‹ Les trois DumasChapitre 8 sur 58 · LE GKXHUAL DUM.VS · texte numérisé non relu

LE GKXHUAL DUM.VS

vinrent nous annoncer que, par l'ordre du prince François, nous étions déclarés prisonniers de guerre,

« Nous ne nous étions pas trompés.

« Voici ce qu'était ce prétendu prince François :

« Quatre aventuriers corses avaient résolu de soulever les populations en faveur des Bourbons; mais, connaissant la lâcheté proverbiale du prince François, ils résolurent d'agir en son nom.

« L'un d'eux devait se donner pour lui.

« C'était un nommé Corbara, vagabond sans aveu, mais brave.

« Les autres, qui se nommaient de Cesare, Boccheciarape et Colonna, devaient passer: Colonna, pour le connétable du royaume; Boccbeciampe, pour le frère du roi d'Espagne ; et de Cesare, pour le duc de Saxe.

« Maintenant, qu'étaient ces hommes qui prenaient ces titres pompeux ?

« De Cesare, un ancien domestique à livrée ;

c Boccbeciampe, un ancien soldat d'artillerie, déserteur;

« Et Colonna, une espèce de vagabond, comme Corbara, son ami et son compatriote.

« C'était à Montjari, dans la maison de l'intendant Girunda, que toute cette comédie avait été nouée.

« Girunda, qui, en sa qualité d'intendant, était censé connaître l'héritier de la couronne, avait, lui, pour mission de précéder les quatre aventuriers en les annonçant sous les divers noms et les différents titres qu'ils avaient pris.

a Grâce à ces précautions, le voyage des faux princes fut un triomphe, et, devant eux, derrière eux, autour d'eux, toute la province se souleva.

« En attendant, le prétendu prince François agissait en dictateur, cassant des magistrats, nommant des gouverneurs de ville, levant des contributions, et tout cela, il faut l'avouer, plus intelligemment peut-être et à C(jup sûr plus hardiment que ne Tcùt fait le véritable héritier de la couronne.

3G LES TROIS bUMAS

(( Deux incidents qui eussent dû perdre nos aventuriers contribuèrent, au contraire, à augmenter le crédit dont ils jouissaient.

« D'abord, l'archevêque d'Otrante connaissait personnellement le prince François. L'archevêque d'Otrante, prévenu par Girunda, reçut la fausse altesse royale comme il eût reçu le vrai prince, et, pour Otrante, tout fut dit.

« Ensuite, pendant son séjour à Tarente, les deux vieilles princesses, tantes de Louis XVI, qui venaient de Naples et qui allaient en Sicile, poussées par le gros temps, vinrent relâcher dans le port. Elles apprirent que leur parent était là et demandèrent naturellement à le voir. Force fut au faux prince de se présenter à ses prétendues tantes ; mais les deux vieilles princesses, ayant appris dans quel butCorbara jouait ce personnage, et songeant au bien qui ressortait pour le parti bourbonien de cette comédie, prêtèrent les mains au mensonge et contribuèrent même, par les démonstrations qu'elles donnèrent de leur amitié au prétendu petit-fils de Louis XIV, à le populariser dans l'esprit des Calabrais (1).

« Voilà quel était l'homme qui disposait de notre destinée et qui nous déclarait prisonniers de guerre .

« En nous faisant cette déclaration au nom de la

(1) Celle assertion serait jDresque incroyable, si on ne la trouvait reproduite dans les mêmes termes, à peu près, sous la plume du général Coletta :

« Ces imposteurs se dirigèrent vers la ville de Tarente; mais, lorsrpi'ils y furent arrivés, ils virent aborder le vaisseau qui portait de Naples en Sicile les vieilles princesses de France. Nos aventuriers ne se déconcertèrent point, et Corbara, s'étant fait précéder par un message qui l'évélait aux princesses les effets merveilleux delà crédulité du peuple, se rendit, avec une pompe royale et l'assurance d'un parent, auprès de ces dames. Les princesses, malgré la fierté naturelle à la race des Bourbons, accueillirent en petit-fds cet aventurier obscur, et, croyant servir ainsi la cause du roi, lui donnèrent le titre d'altesse et lui prodiguèrent des témoignages de respect et d'aftection. »

{Histoire de tapies de 17 84 à 182S, par Coletta.)

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