CONCLUSION DE LA RAISON PRECEDENTE
Mais, puisque Dieu est si parfaitement miséricordieux et qu'il a tant d'inclination vers la pitié, il faut nécessairement en conclure deux choses : la première, que nous ne devons jamais admettre le moindre mouvement de désespoir, quelque péché que nous ayons commis; la seconde, que nous devons avoir recours à sa miséricorde et en espérer le pardon.
Pour la première, qui est le désespoir, je dis que, sans parler du très-grand et incalculable dommage qu'il nous apporte, en nous souillant d'un péché plus énorme que tous ceux dont nous étions coupables, et en rendant incurable, de notre côté, le mal pour lequel nous perdons l'espérance, nous faisons encore une injure signalée et un sanglant outrage à Dieu, quand nous désespérons de sa miséricorde, a 0 désespoir ! s'écrie le savant et pieux évêque de Paris, ruine horrible! ô gouffre de mort! ô abîme infernal et bouche d'enfer 1 ô insupportable outrage de Dieu! car, qu'est-ce autre chose, quand on dit, je désespère, sinon que mes péchés sont plus grands que la miséricorde de Dieu, comme le dit le, malheureux Gain?
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ô parole d'un éternel opprobre et d'une infamie incomparable' ! »
Notre Seigneur, tint un jour ce discours à sainte Cathe- , rine de Sienne : « Les pécheurs qui, pour le nombre etv l'énormité de leurs crimes, désespèrent de ma miséricorde, et croient que je n'ai pas assez de bonté pour les leur pardonner, m'offensent plus grièvement par ce seul péché, qu'ils n'avaient fait par tous les autres, parce qu'ils méprisent ouvertement ma bonté, et font une injure sanglante à ma miséricorde, l'estimant moindre que leurs péchés; c'est ce qui fait qu'ils s'affligent, non de m'avoir offensé, mais de ce que leur malheur est sans remède, tandis que s'ils étaient marris de m'avoir déplu, et avaient recours a ma miséricorde, ils en ressentiraient aussitôt les effits, et se verraient délivrés de leurs maux, parce qu'elle est infiniment plus grande que tous les péchés qui ont été commis, et qui peuvent se commettre par toutes les créatures^.
Si tout le monde, disait Henri Suzo, empruntant cette pensée de saint Chrysostôme, était en feu et que l'on jetât une paille au milieu de cet immense brasier, nul doute qu'elle ne fût bientôt consumée. Il en serait de même de tous les péchés des hommes, s'ils étaient plongés dans le sein de la miséricorde de Dieu.
Le désespoir, nous apprend Thaulère, tire son origihej de l'ignorance que l'on a de Dieu, et de ce qu'on ne connaît pas qu'il est une source inépuisable de miséricorde et qu'il a une inclination si parfaite vers la bonté, que jamais
* 0 desperatio, ruina horrifica ! o profundum perditionis ! o barathrum inferni! o Dei contumelia intolerabilis ! quid enim alind est dicere, despero, quam quod peccata mea vincunt Dei misericordiam, ut Gain? o verbum sempiterni opprobrii ! Guil. Paris, lib. de morib. cap. 3. 2 ApudBlosiumin Monili. Cap. 1.
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mère, quelque affection et quelque tendresse qu'elle ait pour son fils unique," ne pourrait avoir ni autant de désir, ni autant d'ardeur de le retirer des flammes dans lesquelles il'serait tombé, que Dieu n'en a de donner la main a un homme repentant, eût-il même commis mille fois chaque jour, s'il était possible, les péchés de* tout le monde*.
Le Père d'Avila remarque qu'il est dans la bouche'du diable deux sortes de langages : le premier, pour nous
0 enfler d'arrogance, et le second pour nous porter au désespoir. Il s'attaque aux uns en chatouillant leur amourpropre par l'éloge de leurs actions vertueuses et par le déguisement des mauvaises qu'ils ont faites, et en les aveuglant par ce moyen, il les porte a avoir d'eux-mêmes une opinion très-avantageuse. Quant fiux autres, il 'fait tous ses efforts pouf effacer de leurs esprits la pensée de la miséricorde de Dieu, et pour grossir leurs péchés outre mesure, et ainsi il les pousse et les précipite dans le désespoir. Or, le remède à ce grand mal, est de se souvenir que Dieu est infiniment miséricordieux et que sa miséri-
f corde est au-dessus de toutes les iniquités des hommes; qu'il leur en accorde le pardon aussitôt qu'ils le lui demandent d'un cœur sincère, et qu'il ne faut point écouter le diable ni nous inquiéter, soit qu'il exagère à nos yeux le nombre et la gravité de nos iniquités pour jeter l'épouvante dans nos âmes, soit qu'il crie et tempête devant Dieu contre nous. Comme c'est Dieu qui est notre juge et non lui, si Dieu se tient pour content et satisfait de nous, il ne servira de rien au diable de crier et de demander justice. Ne donnons donc jamais la moindre entrée au
• désespoir dans nos cœurs,
Mais ayons au contraire un ferme- espoir, et une con-
* Serm. i. Dom. 3. Ad vent.
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fiance inébranlable en Dieu, tenant pour assuré" que, quels que soient les péchés dont pous sonimes coupables, il; nous fera miséricorde si nous nous convertissons à lui. Remettons-nous devant les yeux ces paroles de David : a Que depuis le matin jusques au soir, de jour et de nuit, et en tout temps, Israël, c'est-a-dire tous les hommes en général et chacun en particulier, espère au Seigneur, parce qu'il est plein de miséricorde, et qu'on trouve en lui une miséricorde abondante* ! »
La miséricorde tient en quelque façon le premier rang entre les perfections de Dieu, attendu d'abord qu'elle lui est très-naturelle, suivant ces paroles que la sainte Eglise lui adresse : « 0 Dieu de qui la propriété particulière est d'exercer la miséricorde, et de pardonner les offenses^ ; » en second lieu, parce qu'elle nous rend Dieu plus aimable; car, outre son mérite particulier^ cet attribut de Dieu a encore celui de l'attacher plus étroitement à nos intérêts; et enfin, parce qu'elle réunit en soi beaucoup d'autres perfections de Dieu : la bonté, pour pardonner la coulpe et la peine; la sagesse, pour connaître la faiblesse de notre être, la fragilité de notre nature, nous qui ne sommes que cendre et poussière, et ensuite notre malheureux penchant vers le mal ; la puissance , qui fait dire a l'Eglise : « 0 Dieu, qui faites principalement reluire votre pouvoir en pardonnant vos injures, et en faisant grâce aux pécheurs'; » la libéralité, la magnificence, la patience, la douceur et d'autres vertus, auxquelles il faut
'A custodia matutina usque ad noctem speret Israël in Domino ; quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio. Psal. 129. 6. 7.
2 Deus, oui propriura est misereri semper et parcere.
^ Deus, qui potentiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas.
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joindre le zèle de sa gloire; car si, comme le dit David, ceux qui sont en enfer ne béniront ni ne loueront le Seigneur, mais au contraire vomiront à jamais contre lui des malédictions et des blasphèmes, il ne peut y avoir non plus grand honneur pour Dieu, qui est tout-puissant, de perdre un homme, qui est la faiblesse même; tout comme un géant aurait peu de mérite à renverser un enfant, et un homme sain et robuste à jeter par terre un malade. C'est ce qui faisait dire à Job, dans le fort de ses afflictions : « Quelle gloire remporterez-vous en déployant votre puissance contre une feuille qui sert de jouet au vent, et en persécutant un pauvre malheureux qui, comme la paille sèche, n'a ni force ni vigueur pour résister* ? »
Or ! pour mettre au grand jour et faire éclater la miséricorde de Dieu, cachée au fond de son essence, et rendre Dieu miséricordieux en effet, il faut nécessairement qu'il trouve des misères et des misérables; car l'objet de la miséricorde est la misère, et sans misère il n'y a point de miséricorde efîective. C'est le motif pour lequel Dieu n'est, à proprement parler, miséricordieux ni envers les anges, ni envers les bienheureux, car ils ne sont pas misérables; ni envers les justes, en tant que justes, vu que la grâce dont ils sont ornés ne leur tient pas lieu de misère, mais de bonheur; ni également envers les damnés et les démons, encore qu'ils soient souverainement malheureux, parce qu'ils sont incapables de la miséricorde divine. L'exercice de cette miséricorde doit donc être envers nous qui voyageons sur la terre ; il faut que nous en soyons les vrais objets ; et, comme le péché est sans contredit la plus grande de toutes les misères, parce qu'il rend l'homme plus misérable qu'aucune autre chose, et que le moindre
* Contra foliutn quod vento rapitur, ostendis potientiam tuam, et stipulam sicoam persequeris? Cap. -13. 25.
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mal provenant de la coulpe le met en pire état que tous les maux occasionnés par la peine, le premier et principal objet de la miséricorde de Dieu est le péché et avec d'autant plus de raison, qu'il est plus énorme.
Concluons donc cette question en disant que, puisque Dieu possède une miséricorde infinie et qu'il préfère, comme nous venons de le prouver, cette perfection, qui est en lui, à toutes les autres, puisque nos péchés lui tiennent lieu d'élément et sont la matière sur laquelle elle s'emploie plus proprement que sur toute autre, nous ne devons jamais nous désespérer, quelque grand que soit le nombre des péchés que nous avons commis, et quelle qu'en soit l'énormité; mais recourir à la miséricorde de Dieu, et si nous concevons un véritable regret de nos offenses, en espérer infailliblement le pardon.
Toutefois, il faudra éviter que ce qui doit être utile ne devienne nuisible, et que les esprits dépravés, semblables aux araignées qui font poison de tout et convertissent les fleurs les plus douces en amertume, ne trouvent, dans tout ce que nous avons dit sur la miséricorde de Dieu et ce qui s'y rattache, une plus grande facilité d'offenser Dieu, et au lieu d'en exprimer, comme ils le devaient, un suc de véritable espérance et de salut, n'en tirent que le venin mortel d'une présomption grandement criminelle.
LE PARDON DE NOS PECHES FONDE SUR NOTRE-SEIGNEUR. i
Si la considération de la miséricorde de Dieu nous donne sujet d'avoir une parfaite espérance d'obtenir la rémission de nos péchés, celle de notre Seigneur Jésus-
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Christ ne le fait pas moins, si toutefois ce n'est pas davantage.
Saint Luc^ rapporte que les pécheurs avaient un libre accès auprès de notre Seigneur, qu'ils le visitaient sans cesse, et que, de son côté, le Sauveur les recevait gra-' 'cieusement, leur montrait un visage bienveillant et les chérissait de parole et d'effet : ce qui fut pour les Pharisiens et les Scribes une occasion de murmurer contre Jésus et de semer de mauvais bruits parmi le peuple, au lieu d'y trouver un motif de le bénir et de le louer. « Voyez, disaient- ils, comme cet homme reçoit les pécheurs? » Oh 1 que ces paroles sont douces et agréables ! Jésus reçoit les pécheurs. . . Et, en effet, Jésus-Christ reçoit les pécheurs, il ne les rebute pas, il ne les chasse pas de sa compagnie; au contrair'e, il les y admet, il leur fait un bon accueil et les caresse avec de grandes démonstrations de bienveillance.
Mais si, pour entrer plus avant dans ce mystère, on demande pourquoi notre Seigneur traitait favorablement les pécheurs, puisque leurs péchés les rendaient indignes de cette faveur, je réponds que c'est premièrement parce qu'il était très-miséricordieux-. Il y avait en notre Seigneur deux natures, la divine et l'humaine. Selon la divine il était infiniment miséricordieux, par les motifs que nous venons d'exposer; et, selon l'humaine, il l'était souverainement.
En tant qu'homme, il était extrêmement bon, compatissant et sensible à toutes les misères qu'il voyait. « J'ai pitié, dit-il un jour, de ce pauvre peuple qui me suit et n'a rien pour manger, je ne saurais le voir souffrir^. » Il fut si
* Erant autem appropinquantes ei publicani et peccatores, et murmurabant Pharisaei et Scribae dicentes : quia hic peccatores recipit. Luc. 15. 1. '^ Misereor super turbam. Marc. 8, 2.
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touché de la mort de Lazare qu'il en pleura*. Et dans une autre circonstance, il versa une abondance de larmes sur la ville de Jérusalem en prévoyant les malheurs qui allaient fondre sur elle^.
Aussi le prophète Isaïe l'appelle-t-il a le fils.de l'huile'; » .et l'Epouse dit que son nom est « de l'huile répandue*; » car ces noms lui sont donnés, non-seulement à cause de l'onction sacrée et ineffable dont il fut oint en qualité de Messie, mais encore à raison de l'huile de. la miséricorde, dont il était arrosé et tout imprégné. Et ce fut pour le même sujet que l'on vit, a sa naissance, surgir a Rome une fontaine d'huile, comme pour dire que l'enfant qui venait dé naître était celui de qui et par .qui toutes sortes.de miséricordes devaient couler sur les hommes; en sorte qu'il peut. avec beaucoup plus de dmt s'appliquer ces paroles que Job disait de soi-même, mais par rapport au Sauveur, dont il était en ce sens la figure : a Dès mon. enfance, la compassion m'a été si naturelle, que nous avons pris ensemble les mêmes accroissements : elle a été conçue et formée avec moi dans le sein de ma mère, et en est sortie avec moi pour être ma compagne inséparable^. Elle m'a fait mêler mes larmes avec celles des affligés, et m'a rendu le cœur extrêmement sensible aux douleurs du pauvre^. » . .
Ce fut aussi l'une des causas principales pour lesquelles il descendit du ciel et se fit homme. « Nous n'avons pas, dit saint Paul, en la personne de Jésus-Christ, un pontife
*Joan. -11.35. 2 Luc. 19. 4t. ^ Pilium olei.Cap. 5. 4.
* Oleum effusutn nomeii tuura. Cant. 1.3.
^ Ab infantia mea crevit meçum raiseratio, ei de utero matris meae egressa est mecum. Cap. 31. 18.
6 Flebatn super eo qui afflictus erat, et corapatiebatur anima mea pauperi. Cap. 30. 25
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qui ne puisse pas compatir a nos infirmités; car pour le faire avec plus de facilité, il a voulu être tenté comme nous, et ressentir en soi-même toutes les faiblesses de notre nature, à l'exclusion du péché*. » Et il avait auparavant exprimé cette même pensée, en disant : « Il a dû être semblable en toute chose à ses frères et éprouver toutes leurs afflictions pour en être touché ; car ce sont les peines et les souffrances même, par lesquelles il a été tenté et éprouvé dans sa chair mortelle, qui l'ont rendu beaucoup plus enclin à plaindre et à secourir ensuite ceux qui en sont atteints^. » Gomme notre Seigneur n'avait, du côté de sa divinité, aucune expérience de nos misères, étant infiniment heureux et la béatitude même, il se décida à se revêtir de notre chair, et à prendre toutes nos pauvretés, afin de savoir par sa propre expérience ce que c'était, et pouvoir, par ce moyen, en prendre plus de pitié ; car, suivant la parole de la première reine de Garthage, dont Virgile retrace l'histoire, « les personnes affligées sont naturellement portées à avoir pitié des maux d'autrui, parce que l'affliction les attendrit et les dispose ^J" à recevoir facilement cette impression^. » Il en est de même de la raison contraire : ceux qui ne souffrent de rien, qui n'éprouvent ni la faim, ni la soif, ni le chaud, ni le froid, et qui, pour parler le langage de l'Ecriture, « ont comme une exemption générale de toutes les incommodités et de tous les fléaux dont les autres sont frappés, ceux-là ordinairement sont rudes, insensibles et
1 Non habemus pontificem qui non possit compati infirmitatibus nostris, tentatum autem per omnia pro similitudine, absque peccato. Hebr.4. 15.
2 Debuit per omnia fratrihus similari ut misericors fieret : in go enim in quo passas est ipse et tentatus, potens est, et eis qui tentantur, auxiliari. Hebr. 2. i7. 18.
•^ Non ignara mali miserissuccurrere disco. 1 . ^neid.
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sans compassion pour les adversités des autres*. » Ainsi le prophète Amos dit que les riches et les puissants de la ville de Jérusalem, qui faisaient bonne cljère et menaient une vie joyeuse, n'avaient pas la moindre pitié du pauvre et désolé Joseph, et n'étaient pas touchés de ses misères.
La seconde raison, pour laquelle notre Seigneur recevait les pécheurs avec bienveillance, est parce qu'il était venu pour eux, et que la fin de son incarnation, de sa vie et de sa mort était leur justification, leur sanctification et leur salut. « Je ne suis pas descendu sur la terre pour appeler et chercher les justes, mais les pécheurs^. » Pour ce motif, il prit le nom aimable et adorable de Jésus, qui veut dire sauveur, parce qu'il devait sauver ceux qui étaient perdus. Saint Bernard, expliquant ces paroles que l'Eglise chante : Jésus Christus^ Filius Dei, nascitur, dit celles-ci, qui sont admirables et bien propres à remplir nos cœurs d'espérance et de joie : « 0 vous qui croupissez dans la poussière, levez-vous et employez vos cœurs et vos bouches a louer Dieu ; car voici que son Fils, notre Seigneur, viendra pour nous sauver; il vient avec le salut, il vient avec les onguents, il vient avec la gloire, parce qu'il n'est pas possible que Jésus vienne sans salut, non plus que le Christ sans onction et le Fils de Dieu sans gloire, étant lui-même notre salut, notre soutien et notre gloire^. »
« Consolez-vous, âmes perdues, parce que Jésus est
* In laboribus hominum non sunt, et cum hominibus non flageliabuntur. Psal. 72. 5.
- Non veni vocare justos, sed peccatores. Malth. 9. 13.
^ Vos qui in piilvere estis, expergiscimini et laudate. Ecce Dominus veniet cum salute : venit cum salute, venit' cum unguentis, venit cura gloria; neque enim sine salute Jésus, neque sine unctione Christus, nec sine gloria venit Dei Filius ; siquidem ipse salus, ipse unctio, ipse gloria. Serm. i . in vigil. nat. Domini.
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venu chercher et sauver ce qui s'est perdu ; malades, prenez courage et tâchez de revenir k vous, parce que le Messie est venu pour guérir, avec le baume de sa miséricorde, ceux qui ont le cœur froissé de douleurs ; et vous qui portez vos pensées vers les choses grandes et qui avez de l'ambition, réjouissez- vous, parce que .le Fils de Dieu est descendu ici-bas pour vous faire rois, et vous rendre participants de ses honneurs*. »
« Cette pensée, mes très-chers frères, m'est extrêmement douce, et je nage dans un torrent de joie, quand j'entends que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, vient au monde: car, je vous prie, pourquoi s'appelle-t-il Jésus, si ce n'est parce qu'il obtiendra a son peuple le pardon de ses péchés ? A quelle fin porte-t-il le nom de Christ, si ce n'est parce qu'il fera pourrir, à force d'huile, le joug pesant qui l'accable ? Et pour quel motif le Fils de Dieu s'est-il fait homme, sinon pour rendre les hommes enfants de Dieu? Voilà sa volonté. Or, qui est assez fort pour résister à ce qu'il veut et à ce qu'il a résolu? Jésus nous absout, qui osera nous condamner? Le Christ prend soin de notre santé, qui pourra nous blesser? C'est le Fils de Dieu qui nous glorifie, qui entreprendra de nous avilir^? »
' Respirate perditi^ venit Jésus quaerere et salvum facere quod perierat ; morbidi convalescite, venit Christus, qui contritos corde sanat unctione misericordiae suae. Exultate quicumque estisgrandia concupiscentes, descendit ad vos Filius Dei, ut regni sui faciat cohaeredes.
'^ Sapit mihi, dilectissimi, quod audio nasci Christura Filium Djei: quare enim vocamus nomen ejus Jesum, nisi quia ipse salvum faciet populum suum à peccatis eorum ? aut quare Christus norninari voluit, nisi quia computrescere faciet jugum a facie olei? quare Filius Dei factus est homo, nisi ut homines faceret filios Dei? Volunlàli autem ejus quis resistet? Jésus qui justificat, quis est qui condemnet? Christus qui sanat, quis est qui vulneret ? Filius Dei qui exaltât, quis est qui hurailiet ? Ibid.
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» Jésus prend donc naissance; par conséquent, que celui qui, à raison de ses péchés, se sent coupable de la damnation éternelle, quel qu'il soit, se réjouisse, parce que la bonté de Jésus surpasse le nombre et la grandeur de tous les crimes. Le Christ prend naissance ; quiconque donc se sent toujours en lutte avec ses vices anciens, qu'il se console en sachant qu'il n'est point de maladie de lame si fâcheuse et si invétérée que l'action salutaire du Messie ne puisse aisément guérir. Enfin, le Fils de Dieu naît et vient au monde ; c'est pourquoi, que celui qui aspire à des choses grandes et nourrit de hautes et sublimes pensées, bondisse d'allégresse, parce que le distributeur de la gloire et des récompenses magnifiques vient k nous* . » Ainsi s'exprimait le célèbre abbé de Cîteaux, à l'occasion delà fête de la Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ.
La troisième raison pour laquelle nx)tre-Seigneur faisait un bon accueil aux pécheurs, c'est qu'il les aime. Voici ce que dit saint Augustin, appliquant à la conversion du pécheur la résurrection de Lazare, que notre Seigneur chérissait particulièrement, selon que le témoigne ce petit mot que ses deux bonnes sœurs lui envoyèrent, quand leur frère se trouva en danger : Seigneur, celui que vous aimez est malade ; «mais, peut-être quelqu'un m'opposera ceci : comment serait-il possible que Lazare, qui passait pour l'un des plus chers amis de notre Seigneur, pût représenter le pécheur, que ses iniquités ne rendent I pas djgne d'amour, mais de haine? que celui-là entende
* Nascitur ergo Jésus ; gaudeat quisquis ille est. quem perpétuas damnalionis reum adjudicabat conscientia peccatorum ; excedit K; quippe pietasJesu omnium criminum quantitalepo. Nascitur Christus ; laBtetur quicumque vifiis expugnatur antiquis: siquidem ante faciem unctionis Christi nullus omnino stare poterit morbus animas, quantumlibet inveteratus, Nascitur Filius Dei ; çxultet qui magaa solet desiderare, quia maghus muneralor advenit. Ibid.
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sa réponse de la bouche même de notre Seigneur, lorsqu'il dit : Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ; car, si Dieu n'eût pas eu d'affection pour les pécheurs, jamais il ne fût descendu, pour eux, du ciel en terre*. »
Et comment notre Seigneur n'aurait-il pas de l'affection pour les pécheurs, puisqu'il leur a, d'une certaine manière, beaucoup d'obligation? « Pourquoi, ditRupert, et pour qui le Fils de l'homme a-t-il été élevé à la nature divine? Pour qui a-t-il souffert, et pour qui est-il mort? n'a-ce pas été pour les pécheurs? Oui, sans doute. Or, nous savons, dit saint Paul, que ce sont ces souffrances et celte mort qui ont fait monter Jésus-Christ au point de gloire où il est maintenant; d'où il faut conclure que les pécheurs sont cause de la gloire de Jésus-Christ ; que ce sont eux qui lui ont mis la couronne sur la tête elle sceptre en la main ; que ce sont eux qui l'ont fait roi et sacré souverain pontife, et que par conséquent il leur a, en ce sens, une très-grande obligation^. » D'où il faut conclure encore qu'il n'y a rien qui doive nous étonner, s'il les aime, puisqu'il leur est redevable de toutes ses grandeurs ; reconnaissons donc que les pécheurs doivent avoir en lui une confiance illimitée et espérer qu'il leur fera miséricorde, s'ils se mettent en état de la recevoir.
1 Sed dicet aliquis : quomodo per Lazarum peccator significabatur, et à Domino sic arrinbatur? Audiat eum dicentem : non veni vocare justos, sed peccatores ; si enim peccatores Deus non amaret, de cœlo ad terram non descenderet. In Joan. tract. 49.
2 Ut quid Filius hominis in Deura assuniptus est? Ut quid passus et mortuus est? nonne pro impiis? Videmus autem, ait apostolus, Dominum Jesum Chrisium propter passionem mortis gloria et honore coronatum; ergo impii et scelerati causa fuerunt ei, ut coronotur gloiia regni, honore pontificii ; multum igitur débet impiis. Lib. 13. inMatth. Hebr. 2. 9.