LA FIDÉLITÉ DE DIEU EN SES PROMESSES, MOTIF DE NOTRE ESPÉRAMCE
Après cette raison , qui nous donne un merveilleux sujet d'espérer en Dieu, en voici une autre qui mérite bien toutes nos réflexions. Elle tire son autorité de la fidélité que Dieu garde en ses promesses, fidélité dont les saintes lettres nous donnent de si nombreuses et si grandes assurances, qu'on éprouve, en les lisant, une conso-
* Ecce Deus salvator meus; fiducialiter agam et non timebo. Cap. 12. 2.
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latjon indicible. « Dieu, dit, entre autres réflexions, le prophète royal , est fidèle en toutes ses paroles, il ne manque jamais à ce qu'il a une fois dit^. — Dieu est fidèle en ses promesses, avait dit avant lui Moïse, il est éloigné de toute iniquité, et il est rempli de justice et de droiture^; » iniquité qui serait en lui, s'il ne donnait pas là chose qu'il a promise, d'autant que, par sa promesse, il s'en, est défait en faveur d'un autre , au moins lui a-t-il donné le droit de la posséder. Ecoutons saint Paul dans sa seconde épître aux Corinthiens. « Toutes les promesses de Dieu sont très-assurées, et elles ont eu ou auront infailliblement Jeur efifet; il n'est point sujet au changement pour qu'il y ait en lui un oui ou un non à l'égard d'une même chose, mais il est immuable^. » Le mot amen parmi les hébreux, est parfois un adverbe et signifie certainement, véritablement; d'autres fois il se prend pour un nom et signifie la vérité et la certitude qui enlève toute sorte de doute à l'égard d'une chose. Ainsi le prophète Isaïe appelle Dieu : Amen; « il jurera, dit-il, par le Dieu Amen*, c'est-à-dire par le vrai Dieu. Il qualifie ailleurs les pensées de Dieu de « pensées fidèles, constantes et qui ne changent jamais^. » Et l'ange de l'Apocalypse nomme notre Seigneur de même : « Celui qui porte le nom d'Amen , c'est-à-dire de la vérité , qui est témoin fidèle et sans reproche , et le principe des créatures de Dieu^. »
* Fidelis Deusin omnibus verbis suis.Psal. 144. 13.
* Deus fidelis, et absque ulla iniquitate, justus et reclus. Deuter. 32. 4.
^ Quotquot promissiones Dei sunt, in illo est : îdeo et per ipsum Amen Deo Cap. 1 . SjO.
4 Jurabit inDeo Amen.Cap. 65. 16. S Cap. 25. 1.
^ Haec dicit Amèn, testis fidelis et verus, qui est principium creaturae Dei. Cap. 3. 14.
Dieu est donc fidèle et assuré en ses promesses, étant véritable et la vérité même, qui ne saurait ni tromper ni mentir. « Tout homme est menteur, dit l'Apôtre, mais Dieu ne se départ jamais de la vérité^ » Et longtemps auparavant, Balaam avait fait entendre ces paroles au roi Balac, sur le même sujet ': «.Dieu n'est pas fait comme les hommes pour mentir et pour être inconstant. Croyezvous donc qu'il ne doive pas' faire ce qu'il a dit, ni acconàplir les promesses qu'il a données^? »
C'est pourquoi nous devons vivre dans une espérance inébranlable et dans un psirfait repos touchant les promesses de Dieu, et en être aussi sûrs que si nous en voyions déjà les effets. « Notre espérance, dit saint Augustin, est aussi certaine que si la chose, sur laquelle nous fondons notre, espérance, était déjà arrivée, parce qu'on ne peut douter de ce- que promet la vérité, qui ne saurait ni, se tromper, ni tromper personne^. »
Or, quoique ceci soit trè&-vrai, et que nous 'n'ayons aucun motif de révoquer en doute la réalisation des promesses que Dieu nous fait, voici néanmoins en autre trois circonstances signalées qui nous les confirment davantage et autant qu'il est possible.
La première est que Dieu nous a réitéré ces promesses cent et cent fois, en divers endroits de ses Ecritures, en divers temps, parplusieurs de ses ministres qui tous ont été en grande considération devant lui, par les- patriarches, par les prophètes, par les apôtres et par d'autres homnies
* Est Deus verax, omnis autera homo môndax. Rom. 3. 4.
- Non est Deus quasi homo, ut mentiatur ; nec ut filius hominis, ut mutetur. Dixit ergo, et non faciet ?.Locutus est, et non implebit? Num. 23. -19.
^ Spes nostra tam certa est, quasi jam res perfécta sit : neque enim tiraemus, promittente veritate ; veritas enim nec falli potest, Vnec fallere. In Psal. i33. • ' .
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très-saints, qui même, de leur chef, n'eussent jamais voulu mentir.
La seconde, que Dieu non content de nous faire ses promesses verbalement et de bouche, ce qui était plus que suffisant de sa part, puisque parmi nous un homme d'honneur ne manquantjamaisasaparole, on ne peut pour l'obliger, exiger de lui davantage, sans lui faire injure, Dieu a voulu de plus nous les donner par écrit dans les saintes Ecritures en bonnes obligations authentiques passées par devant le ciel et la terre, autorisées par tant de miracles, confirmées par le sang des martyrs, et assurées par le témoignage de tant de saints et savants personnages. Or, si parmi les hommes, le plus grand trompeur est contraint de payer ce qu'il doit, quand on lui montre son obligation faite par devant notaire, pensons-nous que Dieu, qui est la vérité , doive se dispenser de satisfaire aux siennes quand nous les lui présenterons?
Saint Chrysostôme dit a ce propos, lorsqu'il était question de l'envoyer en exil : « Rien ne m'étonne, rien ne m'ébranle ; non que je m'appuie sur moi et que je me confie en mes forces, mais parce que j'ai par devers moi de bons gages, à savoir la promesse de notre Seigneur faite en bonne forme. Celte promesse est ma sûreté, et me tient lieu de bâton sur lequel je m'affermis, et de port où je suis à l'abri des tempêtes. Que tout le monde s'élève contre moi, et que les hommes me traitent le plus cruellement qu'ils pourront, pour dissiper tous ces orages, je prends en main l'écrit de notre Seigneur et je lui en fais la lecture. Les mots qu'il contient sont ceux-ci : Voici que je suis et que je serai continuellement avec vous jusqu'à la fin des siècles*. Puisque Jésus-Christ est avec
* Ecce ego vobiscutn sum omnibus diebus usque ad consumraationem sœculi. Matt. 28. 20.
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moi, el qu'il m'a promis sur sa parole, dont il m'a laissé l'écrit, de ne m'abandonner jamais, qu'ai-je a craindre? et qu'y a-t-il qui me puisse faire peur? Dans l'assurance que me donne cet acte divin, toute la malveillance des grands, et toute la colère des princes animés contre moi sont à mes yeux plus faibles que des toiles d'araignées^ » Telles sont les paroles sorties de cette bouche d'or.
Mais Dieu n'est pas encore satisfait de cela. C'est peu, ce semble, pour lui, de nous promettre verbalement et par écrit, il faut qu'en troisième lieu il y joigne le jurement. On ne peut rien ajouter après cela pour donner à une promess-^ toutes les sûretés possibles, car le serment en est comme le dernier sceau et le lien le plus solide. Voici comment saint Paul parle de cette dernière circonstance : « Quand les hommes jurent, ils ont coutume de le faire par celui qui est plus grand qu'eux, et le serment termine tous leurs différends. C'est pourquoi Dieu, voulant que ses promesses fussent accompagnées de toutes les formes et de toutes les solennités requises, et qu'il ne restât aucun doute dans l'esprit de ceux en faveur desquels il les faisait, les a confirmée» avec le jurement, et a fait serment de les exécuter, afin que deux choses immuables, auxquelles il est impossible que Dieu manque, à savoir la promesse et le jurement, remplissent notre ame d'une consolation très-puissante, nous donnant une ferme et indubitable espérance qu'il accomplira ce qu'il nous a promis; espérance qui nous servira comme d'une ancre sacrée, pour assurer notre vaisseau au milieu des orages, et empêcher que les flots des afflictions ne nous emportent^. » Ce sont les paroles de l'Apôtre; voyons-en les effets.
* Hom. Cum ageretur de ejus exilio.
^ Homines per majorera sui juvant, et omnis controversiae finis
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Le prophète royal parlant à Dieu sur ce sujet lui dit : « Vous avez juré à David en vérité, c'est-à-dire par vous-même, que vous prendriez soin de lui et de sa postérité^ » Et autre part : a Dieu a promis avec serment a David une chose qu'il exécutera infailliblement^, d Dieu même lui parle ainsi de sa promesse : « Je ne retirerai pas ma miséricorde de David, et ce que je lui ai promis sera irrévocable : on ne trouvera pas de changement dans la parole qne je lui ai une fois donnée; non, j'en ai juré par mon saint nom, et si on en trouve, je consens à ce qu'on me tienne pour un menteur'. »
Ce qui est dit de David en termes si forts est applicable a tout autre homme qui peut l'entendre, pour soi-même du moins quant au secours qu'il peut espérer de Dieu dans ses nécessités.; il peut aussi remarquer ce que saint Paul nous disait ci-dessus, que ce procédé de Dieu pour nous faire croire l'infaillibilité de ses promesses, nous est un grand sujet de merveilleuse consolation, et noUs établit dans une confiance immobile. A la vérité, si le jurement a tant de pouvoir parmi les hommespour assurer leurs promesses, que doit donc être celui de Dieu? Saint Thomas remarque que les hommes de haute qualité et d'une
ad confirmationem est juramentum ; in quo abundantius volens Deus ostendere pollicitationishaeredibus immobilifatem consilii sui, interposuit jusjurandum, ut per duas res immobiles,, quibus impossibile est mentiri Deum, forti^ssimum solatium habeamus, qui confugimus ad tenendam propositam spem ; quam sicut anchoram haberaus animae tutam ac firmam. Hebr. 6. 16,
* Jurasti David.in veritatetua. Psal. 88. 50.
* Juravib Dominus David veritatem, et non frustrabitur eam. Psal. 131.11.
3 Misericordiam meam non dispergam ab eo, neque nocebo in veritate mea, neque profanabo testamentum meum, et quœ procedunt.de labiis meis non faciam irrita : semel juravi in sancto meo si David mentiar. Psal. 88. 34.-
autorité éminente, ne doivent pas être contraints de jurer, parce que leur simple parole doit suffire, comme. étant inviolable, et l'on n'exige le jurement que de ceux sur la foi desquels on a quelque défiance. Dieu néanmoins a voulu passer par cette condition rigoureuse et se faire pour ainsi dire à lui-même cette injure, afin de mettre ses promesses hors de tout doute, même à l'égard des plus incrédules et des plus défiants, et nous faire ainsi espérer parfaitement en lui. •