‹ Les trois filles de JobChapitre 14 sur 38 · CONCLUSION DE CE MOTIF · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE CE MOTIF

Puisque le Fils de Dieu est notre espérance, parce que son père nous l'a donné et avec lui tous ses biens, c'est-àdire toutes choses; parce qu'il est sa miséricorde et son bras, dont il use pour nous affranchir de tous nos maux et nous remplir de tous biens ; parce qu'il a voulu être tenté, être tourmenté, être crucifié, mourir et puis revivre pour nous, il est donc absolument nécessaire que nous mettions en lui toute notre espérance et que nous disions avec David : « Mon ame a eu de merveilleux sentiments pour votre Fils, qui est mon Sauveur ; elle s'est écoulée en lui, et j'ai fondé inébranlablemenl ma confiance en votre Verbe incarné*. » L'apôtre saint Paul disait : «Nous nous confions en Dieu par le moyen de Jésus-Christ'^ : » c'est notre médiateur auprès de lui. « Tu n'osais, dit saint Bernard, te présenter devant la majesté du Père éternel ; au seul bruit de sa voix, tu t'enfuvais, comme Adam, sous les arbres, pour te cacher ; afin de te rassurer il t'a donné son Fils Jésus pour médiateur. N'aie donc plus de pour, car, qu'est-ce qu'un tel Fils ne pourra pas

taniquani diix : et in se ducit, taniquam via, et ad se perducit tarnquani patria. Unde facius est spes nostra? Quia tentatiis est, (juia passus esi, quia resurresiit : non enim perdet nos Deus propter quos Filium suum misit tentari, crucifigi, mori, resurgere : non enim vere nos despicit Deus propter quos Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illuna. Sic ergo factus est spes nostra. In Psal. 60.

' Defecitin salutare tui'm anima mea, et in verbum tuum supersperavi Psal 118. 81.

- Fiduciam habemus per Christum ad Deum. 2. Cor. 3.4. Fi. -H

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obtenir d'uh tel Père? Le respect et l'amour que son . Père lui porte-, feront qu'il lui accordera, sans aucun doute, toutes ses demandes. Mais, peut-être appréhendestu aussi de t'approcher de lui? et pourquoi? Souviens-toi qu'il est ton frère et ta chair, qu'il a voulu prendre tous tes maux, à l'exclusion du péché, afin de devenir, par son expérience, miséricordieux et compatissant*. »

C'est pourquoi nous devons espérer fermement en lui, et pour toutes sortes de choses; c'est là notre remède général pour toutes nos misères ; c'est l'appareil souverain pour toutes nos plaies ; c'est le baume et la thériaque dont parle le prophète^, pour nos blessures ; et comme le précieux et salutaire onguent de la momie se fait de chair humaine, Jésus-Christ est une momie mystérieuse, composée de la divinité et do l'humanité, et pétrie de son sang, dont la vertu est infinie pour nous guérir de tous nos maux. Ainsi, de quoi avons-nous peur? Pour' quel motif nous affligeons-nous? « Mon ame, dirons-nous avec David, pourquoi vas-tu ainsi te consumant de tristesse dans tes afflictions, et pourquoi me causes-tu ces troubles et ces afflictions? Pense seulement à espérer en Jésus- Christ : il est ton espérance et ton remède**. »

Si tu es pauvre, si tu es triste, si tu es malade, c'est ton espérance ; si tu es calomniée, persécutée, tourmentée, c'est- ton espérance ; si tu perds tes parents, tes amis et les choses qui te sont chères, c'est ton espérance; si tu es aride en tes dévotions, si tu as des peines d'es-

* Ad patrem verebaris accedere, solo auditu territus ad folia fugiebas; Jesum tibi dédit mediatorem. Quid non apud talem patrem lalis filius obtineat? Exaudietur iilique pro reverentia «ua. Pater enim diligit filium. An vero trépidas et ad ipsum ?\f rater tuus est et caro tua, tentatus per omnia absque peccato, ut misericors fîeret.

2 Jerem. 8.21. juxta var. lect.

•" Quare tristis es, anima mea; et quareconturbas me ? Psal. 41 . 6.

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prit, c'est ton espérance ; si tu es imparfaite et sujette à beaucoup de défauts, c'est ton espérance; si tu- es pécheresse et te vois chargée de plusieurs grandes ofFenses, c'est ton espérance, c'est ton remède; adresse-toi à lui et fais comme le roi Ezéchias qui, ayant reçu l'arrêt de sa mort, «tourna, selon que le rapporte le prophète Isaïe, son Visage avec abondance de larmes vers la muraille*. » Et saint Augustin, faisant allusion à ce passage, nous dit : «Tourne avec confiance le tien, dans tes adversités, vers cette muraille, c'est-à-dire, vers notre médiateur Jésus- Glirisl ; sers-toi librement de ce qui est à toi pour en sortir ; ne crains point, tu le trouveras compatissant à tes infirmités, parce qu'il sait ce que c'est, les ayant souffertes lui-môme^. »

Jésus-Çhrist est notre espérance : ô doux nom! mais, ô plus doux effet! Il est notre baume, notre thériaque, il est notre remède. De quoi donc nous affligeons-nous dans nos piaux? Pourquoi perdons-nous courage, et nous donnons-nous en proie aux ennuis, -comme s'il n'y avait pas de ressource? U est notre remède; que ne le prenonsnous? Si, ayant en quelque sorte sous notre main un remède si salutaire et. si puissant, dont nous pouvons disposer avec tant de facilité, nous ne sortons pas denos misères, qui en est la cause, sinon nous-mêmes? Celui qui aurait en sa possession un moyen infaillible pour se délivrer de tous ses maux, de sorte qu'en l'employant il put devenir riche de pauvre qu'il était, de triste joyeux, de malade sain et de misérable bienheureux, et

} Convertit faciem suam ad parietem, et flevit fletu magno. Cap. '38.2. ■ • . ■ '

"2 Ad hune parietem converte faciem tuam familiarius, quod tuum est aggredere securius ; scit compati luis mfirmitatibus, quia factus est tuae infirraitatis particeps conscius. Cap. 2. de visit. infirm.

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qui ne ferait aucun cas de ce moyen, refusant d'en user, ne daignant pas ouvrir la bouche pour le demander, ni se déranger de sa place pour aller le chercher, craignant même d'étendre la main pour le prendre, celui-là auraitil raison, après une telle manière d'agir, de se plaindre de ses maux, ou plutôt ne mérilerait-il pas d'y croupir pendant le reste de ses jours, et de terminer misérablement sa vie, rongé par la misère et consumé par le regret? Voilà notre portrait, et nous ressemblons à cet insensé, quand nous refusons d'avoir recours à Jésus- Christ.

Sans doute, si nous étions misérables par défaut de moyens de sortir de cette misère ; si dans notre tristesse et notre affliction nous manquions d'un consolateur ; si la nourriture ou la boisson manquaient à notre faim et à notre soif; et si nous étions damnés pour n'avoir p^^s dé rédempteur, ce serait autre chose, car alors nous serions en quelque façon excusables, et il faudrait se résigner à son malheureux sort ; mais tout cela, nous l'avons, ei au plus haut degré possible, en notre Seigneur Jésus-Christ. C'est pourquoi, si nous sommes accablés de maux, à qui devons-nous nous en prendre? N'est-ce pas à nousmêmes? Et que faisons-nous, en ne profitant pas des moyens qui nous sont offerts, sinon souffrir la faim devant une table chargée de nourritures exquises, mourir de soif sur le bord d'une claire fontaine, être glacés de froid auprès d'un très-grand feu, avoir peur dans les bras du Tout-Puissant, et être misérables, tout en possédant le trésor de tous les biens?

Un de nos plus grands maux, d'où nous vient un préjudice immense, c'est que nous regardons nos afflictions en elles-mêmes, dans notre faiblesse et dans la force de nos ennemis ; ce qui fait que, les considérant sous cette

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figure afIVeuse oL terrible, nous nous laissons effrayer et a-batiro ; au lieu que nous devrions les envisager toujours en Jésus-Christ, dans l'amour extrême qu'il nous porte, dans son infini pouvoir, et dans le dessein qu'il a eu, en prenant sur lui nos misères, de nous y secourir et de nous en délivrer ; parce qu'alors elles ne nous sembleraient pas effroyables, mais plutôt gracieuses : nous sommes semblables à un petit enfant qui, se voyant poursuivi par un géant, aurait fortement raison d'avoir peur, en consi- ,dérant sa faiblesse et la puissance de son adversaire ; ifmais si, au même moment, il se voyait environné d'une I armée de géants, alors il aurait plus sujet de se moquer de son persécuteur que de le craindre.

Par conséquent, disons, pour conclure cette question, que le plus grand secret de notre salut et de notre bonheur est de recourir à Jésus-Christ, de nous bien tenir et de nous attacher inséparablement à lui. Il y aune histoire mémorable qui se rapporte a notre sujet; c'est celle de cette pauvre femme affligée d'un flux de sang, depuis douze ans, et qui fut guérie pour avoir touché la frange de la robe du divin Sauveur. Ce fait donne occasion à trois remarques. La première, qu'elly avait dépensé tout son bien en consultations de médecins et en remèdes, ayant fait tout son possible pour recouvrer la santé; mais tout avait été inutile, car les remèdes avaient plutôt fait empirer son mal ; c'est ce que nous trouvons consigné dans le rapport qu'en fait gaint Marc : « Elle avait beaucoup souffert, dit-il, ?ntre les mains de plusieurs médecins; et après avoir dépensé tout son bien, elle n'en avait reçu aucun soulagement, mais elle s'en était toujours trouvée plus mal'. » La seconde, qu'elle trouva son

' Fuerat inulia perpessa à compluribus medicis, et erogaverat

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remède seulement en Jésus-Christ, parce qu'en effet, c'était seulement en lui qu'il se trouvait. Et la troisième, que ce remède fut de toucher la frange de sa robe, d'une manière particulière, c'esl-a-dire, avec foi et respect ; car plusieurs autres diversement incommodés, soit du corps, soit de l'ame, lé touchaient en même temps, mais sans fruit, par la raison qu'ils ne le touchaient pas avec la même disposition d'esprit. Voilà le tableau de ce qui se passe en nous, et de ce que nous devrions faire.

Mais, peut-être sommes-nous travaillés de plusieurs incommodités, et non-seulement depuis douze ans, mais dès le commencement de notre vie, qui, a dire vi:ai, n'est qu'un, tissu de perpétuelles misères. Or; ce n'est pas dans les honneurs, dans les richesses et les plaisirs des sens que nous devons en chercher le remède ; ce serait en vain aussi que nous penserions trouver le repos de nos esprits parmi les créatures, tous ces remèdes sont plus propres à embarrasser nos cœurs, qu'à les pacifier, et à aigrir nos maux qu'à les adoucir. C'est en Jésus-Christ seul que. nous le trouverons, pourvu que nous le cherchions avec une ame bien disposée. Nous avons dit plus haut qu'il est le remède général de tous nos maux, et l'appareil souverain de toutes nos blessures ; or, comme il est absolument nécessaire d'appliquer, de. joindre et de serrer l'appareil sur la partie blessée, pour obtenir la guérison, car autrement il ne produirait aucun efîet, nous devons de mên^e nous appliquer, nous lier et nous unir à notre Seigneur avec les liens de la foi, avec le baiTdage, pour ainsi dire, de l'espérance, de la charité, et des bonnes œuvres, si nous voulons qu'il nous soit utile.

omnia sua, nec qiiidquam profecerat, sed magis delerius habebat. Cap. 5. 26. .

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