NOTRE SEIGNEUR EST NOTRE MÉDECIN
Je veux, aux raisons précédentes, en ajouter deux autres, très-capables de nous imprimer une ferme et inébranlable espérance en notre Seigneur, pour la rémission de nos péchés.
La première est que Dieu nous l'a donné pour notre médecin, afin qu'il traite nos maladies et guérisse nos plaies, (t Mes frères, disait saint Augustin a son peuple, vous savez avec moi que notre Seigneur et Sauveur Jésus- Christ est le médecin qui est venu pour nous apporter une santé inaltérable, et qu'il a pris l'infirmité de notre nature, afin d'y remédier et de faire qu'elle ne fût pas éternelle*. »
Et Jésus-Christ lui-même, dans la première prédication qu'il fit dans la synagogue de Nazareth, ayant reçu d'un ministre le livre du prophète Isaïe, l'ouvrit et tomba sur ce «passage : « L'esprit du Seigneur repose sur moi, depuis qu'il m'a consacré avec son onction divine et ineffable ; il m'a député pour annoncer aux pauvres la nouvelle de leur salut, et m'a envoyé pour guérir en qualité de souverain médecin, les blessures et les contusions des cœurs froissés de douleur, et pour essuyer les larmes des pauvres affligés*; il ferma le livre, et dit à ceux qui
* Bene iiobiscam novit sanctitas vestra, Dominum noslrum et salvatorem Jesum Christum mediciim nostrae salutis esse et salutis fœternae, et ad hoc eum suscepisse infirmitatem naturte nostrae, ne sempiterna esset infirmitas nostra. Sem. 1 8. de Verb. Dom.
2 Spititus Domini super me; eo quod unxerit Dominus me ad annuntiandum mansuetis, ut mederer contritis corde, ut consolarer omnes lugentes. Isai. 61.
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r écoutaient : a Vous voyez aujourd'hui la vérité de ces paroles accomplies en ma personne* ; » déclarant par là qu'il était établi de Dieu, le médecin des hommes.
Il fut invité un jour à prendre un repas chez un fermier des deniers publics, nommé Levi, qui, plus tard, fut saint Matthieu. Celui-ci, dans le but de donner une société a Jésus, avait réuni, à ce festin, plusieurs de ses collègues, et d'autres hommes assez mal famés dans la ville. Les scribes et les pharisiens, trouvant cela mauvais,' dirent à ses disciples : pourquoi votre maître se trouve-til avec des gens de cette sorte, et mange-t-il avec des publicains et des pécheurs? Jésus les ayant entendus, leur dit, qu'ils devaient se souvenir de ce que Dieu disait par le prophète Osée^, que la miséricorde lui était beaucoup plus agréable que tous les sacrifices ; qu'ils savaient bien « que les sains n'avaient pas besoin de. médecin, mais les malades, et qu'en cette qualité, il était venu pour chercher les pécheurs et non les justes*. »
Dans cette pensée, saint Cyrille de Jérusalem croit que le nom de Jésus qui, en sa propre langue, fhébraïque, veut dire Sauveur, signifie, en la langue grecque, médecin. Nous lisons, dans. l'Evangile de saint Luc, une parabole célèbre, sortie de la bouché de notre Seigneur Jésus-Christ : c'est celle du charitable Samaritain qui, ayant rencontré un homme blessé, sur le chemin qui conduisait de Jérusalem à Jéricho, mit sur ses plaies un appareil composé de vin et d'huile. C'était de lui-même que le Sauveur entendait parler, sous les traits de ce Samaritain ; sur quoi saint Bernard s'écrie : « 0 Sagesse
* Quia hodie impleta est haec scriptura in auribus vestris. Luc. 4. -ai.' 2 Osée. 6.6.
«^Non estopus valentibus medicus, sed maie habentibus. Matth. 9. 12.
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divine! avec quelle adresse et quelle perfection en l'art de guérir, me rendez-vous la santé de mon ame, en vous servant du vin et de l'huile! ô médecin fortement suave et suavement fort ! fort pour moi et suave a moi ; car votre nom est dé l'huile répandue. Ce n'est pas du vin répandu, car je ne veux pas que vous entriez en jugement avec votre serviteur ; mais c'est de l'huile versée, parce que vous me traitez avec miséricorde et que vous versez sur moi les effets de votre clémence. Oui, véritablement, c'est de l'huile qui, surnageant au-dessus de tous les autres liquides, nous marque excellemment ce beau, et admirable nom qui, en bonté, en douceur et en toutes sortes de bénédictions surpasse tous les noms* . »
Saint Maurice compare l'homme malade à cette femme affligée d'un flux de sang, et qui, après avoir éprouvé •toutes sortes de remèdes et dépensé tous. ses biens, sans pourtant rien gagner, ne trouva sa guérison qu'en notre Seigneur. De même, l'homme .ne pouvait être guéri de son flux de sang, c'est-à-dire de ses mauvaises pensées, de ses affections déréglées de ses péchés, par les patriarches, par les prophètes, par Moïse, ni par les sacrifices de la loi ; ïiotre Seigneur Jésus-Christ seul, comme vrai médecin du genre humain, a pu sécher et tarir cette source maligne. C'est donc ainsi que notre Seigneur est médecin.
Et c'est un médecin ptrfait qui peut infailliblement
* 0 sapienlia, quanta arte medendi in vino et oleo animaB meae-sanitatem restauras ! Fortiter suavis, et suaviter fortis : fortis pro me, et suavis mihi. Oleum effusum nomen tuum, non vinum effusum ; nolo enim ut intres in judicium cum servo tuo j. sed oleum, quia coronas me in misericordia et miserationibus : oleum "plane, quod dum supernalat cunctis, quibus immiscetur, Hquoribus, liquide illud désignât nomen^ quod est super omne nomen. Serm. 16 in Cant.
nous guérir. Le prophète Malachie annonçant la venue de ce médecin, nous dit : « Le soleil de justice paraîtra sur votre horizon, et la santé sera dans ses plumes*. » Le soleil, que les anciens regardaient comme le Dieu de la médecine, et que, pour cela, ils confondaient avec Apollon, vivifie les hommes avec sa lumière et porte la santé dans ses plumes, c'est-k-dire, dans ses rayons. En effet, l'expérience prouve que les malades se trouvent ordinairement mieux de jour que de nuit, et au lever du soleil qu'à son déclin. Mais, c'est le soleil de justice, notre Seigneur, qui est le souverain médecin et de qui les rayons, je veux dire les pensées, les affections, les paroles sont salutaires, et des pensées, des affections, des paroles de vie et de vie éternelle. La maladie est parfois attachée au bout de la plume des médecins de nos corps; car, il arrive que, pensant faire une ordonnance de vie, pour leurs malades, ils leur tracent un arrêt de mort, dont la cause doit être attribuée à une ignorance assez excusable dans une profession qui, la plupart du temps, ne s'appuie que sur des conjectures. Mais, pour notre Seigneur, c'est un médecin qui porte toujours la santé ; elle est, selon la parole du prophète, dans ses plumes : il ne peut errer dans ses ordonnances, parce qu'il est infiniment sage; il ne peut, non plus, manquer dans l'exécution, attendu qu'il est tout-puissant.
Le motif, pour lequel il n'y a pas de maladie qui lui soit incurable, c'est qu'il possède et la science et le pouvoir de les guérir toutes. Hérodote^ nous apprend qu'il y avait en Egypte une multitude de médecins, mais dont chacun n'entreprenait que la guérison d'une maladie particulière, tandis que notre Seigneur est médecin pour toutes,
' Orietur vobis sol }ustitiae, et sanitas in pennis ejus. Cap, 4. 2. 2 Lib. 2.
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a Jésus, dit saint Matthieu, allait par toute la Galilée, guérissant toutes les maladies et toutes les infirmités dont le peuple se trouvait affligé^ . » Et saint Luc : « Tous ceux qui avaient des malades, de quelque façon que ce fût, les lui menaient, et Jésus leur imposant les mains, les guérissait^. » Pauvre malade, dit saint Augustin, n'aie pas peur ; tu seras délivré de toutes tes maladies : elles sont grandes, me diras-tu ;• j'en conviens, mais le médecin qui y mettra la main, est encore plus grand, puisqu'il est tout-puissant, et, à ce titre, il n'est pas de maladie qui puisse résister a son opération^. »
Mais, puisque notre Seigneur est notre médecin, qui nous a été donné de Dieu pour avoir soin de nos âmes malades et guérir leurs infirmités, ayons donc recours à lui avec une ferme confiance qu'il nous donnera la santé. Les médecins ne redoutent pas de voir, d'approcher, de toucher et de manier les malades ; ils les désirent même, et les recherchent comme les objets de leur gloire et de leur profit ; il est même rapporté que chez les anciens, il s'en trouvait qui, pour mieux connaître les maladies de leurs clients et se mettre mieux en état de les guérir, allaient jusqu'à prendre leurs déjections. Or, quel zèle notre souverain médecin n'a-t-il pas eu pour notre guérison ? Ecoutons saint Augustin : « Qu'y a-t-il de plus éloigné des hommes que Dieu? Car Dieu ayant deux biens en soi, la sainteté et l'immortalité, et nous deux maux, le péché et l'obligation à la mort,- il se trouve une distance
* Circuibat Jésus totam Galilseam, sanans oranem languorem el omnem infirraitatem in populo. Cap. 4. 23.
^ Omnes qui habebant infirmos variis languoribus ducebant ad eum ; atille singulis manus imponens curabat eos. Cap, 4. 40.
^ Sanabuntur omnes languores tui, noli timere : magni sunt, inquies; sed major est medicus ; omnipotenti medico nullus languor insanabilis occurrit. In Psal. 102.
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infinie entre lui et nous ; mais il s'est approché fort' près de nous, en se faisant mortel, et en prenant, non pas le péché, mais la peine qu'il méritait ; c'est par ce moyen qu'il a effacé le péché et la peine, et qu'il nous a guéris de tous nos maux. ;
Les médecins étant naturellement portés à aimer et à rechercher les malades, ceux-ci de leur côté souhaitent et aiment naturellement les médecins, comme ceux de qui ils attendent du soulagement. Mais ces sentiments réciproques seraient encore plus forts, si les médecins .étaient les pères, les mères, les frères et les amis de leurs malades ; si, pour leur santé, ils avaient composé un médicament où ils eussent fait entrer les matières les plus chères, même quelque chose de leur substance, car alors on pourrait dire'et que les médecins auraient un désir passionné, de rendre la santé à leurs malades, et les malades un trèsgrand sujet de Tespérer. Ces conditions ne se trouvent pas parmi les hommes ; mais Jésus est non-seulement notre médecin, et médecin doué d'une infinie sagesse et d'un pouvoir absolu, mais de plus il est notre père, notre mère, notre frère, notre. ami, et, pour comble de bonté, il nous donne un médicament composé de son corpç et de son sang. Quelle affection inexprimable aura-t-il donc pour nous, et quels désirs ardents n éprouvera-t-il pas de procurer la guérison à nos maladies? Et nous, quelles raisons puissantes n'aurons-nçus pas de l'espérer?
Ce que nous avons à faire, c'est d'honorer ce divin médecin, de croire ce qu'il nous dira, et de nous- abandonner les yeiix fermés à sa conduite, parce qu'il nous- est absolument nécessaire, et que Dieu l'a établi pour exercer à notre égard cette fonction. «Donnez lieu au médecin, dit le Saint-Esprit par l'organe du sage fils de Sirach, car c'est le Seigneur qui l'a créé. Qu'il ne vous quitte donc
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point, parce qoe 'son art vous est nécessaire*. » C'est ce qu ri avait déjà dit auparavant en d'autres termes. Saint Augustin, après avoir certifié que notre Seigneur nous guérirait, en qualité de souverain médecin, de toutes nos maladies, et nous rendrait une parfaite santé, ajoute : « Donne-lui seulement. la liberté de te traiter et d'agir sur toi, selon son bon plaisir; montre-toi docile quand il voudra te toucher ; il connaît parfaitement tous tes maux et les remèdes qu'il faut y appliquer. Ne goûte pas seulement ses médicaments quand ils sont doux, mais même quand ils sont amers ; souflfne. qu'il pratique sur toi les opérations nécessaires , et dans l'espérance de la santé future, souffre la douleur. attachée au traitement^.» Voyez, mes frères, ce que l'on supporte pour se délivrer des maladies du corps, et pour différer la mort de quelques jours, encore que ce soit avec incertitude, car vous savez que plusieurs malades meurent entre les mains des opérateurs après avoir enduré de cruelles douleurs, auxquelles ils ne se fussent jamais exposés, s'ils eussent cru en devoir mourir. « Mais pour vous, vos douleurs n'ont pas une issue incertaine, parce que le médecin qui vous a promis la santé, et qui, pour vous la rendre, vous oblige à souffrir, ne saurait se tromper. Et pourquoi l'homme qui est médecin, promettant la santé a son malade, se trompet-il quelquefois? C'est parce qu'il entreprend la cure d'une chose qu'il n'a pas faite ; mais Dieu a fait votre corps et votre ame, et pour cemotif, il peut les guérir, et il connaît tous le- moyens de refaire ce qu'il a fait et
* Da locum medico ; etenim ilium Dominus creavit : et non discedat à te, quia opéra ejus sunt necessaria. Eccl. 38. 12.
^ Tantum curari ne sine; manus ejus ne repellas. Novit quid agat ; non tantum delecteriscum fovet, sed etiam tolères cura secat; toléra medicinalem dolorem futuram cogitans sanitatera. Aug. v. 1 ., etc.
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de reformer ce qu'il a formé*. » « C'est pourquoi ne balancez pas de donner un plein pouvoir à ce grand médecin, afin qu'il dispose de vous selon qu'il le jugera à propos ; ne contrariez pas ses ordonnances : il veut de la soumission chez ses malades et abandonne ceux qui repoussent ses soins et ses remèdes. Et quoi? on ne se conduit pas de la sorte à l'égard des médecins de nos corps, car les hommes se laissent lier et opérer à leur parole; et pour recouvrer une santé douteuse, ils se déterminent a passer par des douleurs inévitables, et donnent outre cela une grande récompense. Pour ce qui est de Dieu, quand il remplit auprès de vous l'office de médecin, il vous traite avec l'assurance de la guérison, et toujours gratuitement. Il vous guérira sans faute , mais pourvu que vous le vouliez, car il a assez de science, de bonté et de pouvoir, pour guérir tous les malades; il n'en guérit pourtant aucun contre son gré^. »
Par ces belles paroles, saint Augustin veut nous exciter à recourir a Jésus-Christ, qui est le médecin de nos âmes, et a espérer de lui la santé; il nous apprend en même temps le moyen de l'obtenir.
* Tu non toléras ad incertum : qui promisit sanitatem, non potest falli. Fallitur medicus aliquando et promittit sanitatem de corpore humano. Quare fallitur? quia hoc curât quod non fecit. Deus fecit corpus tuum, Deus fecit animam tuam, novit quemadmodum recreet quod creavit. Ibid.
2 Tu tantum sub manibus medici esto; odit enim repellentem manus suas. Non fit hoc in medici hominis manibus ; ligari se volunt homines et secari, daturi pro incerta salute certum dolorem, magnani mercedem ; Deus te, quem fecit, et certus curât et gratis. Sanabit te ; opus est ut sanari velis. Sanat omnino ille queralibet languidum, sed non sanat invitum. Ibid.
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