‹ Les trois filles de JobChapitre 13 sur 38 · JÉSUS-CHRIST, NOTRE SEIGNEUR, SECOND MOTIF DE NOTRE ESPERANCE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST, NOTRE SEIGNEUR, SECOND MOTIF DE NOTRE ESPERANCE

Le second motif qui nous pousse puissamment, et avec tous les avantages possibles, à la vertu d'espérance, c'est le Fils de Dieu notre Seigneur Jésus-Christ, à qui, pour ce sujet, les Lettres sacrées et les saints Pères donnent tout spécialement cet agréable nom de notre espérance^ (( J'ai été fait apôtre, dit saint Paul, par le commandement de Jésus-Christ, qui est notre espérance*. » Saint Ignace d'Antioche va plus loin encore : « Jésus-Christ, dit-il, qui est notre espérance parfaite^. » Saint Augustin s'adresse au Fils de Dieu dans ce • même sentiment : « Vous êtes véritablement tout mon espoir et le grand sujet de ma confiance'. ».

Nous demandons maintenant pourquoi notre Seigneur est nommé particulièrement notre espérance? Et nous répondons que c'est parce qu'il jest notre bien, notre pos-

* Secundum imperium Jesu-Christi, spei nostrae. 1 Tim. i. i. 2 Epist. ad Smyr.n. jjf reXt'ix eXTrh 'li^aovi; h XptaTÔj. ^ Tu es rêvera tota spes et fiducia mea. Manual. 1 2. .

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session et une chose qui nous appartient en verlu du don que son Père nous en a fait. « Dieu, dit l'apôtre saint Jean, a tellement aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconqne croit en lui, ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle*. « Voilà le. titre de la donation tiré des archives de l'Ecriture, et que notre Seigneur même produisit à Nicodèrae.

C'est pour ce même motif qu'il s'appelle le don de Dieu : « Si tu savais le don de Dieu, dit-il à la Samaritaine, et qui est celui qui te demande à boire^. » Mais quel est ce don de Dieu?

Premièrement ce fut un grand don de Dieu que notre Seigneur, la sagesse éternelle, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs voulût parler gracieusement et longtemps à une femme, et à une femme de basse condition et qui vivait dans le désordre des passions. Si un roi de la terre s'arrêtait dans la rue pour entretenir amicalement, et même avec une certaine familiarité, un portefaix ou une servante, cette action ferait regarder le monarque comme très-populaire et d'une excessive bonté. Secondement^ quelques Pères entendent par ce don, notre Seigneur, qui voulait dire à cette pauvre femme : si tu savais quel don Dieu a fait aux hommes, en me donnant à eux.

Dieu donc nous a donné son Fils, notre Seigneur, de sorte qu'il est à nous légitimement, et c'est notre bien. Et en nous le donnant, il nous a donné toutes choses avec lui et en lui. C'est la conséquence que tire saint Paul lorsqu'il écrit en ces termes aux fidèles de l'Eglise

* Sic Deus diiexit mundum*, ut Filium svium unigenitum daret ; ut omnis qui crédit in eum, non pereat, sed habeat vitam aeternam. Joan. 3. 16.

'^ Si scires donum Dei, et quis est qui dicit tibi : da mihi bibere? Joan. 4. 10. ^ Apud Maldon. Ibid.

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de Rome : « Si Dieu n'a point épargné son propre Fils, mais l'a livré à la mort pour l'amour de nous, comment, par une suite nécessaire, ne nous a-t-il point donné toutes choses avec lui' ? » Il faut remarquer dans ce texte ces deux mots donavit, il nous a donné, non pas, il nous donnera ; et omnia, toutes choses, a Vous êtes remplis de tous biens en lui et par lui'^, » dit le même aux Colossiens; et à ceux de Corintîie : « Vous êtes comblés de toutes sortes de richesses par son moyen, de façon qu'il ne vous manque rien pour votre salut^. » Et aux Ephésiens : « Béni soit Dieu le Père de notre Seigneur Jésus- Christ, qui, par ses mérites, nous a enrichis de toutes les bénédictions spirituelles et de tous les dons du Ciel*. » Et parlant encore du mystère de l'Incarnation, il dit que Dieu nous avait envoyé son Fils « pour verser sur nous avec des profusions admirables les trésors de ses grâces^, » qu'il appelle en la même épître a les richesses incompréhensibles et immenses qui nous sont conférées par Jésus-Christ^ »

Ainsi donc, Dieu nous ayant donné son Fils, nous a donné conjointement toutes choses avec lui, tant parce qu'elles sont beaucoup moindres que lui que parce qu'elles lui appartiennent de droit, étant le possesseur légitime de

' Qui proprio filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradi- ' dit illum, quoniodo non etiam cum illo omnia nobis donavit? Rom. 8. 32. 2 Estis in illo repleti. Coloss. 2.10.

^ In omnibus divites facli estis in illo, ita ut nihil vobis desit in' ulla gratia. 1 Cor. 1 . 5.

•*Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, qui benedixit nos in onini benediclione spiritual! in cœlestibus in Christo. Ephes. 1.3.

^ Ut ostenderet abundantes divilias gratise suae in bonitale super nos in Christo Jesu. Ephes. 2. 7.

<' Investigabiles divitias Christi. Ephes. 3. 8.

tout l'univers, du ciel, de la terre et des enfers, de tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire. Car, « son Père, dit saint Jean, lui a mis tout entre les mains et l'en a investi*. » Et saint Paul l'appelle pour cela « riiéritier universel de tous les biens de son Père^. » Et Jésus-Christ lui-même l'avait déclaré auparavant, lorsqu'après sa résurrection il dit à ses apôtres : a Tout pouvoir m'a été donné au ciel et en la terre ; tout y dépend de moi, et "j'en dispose' comme d'une chose qui m'est propre'. » Par conséquent Dieu, en nous donnant son Fils, qui est Seigneur de toutes choses, nous a donné toutes choses avec lui, et nous a faits en lui et par lui seigneurs du monde, du ciel, de la terre, des enfers, des éléments, de la nature, de la grâce et de la gloire. Il nous a donné tout avec lui*.

De là vient qu'il est appelé notre Salut, notre Salutaire et notre Sauveur, et qu'il porte le nom aimable et adoral)le de Jésus, attendu, comme dit l'Archange à saint Joseph, qu'il devait nous- sauver de nos péchés, et conséquemment de tous nos maux extérieurs et intérieurs, temporels et éternels, dont les péchés sont les vraies causes; car qui tarit la source, tarit ensuite et met à sec nécessairement les ruisseaux.

De là vient aussi que David nomme Jésus-Christ la miséricorde et la grande miséricorde de Dieu. « Montreznous, Seigneur, votre miséricorde, et donnez-nous votre Salutaire^. » Il s'écrie, en parlant prophétiquement de la

^ Gmnia dédit ei Pater in manus. Joan. 13. 3. - Hœredem universorum. Hebr. 1. 2.

'* Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra. Matth. 28. 1 8. ^ Cum illoomnia nobis donavit. Rom. 8. 32. ^ Ostende nobis. Domine, misericordiam tuam, et Salutare tuum dà nobis. Psal. 84. 8.

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présentation au temple : « Nous avons reçu, ô Dieu, votre miséricorde au milieu de votre temple (lorsque sa sainte Mère est venue l'y apporter)*. 0 Dieu, ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde^;.» sur quoi saint Ambroise dit : « C'est une grande miséricorde que le Verbe se soit fait chair e-t ait voulu demeurer parmi nous et en nous^. » Et saint Pacôme, priant un jour Dieu qu'il lui plût de lui faire-miséricorde, vit devant soi notre Seigneur couronné d'épines, et des anges qui lui dirent : « Tu demandes miséricorde ; la voilà, Jésus-Christ, le Dieu de gloire et le Fils unique du Père, qu'il a envoyé au monde pour votre salut*. » Et il est ainsi appelé, parce que le Père éternel avait résolu de nous délivrer, par son moyen, de toutes nos misères et de. nous combler de tous biens. C'est pour le même motif encore qu il est nommé le Bras de Dieu : « Il a déployé la force de son bras^, » et dans beaucoup d'autres passages des Saintes Ecritures. Le bras est là marque et l'instrument de la puissance de l'homme: il l'emploie pour faire ce qu'il veut, il l'étend pour relever une personne tombée et la retirer de la boue, pour donner, pour défendre, pour embrasser et offrir une marque d'affection. Ainsi Dieu s'est servi de son Fils, premièrement pour créer le monde et l'homme, en faveur de qui il le formait, et puis pour le refaire dans le mystère de son Incarnation et de sa mort; c'est par lui

* Suscepiraus.-Deus, misericordiam tuam in medio templi tui. Psal. 47.10.

2 Miserere mai, Deus, secundurn magnam misericordiam 'tuam. Psal. 50. 2. . ' .

^ Magna miser icordia, quia Verbum caro factum est, et habitavil in nobis. In Apol. post. David. cap. 12.

* Ecce ipse est misericordia, Deus gloriae Jésus Christus unige-'' nitus Patris, quenr. misit in mundum. In ejus \ita. cap. 70. apud Sur, i 4 maii. 5 Fecit potentiam in brachio suo. Luc. 1 . 51 .

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qu'il nous relève de ïios chutes, qu'il nous distribue ses dons, qu'il nous protège, qu'il nous embrasse, qu'il nous aime, qu'il nous attire et nous unit à soi ; et comme, quand le corps est malade, il faut, pour le guérir, que le bras en souffre et qu'on lui tire du sang, il a été de même nécessaire que le corps du genre humain étant réduit à l'extrémité souffrît et qu'on lui tirât tout le sang des veines pour lui rendre la santé.

Saint Augustin, expliquant ces paroles de David : « Dans les angoisses de mon cœur et dans les tempêtes dont mon esprit est agité, vous m'avez mis en sûreté sur un rocher, et m'avez conduit par la main, parce que vous êtes devenu mon espérance, et une tour extrêmement forte où je suis à couvert de mes ennemis^ montre que notre Seigneur est notre espérance, et dit premièrement avec saint Paul que ce cher Seigneur est ce rocher sur lequel nous sommes en sûreté, et puis il ajoute : si notre Seigneur n'était pas notre espérance, il ne nous conduirait pas, ce que toutefois il fait, nous dirigeant comme notre guide; et nous conduisant en soi comme notre chemin, et à soi comme notre patrie et le lieu de notre félicité. Mais pourquoi est-il notre espérance? Parce qu'il a été tenté, qu'il a souffert et qu'il est ressuscité ; car il n'y a pas d'apparence que Dieu veuille perdre ceux pour le salut desquels il a fait passer son Fils par les tentations, par les souffrances et par la mort, et qu'il a fait après ressusciter; parce que c'est une marque évidente qu'il ne nous a point en mépris, puisqu'il n'a pas pardonné à son propre Fils pour l'amour de nous, mais l'a livré a toutes sortes de rigueurs : voilà pourquoi il est notre espérance^. »

• Dum anxiaretur cor meum in petra, exaltasti me : deduxisli me,

quiafactus esspes mea. Turris fortiludinisàfacie inimici. Psal. 60.5.

"■^ llle si nostra spes factus non esset, non nosdeduceret : deducit

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