vingt ans, éloignetoi d'elles après <iuarante; ne crée pas sans bien savoir à quoi tu l'engages et détruis le moins possible. Pardonne d'avance à tout le monde, pour plus de sûreté ; ne méprise pas les hommes, ne les hais pas davantage et ne ris pas d'eux outre mesure, plains-les.
Songe à la mort, tous les matins en revoyant la lumière, et tous les soirs en rentrant dans l'ombre. Quand tu souffriras beaucoup, regarde ta douleur en face, elle te ctjnsolera elle-même et t'apprendra quelque chose. Efforce-toi d'être simple, de devenir utile, de rester libre, et attends pour nier Dieu que l'on t'ait bien prouvé qu'il n'existe pas.
Donnez de l'argent, n'en prêtez pas; donner ne fait que des ingrats, prêter fait des ennemis.
Les politiciens sont semblables aux arroseurs publics, qui peuvent faire de la boue quand il y a du soleil, mais qui ne peuvent faire du soleil quand il y a de la boue.
Savez-vous ce que c'est que le devoir ? C'est ce qu'on exige des autres.
Entrez dans n'importe quelle gare de chemin de fer, et voyez avec quelle patience la foule qui est là attend ses billets avant le départ, et ses bagages au retour, et vous reconnaîtrez que ce peuple indépendant est le peuple le plus obéissant du monde, et qu'avec un sergent de ville on lui fait faire tout ce qu'on veut, et avec deux tout ce qu'il ne veut pas.
A quarante ans, un homme politique sérieux mépiise tellement les hommes qu'il n'a plus qu'à se tuer ou à s'en servir.
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