NOTRE SEIGNEUR EST NOTRE MEDIATEUR ET NOTRE AVOCAT
La seconde raison est fondée sur ce que notre Seigneur est notre médiateur et notre avocat auprès de son Père.
Pour bien comprendre cela, il faut savoir premièrement, que nous avons une affaire d'une importance infinie, et un procès dans lequel il s'agit de tous nos biens, de tous nos honneurs, de toutes nos jouissances, de notre vie, et en un mot de tout ce qui nous regarde pour le corps et pour 1 ame, pour ce monde et pour l'autre, pour le temps et pour l'éternité.
Secondement que ce procès est pendant devant le tribunal de Dieu ; tribunal le plus équitable de tous, où l'on ne pardonne point les fautes même les plus légères, où l'on ne peut rien cacher ni déguiser, où l'on voit des taches dans le soleil et où les sentences sont définitives et les arrêts en dernier ressort, parce que c'est un tribunal souverain auquel tous les autres sont subordonnés. Et comme le juge, qui y siège, est tout -puissant, il sait parfaitement maintenir contre tous ses sentences, et faire exécuter ses arrêts.
En troisième lieu, dans une affaire si importante, devant un tel juge et un tel tribunal, nous avons le plus grand besoin d'un bon et excellent avocat, attendu que nous ne sommes pas capables de nous défendre nousmêmes ; car nous ne sommes que de misérables vers de terre, et, d'un autre côté, nous reconnaissant coupables, nous n'oserions, devant un tel tribunal entouré d'un million d'anges tout éclatants de gloire, desserrer les dents et F. j . 45*
174 DE l'espérance.
articuler une seule parole. Si Moïse^ , homme juste , envoyé de Dieu pour, parler au roi. Pharaon, s'excusa de remplir cette mission, sous prétexte qu'il ne saurait parler en présence d'un si grand prince qui, après tout, n'était qu'un homme,, k combien plus forte raison nous, qui ne sommes que de pauvres créatures et en outre criminelles, serons-nous empêchés d'ouvrir la bouche devant la majesté infinie dç Dieu, dont la splendeur éblouit les chérubins et les séraphins les plus sublimes?
Il nous faut donc chercher un médiateur qui se charge de notre affaire ; il nous faut un habile avocat qui prenne notre cause en main et nous défende. Or, il est tout trouvé, et c'est Jésus-Christ, le Fils de Dieu, a Gomme il n'y a qu'un Dieu, dit saint Paul, il n'y a aussi qu'un médiateur entre Dieu et les hommes, à savoir Jésus-Christ^. » Le même apôtre l'appelle autre part le Médiateur du Nouveau Testament- par l'entremise duquel nous pouvons obtenir les biens promis dans la nouvelle alliance ^, c'est-à-dire les biens célestes et éternels. « Nous avons, dit le bienaimé disciple, auprès du Père un avocat, qui est Jésus- Christ le Juste*. » Saint Paul,, dans son épître aux Romains, nous avertit « qu'il plaide pour nous^. » Et non-seulement Jésus-Christ est notre avocat, mais il est de plus notre procureur, le procureur général du genre humain et le sollicitipur de toutes nos affaires auprès de son Père. « Jésus, dit TApôtre, est entré dans le ciel où il doit vivre toujours et où il est perpétuellement devant
1 Exod, 3. H. .
'^ Unus Deus, unus et mediator Dei et hominum, homo Chrislus Jésus. I.Tim. 2. 5. ^ Hebr. 9. 15 et 12 24.
•* Advocatum habemus apud Patrem, Jesura Christum justum. 1. Joan. 2. 1.
^ Interpellât pro nobis. Rom. 8. 34.
son Père*. » Le même apôtre en explique lui-même le motif «pour solliciter, pour parler et plaider pour nous*; » il traite avec son Père de notre salut, et le conjure de nous faire miséricorde.
A celui qui désirerait savoir quand Jésus-Christ est notre avocat, et de quelle façon il plaide pour nous, je répondrai que premièrement il l'a été ici-bas, lorsqu'il vivait encore parmi les hommes. « Notre Seigneur, nous dit saint Paul, pendant sa vie mortelle, a offert à Dieu, son Père, des supplications très-ardentes, accompagnées d'une abondance de larmes et de cris puissants, pour obtenir le salut du monde qui était perdu'. » Nous connaissons cette prière mémorable qu'il fît pour ses élus le jour de la cène, et qui contient tout ce qu'on peut dire d'excellent et de beau. « Père saint, dit-il entre autres choses, conservez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous sommes un*; » un d'esprit et de cœur, comme nous sommes un de nature et de volonté. Et maintenant, il remplit le même office dans le ciel, au sein de la gloire où il se trouve. Jésus- • Christ, dit l'Apôtre^, qui est mort et qui est ressuscité pour nous, est à présent k la droite de Dieu, son Père, où il plaide notre cause. Et comment cela?
Eh premier lieu, avec la parole, ainsi que les saints Pères et les théologiens nous l'enseignent^, parce qu'il est
* Jésus introivit in cœlum, ut appareat nunc vultui Dei pro nobis. Hebr. 9. 24.
2 Semper vivens ad interpellandutn pro nobis. id. 7. 25.
5 Qui in diebus carnis suae, preces supplicationesque ad euni qui possit illum salvum facere a morte, cum clamore valido et lacrymis offerens. Hebr. 5. 7.
* Pater sancte, serva eos in nomirie tuo, quos dedisti mihi; ut sint unum sicut et nos. Joan. 17. 1 1 . ^ Rom. 8.34.
^ Ghrysost Theoph. August. Nazianz. etc. Apud Suarez. in 3. p. disp. 45. sect. 2. A Lapide^ in locum citatum Pauli.
notre avocat là-haut, aussi bien qu'il l'était ici-bas. Et puis, en qualité de notre souverain pontife, à qui il appartient de prier pour son peuple, et de se rendre son médiateur auprès de Dieu ; en sorte qu'il prie pour nous au ciel verbalement, non pas afin de nous obtenir des grâces nouvelles, puisqu'il a obtenu sur la croix, et bien au delà, tout ce qui est nécessaire à notre salut, mais seulement pour nous obtenir la collation réelle et effective de ces grâces, et l'application de ses mérites.
Secondement, par la représentation de ses plaies, qu'il a, pour ce dessein, conservées, afin de les montrer à son Père. Jésus-Christ, dit le docteur angéhque^, apaise la colère de Dieu justement irritée contre les hommes à cause de leurs crimes, en lui faisant voir son corps marqué des cicatrices des blessures qu'il a reçues pour sa gloire et pour leur salut; par ce moyen, il découvre ses mérite, et couvre leurs offenses.
Plus loin, il remarque trois sortes d'intercessions que notre Seigneur a employées pour nous : la première, lorsqu'il prie avec ardeur avant sa passion ; la seconde, en répandant son sang sur la croix;, et la troisième, après son Ascension et dans le ciel où il expose ses cicatrices. « Afin, dit élégamment saint Cyprien, que ces plaies glorieuses, si tendrement conservées dans son corps, demandent incessamment à son Père, en faveur du genre humain, le prix de son sang, et le salaire de son obéissance^. » Les habiles avocats ne parlent pas seulement de la langue, mais encore des mains, à cause des gestes expressifs, dont ils animent leur parole. C'est pourquoi quelques auteurs ont appelé leurs doigts et leurs mains,
Mn i . Canon. Joan. cap. 2.
2 Ut semper reservatPB in corpore plagae salutis humanae exigant pretium, et obedientiœ donativum requirant. Serm. de Bapt. Christi.
des doigts parlants et des mains éloquentes* ; et d'autres ont dit qu'ils y portaient des pointes, des aiguillons et des flèches. C'est aux mains de notre Seigneur, quand il les tend vers son Père pour nous, et qu'il lui en représente les ouvertures, que ces louanges doivent être accordées. Ainsi donc, puisque nous avons Jésus-Christ, le Fils de Dieu, pour médiateur dans l'affaire de notre salut, et pour Avocat de notre cause devant le tribunal de Dieu, ayons bonne espérance, et soyons convaincus que notre affaire réussira selon nos meilleurs désirs, et que nous gagnerons notre cause. « Mes petits enfants, écrivait saint Jean aux fidèles, je vous écris ceci, afin que vous conceviez une si grande horreur du péché, que vous n'y tombiez jamais. Si toutefois la fragilité de la nature vous y porte, ne vous laissez pas aller au désespoir, parce que nous avons pour avocat auprès de son Père, Jésus-Christ qui, n'ayant pas besoin de pardon, parce qu'il est juste, intercède pour nous efficacement, par ses prières, et de plus par le mérite du sacrifice qu'il a offert sur la croix, où, servant de prêtre et de victime, il a été le Rédempteur et la rédemption pour tous nos péchés^. »
« Là, dit saint Augustin en parlant du ciel, vous avez un avocat qui plaide pour vous ; c'est pourquoi, ne craignez pas d'être condamné. Si, parmi les hommes, celui qui a une affaire dans une cour de justice, compte sur une bonne issue, quand il rencontre une langue éloquente et un fameux avocat pour la défendre, vous qui avez mis votre procès entre les mains de celui qui est la sagesse et
* Digiti linguosi. Cassid. 1. 4. Var. Gresolius, lib. 2. Vacat, autumn. cap. 9 et 10.
2 Filioli mei, haec scribo vobis, ut non peccetis. Et siquis peccaverit, advocatum habemus apud Patrem Jesum Ghristum justum, et ipse est propitiatio pro peccatis nostris. 1 ep. 2. i .
17$ DE l'espérance.
la parole, de Dieu, avez-vous sujet de craindre de la perdre? Dites de toutes vos forces : nous avons un avocat devant Dieu le Père*. r>
Et d'autant mieux, que cet avocat plaide avec tant de force et de succès en présence de son Père, que celui-ci ne saurait lui refuser ce-qu'il demande, ayant pour lui un amour infini, parce qu'il est très-innocenf et très-saint. Il n y a dans le Fils rien qui déplaise au Père, au contraire tout en lui est agréable* à son cœur; il a mis en lui ses complaisances et ses délices; et puis, ce qui est une raison, très-puissante, cet avocat est son Fils unique. Je suppose que vous ayez une cause importante engagée par devant le parlement; elle doit être défendue par le fils unique du président qui est désigné pour vous juger. Ce fils, .doué des plus belles qualités de corps et d'esprit que l'on puisse désirer en un jeune homme, est passionnément aimé de son père : eh bien I ce père,, quoique juge trèséquitable, n'aurait-il pas bien- de la peine de ne pas incliner de son côté, et par conséquent de vous condamner? L'histoire nous apprend que saint Porphyre, évêque de Gaze^, étant allé à Gonstanfinoplë" pour obtenir de l'empereur Arcade la permission de' faire démolir le temple famieux de Marnaz, et ceux des autres idoles qui étaient a Gaze, ne put venir à bout de son entreprise. Il s'avisa alors de prendre pour son intercesseur et son avocat le jeune Théodore, fils de l'empereur. C'est pourquoi, le jour môme où le prince reçut le saint baptême, et au sortir des fonts, il lui fit remettre sa supplique, et par son entremise, à son père qui, après avoir eu connaissance de ce qu'elle
1 Ibi habes adv.ocatum, noli timere ne perdas causam confessionis tuœ ; si enim in hac vita commisit se homo disertae linguae, et non périt, committis te Verbo, et periturus es? Clama advocatum habemus apud Patrem. ^ j^ ejus vita apud Sur. 26 februar.
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contenait, fît cette.réponse : «La chose, que Ton demande, est difficile à accorder, mais i^ me serait encore plus difficile de la refuser, puisque c'est mon fils qui m'en prie, et que tel est son désir. » Ainsi, la requête- fut admise, et saint Porphyre obtint tout ce qu'il voulut. Il en est de même, et d'une manière bien plus efficace de notre Seigneur Jésus-Christ à l'égard de son Père, lorsqu'il lui présente nos suppliques, ou qu'il plaide notre cause devant lui. ■
En outre, Jésus-Christ ne saurait perdre- sa cause-; car plaidant pour nous, ii plaide pour son propre bien, pour ce qu'il a réellement acquis; il demande. ce qu'il a acheté au prix de son sang,, ce qui lui appartient en toute justice. Il plaide pour des personnes qui lui sont infiniment . chères, pour ses frères, pour ses enfants et pour ses disciples; il fait de leur afTaire et de leur salut sa propre cause et son propre fait ; aussi plaide-t-il avec une affection et une ardeur incroyable. Ajoutez à tout cela la dignité infinie de sa divine personne et le grand respect que son Père lui porte; ce qui a fait dire à saint Paul : « Il a été exaucé pour sa révérence*; «non-seulement pour celle qu'il rend .à son Père, mais encore pour celle que son Père a pour lui. Plus les personnes qui demandent sont élevées et d'une qualité éminente, plus leurs prières sont efficaces; car pour elles,, prier c'est faire à l'égard de ceux auxquels elles s'adressent un acte de soumission qui mérite d'être considéré et d'obtenir le résultat désiré-; aussi le refus leur est-il extrêmement pénible.
Toutes ces raisons nous prouvent que nous sommes très-heureux d'avoir le Fils de Dieu pour avocat; que la cause de nolire salut ne saurait être en de meilleui*es
^ Exaudilus est pro sua reverentia. Heb. 5, 7,
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mains, et que nous devons en attendre un bon succès. Enfin, ce doit être pour nous un grand motif d'espérer, en voyant que notre partie même devient notre avocat, et plaide notre cause devant son Père, auprès duquel il peut tout.
Gomme sainte Gertrude repassait dans son esprit les belles et excellentes instructions que notre Seigneur lui avait données en divers temps, et examinait laquelle serait la plus utile pour être manifestée aux hommes , notre Seigneur lui dit intérieurement : « L'enseignement le plus profitable que l'on puisse donner aux hommes, est qu'ils sachent et se souviennent toujours que je suis perpétuellement devant mon Père pour y traiter l'affaire de leur salut; s'ils viennent à pécher par pensées ou par affections, je lui offre, en satisfaction, mon cœur très-pur, et mes mains innocentes et percées , quand ils se rendent coupables par leurs œuvres; par ce moyen j'apaise sa colère, et je leur obtiens la grâce de se repentir et le pardon de leurs fautes^ . »
Nous lisons dans la vie de sainte Ludgarde un fait bien remarquable, qui se rattache à cette question^. Il y est rapporté que cette Vierge très-sainte faisant par ordre exprès de notre Seigneur, pour le salut des pécheurs, un jeûne de sept ans, et ne mangeant que du pain et des légumes, vit un jour le divin Sauveur devant le tribunal de son Père : il lui montrait ses plaies toutes fraîches et sanglantes, et le priait en considération de ces mêmes plaies, qu'il avait reçues pour sa gloire et pour le bien des pécheurs, de leur faire miséricorde; après cela, se tournant vers la sainte, il lui dit : « Vois-tu comme je m'offre tout entier à ton Père pour mes pécheurs? je
* ApudBlosium in monili spirit. Cap. 1. ^ Apud Sur. 46 junii. Lib. 2. cap. 9.
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veux que de même tu t'offres à moi tout entière pour mes pécheurs, et que tu détournes les vengeances dont ils sont menacés*. » Et son historien, homme pieux et savant, ajoute que notre Seigneur lui tenait presque tous les jours le même langage pendant la sainte messe.
Mais une chose bien remarquable et qui prouve une très-douce et très-aimable bonté, c'est que notre Seigneur appelle les pécheurs, ses pécheurs , je m'offre pour mes pécheurs, dit-il. C'est ce qu'on lit encore dans cette même vie en deux autres endroits difTérenls^. Au premier , lorsque cette sainte se consumant de regrets et versant deux fontaines de larmes pour la conversion des pécheurs, notre Seigneur lui apparut ; et se réjouissant avec sa fidèle servante de ce qu'elle avait eu tant de zèle pour le soulagement des pécheurs, et poursuivi avec tant d'instances et si longtemps auprès de Dieu le pardon de leurs offenses, il lui dit : a Je veux que dorénavant tu tarisses cette source de gémissements et de pleurs que tu répandais pour mes pécheurs^, ce sera assez que tu apportes à cette œuvre tes prières qui, animées de ferveur, auront autant de force pour apaiser l'indignation de mon Père, que si elles étaient arrosées de larmes. »
Le second relate cette circonstance où, environ un an avant la mort de la sainte, notre Seigneur se faisant voir a elle avec un visage gai et fort gracieux , lui dit : « Courage, ma fille, la fin de ton travail approche ; je ne veux pas que tu sois plus longtemps privée de ma présence ; je désire seulement que, dans cette dernière année de ta vie, tu t'emploies a trois choses. La première, à remercier Dieu des grâces qu'il t'a faites, et pour cela, appelle à ton aide
• Apud. Sur. 1 6 junii. Lib. 2. cap. 9. * Lib. 2. cap. SI . "^ Volo te ab his lamentis pro meis peccatoribus susceptis jam absolutam.
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les bienheureux, afin que par leur union tu puisses plus parfaitement l'acquitter de ce devoir. La seconde, à prier continuellement mon Père, et à épancher toutes les affections de ton ame en sa présence, pour mes pécheurs*. Et la troisième, à allumer dans ton cœur des souhaits embrasés de venir à moi et de me voir. » C'est donc ainsi que notre Seigneur appelle les pécheurs, ses pécheurs, tant est grande l'affection qu'il leur porte, et ardent le désir qu'il a de leur salut.
« Oh! si nous connaissions, disait le bon et vénérable Père Maître d'Avita, quel bien est Jésus-Christ, toutes les frayeurs et toutes les désolations dont nos pauvres cœurs sont affligés, seraient sans le moindre retard bannies et s'évanouiraient , comme le mauvais esprit de Saûl, au son de la harpe de David. Il n'est pas d'ame si triste ni si désolée a qui cette joyeuse nouvelle de savoir qui est Jésus-Christ, ne soit capable, si elle veut s'en servir , de donner de puissants adoucissements , de la délivrer de toutes ses défiances, d'essuyer toutes ses peines et de la combler de joie^. »
Finissons avec saint Augustin qui, au deuxième livre de ses confessions, parle ainsi à Dieu : « Ce véritable médiateur que, par un effet signalé de vos secrètes miséricordes, vous avez montré et donné aux humbles, n'est autre que le médiateur entre Dieu et les hommes , Jésus- Christ Homme-Dieu. 0 Père parfaitement bon ! quel amour nous avez-vous porté, de ne point épargner votre propre Fils, mais de l'abandonner aux douleurs pour nous, pécheurs et impies ! Quelle charité avez-vous eue pour nous, puisque, en notre considération, vous avez permis que celui qui n'a pas pensé vous faire, tort ni
* Ut pio p«^ccatoril)us meis totatr» te effundas in precibus ad patrem. Lib. 3. cap. 9. - Epist. 52. part. 2.
DE l'espérance. 483
ravir votre gloire en se disant votre égal, se soil assujetti a la mort, et à la mort de la croix* ! C'est k bon droit que je mets toute ma confiance en lui, et j'espère que vous me guérirez de toutes mes langueurs par le mérite de celui qui est assis à votre droite, pour nous y servir d'avocat. Sans cela , certes, je désespérerais. Je confesse quç mes infirmités sont grandes et en grand nombre; mais le remède que vous m'avez préparé en lui l'est bien plus encore'^. »
TROISIÈME OBJET DE NOTRE ESPÉRANCE : LA VICTOIRE DE NOS VICES ET l'acquisition DES VERTDS.
Un autre objet de notre espérance est le vice et la vertu; c'est-à-dire, la ruine de nos défauts et de nos vices, et l'acquisition des vertus et de la perfection.
Une des choses qui cause le plus de peine et apporte le plus d'ennui aux serviteurs de Dieu, et particulièrement a ceux qui ont, depuis peu, quitté le péché pour pratiquer la vertu, c'est de se voir sujets à beaucoup de mauvaises incHnations et d'habitudes vicieuses, et de reconnaître qu'après tant de bons propos et de résolutions prises de
* Verax mediator, quem sécréta tua misericordia demohstrasti humilibus et misisti, mediator ille Dei et hominum homo Christus Jésus. Quoraodo nos amasti, Pater bone, qui Filio tuo unico noQ jepercisti, sed pro nobis impiis tradidisti eutn ! quomodo nos amasti, )ro quibus ille, qui non rapinam arbitratus est esse aequalis.tibi, factus est subditus usque ad mortem, mortem autem crucis ! cap. 43. 2 Merito mihi spes valida in illo est, quod sanabis omnes languores meos per eum, qui sedet ad dexteram tuam, et te interpellât pro nobis ; alioquin desperarem ; muiti enim et magni sunt iidem lauguores mei, sed amplior est medicina tua. ibid.
184 DE l'espérance.
s'amender, ils retombent toujours dans les mômes fautes, et se laissent aller à plusieurs péchés véniels, quelquefois même a des mortels. Ces faiblesses et ces rechutes les affligent, les attiédissent souvent, et parfois même les portent jusques à un certain désespoir de pouvoir jamais se défaire de leurs vices. Mais qu'on se garde bien d'en venir là : au contraire, on doit toujours beaucoup espérer et ne pas regarder ses péchés ni ses vices comme des sujets de découragement et de désespoir, mais bien comme des champs de batailles et des victoires, comme devant servir de matière à nos couronnes et être pour nous des occasions de mérites.
Il n'y pas en nous de péché pour grand qu'il soit, point de passion si furieuse, point d'habitude si enracinée ni de vice si invétéré dont, avec la grâce de Dieu et notre coopération, nous ne puissions triompher. « Je puis tout en celui qui me fortifie*, » dit saint Paul; c'est-à-dire, de loup ravissant qu'il était, par un heureux changement opéré par la grâce, il était devenu une douce brebis; de persécuteur, apôtre, et d'ennemi capital de Jésus-Christ, serviteur passionné de sa gloire. « Dieu, dit le Sage, a fait les créatures saines dans leur origine ; il n'y avait en elles rien de contagieux ni de mortel, et le règne des enfers n'était point alors sur la terre^; » ou comme saint Jérôme l'a traduit du grec : « Si les hommes sont sujets à être blessés. Dieu les a rendus capables de guérison; il n'est point de venin parmi eux si mortel, qui n'ait son antidote, et l'enfer, où les maux sont sans remède, n'est point sur la terre, mais dessous'. »
* Omnia possum in eo qui me confortât. Phil. 4. 13.
^ Deus sanabiles fecit nationes orbis terrarum, et non est in illis medicamentumexterminii^necinferorumregnumin terra. Sap. 1.14.
^ Non erit in eis venenum mortiferum, nec inferorum regnum in terra.
DE l'espérance. 185
« Au môme lieu, dit le prophète Osée, où le vice régnait et allumait tellement la colère de Dieu contre les Juifs qu'il les traitait de ce nom infâme, vous néies plus mon peuple, la grâce viendra à abonder au point de les rendre dignes qu'on leur dise : vous êtes les enfants du Dieu vivant... Je ferai miséricorde a celle qui s'appelait sans miséricorde ; je dirai à celui que je ne regardais plus comme mon peuple : vous êtes mon peuple, et il me dira ; vous êtes mon Dieu*. » Ceux qui étaient fort éloignés de Dieu à cause de l'énormité de leurs crimes et de leurs idolâtries, s'approcheront de lui jusques à le toucher en qualité de ses vrais enfants, par la sainteté de leurs mœurs, et par la pureté de leurs services, parce que, ainsi que le dit le sage fils de Sirach : « 11 est bien facile à Dieu d'enrichir tout d'un coup celui qui est pauvre*^, » d'ennoblir un homme de basse condition, de donner la vue a un aveugle, d'échauffer un corps transi de froid, d'une pierre et d'un cœur endurci de former un enfant d'Abraham, et de faire d'un grand pécheur un saint magnanime. Et il avait déjà dit : « Voilà un homme sec, flétri, sans vigueur, ayant besoin d'être aidé en toutes choses, étant dans la défaillance et dans une extrême pauvreté ; vous disiez qu'il n'y a point de ressource pour lui, mais Dieu a regardé cet homme favorablement, et l'a tiré de la bassesse pour le combler de gloire^. » C'est dans ce même sens que la mère de Samuel, Anne, avait dit long-
* Eritin loco ubi dicetur eis, non populus meus vos, dicetur eis, fîlii Dei viventis... misereborejus, quae fuit absque misericordia, et dicam non populo raeo, populus meus es tu ; et ipse dicet, Deus meus es tu. Cap. 1 . 10 et cap. i2. 23.
"^ Facile est in oculis Dei subito honestare pauperem. Eccl. -f 1 . 23.
^ Esrîtt?aïo marciduy, eggn» r«etrpë?ÏÏttOtTè7~p^us deficiens virtute et abundans paupertate ; et oculus Dei respexit illum in bono, et erexit eum ab hurailitate ipsius et exaltavit caput ejus. Ibid. ii.ii.
186 DE l'espérance.
temps auparavant dans son cantique : « Il tire, quand il veut, le pauvre de la poussière, et l'indigent du fumier, pour le faire asseoir entre les princes et lui donner un trône de gloire*. »
Le prophète Zacharie nous dit a ce propos avec des paroles mystérieuses : « Les chaudrons tout noirs et les marmites enfumées deviendront comme des fioles précieuses et des vases d'honneur que l'on met comme des ornements sur les autels^. »
Ainsi l'Eglise chante de la Magdeleine : «. Après' les désordres d'une chair fragile, et après les scandales d'une vie licencieuse, Magdeleine d'un chaudron tout gras est changée en une belle fiole de cristal, et transformée d'un vaisseau d'ordures en un vase de gloire^. »
Isaïe rend la même pensée en d'autres termes et sous une image différente : « Ils se rendront victorieux de ceux dont ils étaient les captifs, et deviendront les maîtres de ces tyrans qui exigeaient d'eux un tribut insupportable. Et. lorsque Dieu aura rompu tes chaînes et brisé tes fers, qu'il t'aura délivré de la cruelle servitude où tu as été si longtemps asservi, et qu'il t'aura mis en liberté, tu adresseras ces reproches au roi de Babylone : où est maintenant ta puissance? Où sont tes extorsions et tes tributs iniques? qu'est devenu ce maître impitoyable? Comment ce tribut, qu'il exigeait si sévèrement, a-t-il cessé? Le Seigneur a brisé le bâton des impies, et la verge de. ces fiers dominateurs, qui dans son indignation
^ Suscitât de pulvere egenum, et de stercore élevât pauperem, ut sedeat cum principibus, et solium gloriee teneat. 1. Reg. 2. 8.
2 Erunt lebetes in domo Domini quasi phialae coram altari. Cap. 14. 20. ■' Post fliixœ Garnis scandala
Fit ex lebete phiala, In vas translata gloriae, De vase contumeliae.
i)E l'espérance. 487
frappait les peuples d'une plaie incurable, qui assujettissait les nations dans sa fureur, et qui les persécutait cruellement*. » Par ces paroles, selon l'interprétation de saint Aëlrède, le prophète entend parler des âmes oppressées du joug de leurs vices : Dieu les délivre par sa miséricorde, et par un heureux et admirable changement, il leur fait mener une vie éclatante en toute sorte de vertus. Et pour en venir aux exemples :
Considérons la vocation des apôtres : comme de lourds et de grossiers qu'ils étaient, ils sont devenus parfaits et consommés. Jetons les yeux sur la conversion de la Magdeleine, dont nous venons de parler, et sur celle de saint Paul : de quel abîme d'ignorance et de misère ont-ils été tirés, et à quel degré sublime de connaissance divine et de perfection sont-ils montés, et dans quel court espace de temps !
Qui était plus dissolu, plus gâté que le pauvre saint Augustin avant qu'il se donnât k Dieu^? Que ne dit-il pas, dans le livre de ses confessions, de la tyrannie de ses passions et des assauts continuels de sa concupiscence, de cette chaîne de fer qui le tenait dans une cruelle servitude et de cette difficulté insurmontable, et comme impossibilité morale, où il se trouvait réduit de se défaire de ses vices? Néanmoins comment se fit-il que, en un instant, avec trois petits mots, son entendement fut éclairé, sa volonté embrasée, et tous ses fers brisés?
* Erunt capienles eos qui se ceperant, et subjicient exactores suos : et erit in die illa cum requiem dederit tibi Deus à labore tuo, et 3 concussione tua, et è servitute dura, qua ante servisti, sûmes parabolam istara contra regem Babylonis et dices : quomodo cessavit exactor et quievit tributura ? Contrivit Dominus baculum impiorum, virgam dominaiitium, caedentem populos in indignatione plaga insanabili, subjicientem in furore gentes, persequentem crudeliter. Gap. 14. 2. * Gonfess. lib. 8. maxime. Gap. ii.
Comment son ame et son corps furent-ils changés et comme refondus? De là vient que, dans le sentiment d'une affection brûlante, il s'écrie au commencement du neuvième livre de ses confessions ; « 0 Seigneur, je suis votre serviteur, ohl que de bon cœur je vous dis que je suis votre serviteur et le fils de votre servante ! Vous avez donc rompu mes liens, qui me tenaient si misérablement captif : je vous sacrifierai une victime de louange'. » Et donnant plus bas 1 explication de cette merveilleuse métamorphose, il s'écrie de nouveau : « Oh! que bientôt j'ai trouvé un grand plaisir à me sevrer des voluptés de la chair, et h quitter les folies dont je ne pouvais regarder Ja privation sans frayeur^ I »
Le Martyrologe romain célèbre le quatorzième jour d'avril, la fête d'un fameux comédien, nommé Ardaléon, qui, jouant sur le théâtre les mystères des chrétiens et les tournant en ridicule, fut converti tout à coup, et défendit ensuite, jusqu'à souffrir le martyre, les vérités de ces mystères qu'il avait voulu faire passer pour des folies. Le vingt-cinquième d'août est le jour de fête de saint Genêt qui, se faisant baptiser par moquerie à Rome en présence de l'empereur Dioclétien et d'une grande multitude de spectateurs, fut inopinément touché de Dieu, en sorte qu'au lieu de ce baptême sacrilège d'eau, il reçut saintement celui de son propre sang. Le même martyrologe solennise le quinze septembre la fête d'un autre bouffon, nommé Porphyre, qui, pour procurer une récréation agréable à Julien l'Apostat, fit de même représenter sur sa personne les
* 0 Domine, ego servus tuus, ego servus tuus, et filius ancillœ tuse : dirupisti vincula mea, tibi sacrifîcabo hostiam laudis. Ibid. Mb. 9.
2 Quam suave raihi subito factum est carere suavitatibus nugarum, et quas amittere metus fuerat, jam dimittere gaudium erat. Ibid.
DE LESPÉUANCE. 189
cérémonies du baptême; mais au milieu de son infâme jeu, il fut éclairé d'une si grande lumière, qu'il se déclara véritablement et effectivement chrétien. L'impie empereur, rempli de fureur, ordonna sur-le-champ qu'on lui tranchât la tète. On peut citer aussi un fait bien frappant dont l'existence ne remonte pas très-haut. Dans une des plus célèbres villes d'Italie, une fameuse comédienne* jouait devant le peuple, sur un théâtre, la pénitence de la Magdeleine. Dans la chaleur de la représentation, elle se trouva si fortement émue du Saint-Esprit, que, deux jours après, à l'imitation de cette Sainte qu'elle avait suivie dans ses égarements, elle dit adieu au monde, et alla se confiner dans un monastère de repenties.
Voilà ce que Dieu peut pour changer le cœur humain! voilà aussi ce qu'il fait tous les jours et en tous lieux.
A la vérité, si Dieu a bien pu trouver le moyen, et a bien eu le pouvoir de produire un Homme-Dieu, et de rendre en la personne de Jésus-Christ, une humanité sainte, innocente et parfaite sans mesure, il lui sera beaucoup plus aisé de faire un homme divin, en lui communiquant une sainteté, une innocence et une perfection limitée et incomparablement moindre. Notre nature a été infiniment purifiée et sanctifiée en notre Seigneur, et a puisé en lui et par lui la vertu de nous laver de nos souillures, et de nous transmettre sa pureté et sa sainteté.
Ainsi, immédiatement après qu'il eut été conçu dans le sein de sa sainte Mère, il purifia son précurseur, dans les entrailles de la sienne, de la tache du péché originel, et lui conféra une perfection très-éminente. Ainsi, peu de temps après sa naissance, il s'en alla en Egypte, pays où l'ignorance du vrai Dieu et le mépris de la vertu
* L'an i535, à Venise, Victoria.
avaient jeté de très-profondes racines, où le vice régnait dans retendue d» toute sa force, et où se trouvaient les
• plus déraisonnables et les- plus infâmes idolâtres du monde. On sait, en effet, que ces misérables peuples faisaient profession publique d'adorer pour leurs dieux, des vaches, des chèvres, des chats, des rats, des serpents, des crocodiles et même jusqu'aux aulx et aux oignons de leurs jardins ; et, joignant la cruauté à l'aveuglement, ils sacrifiaient des hommes et les mangeaient. Aussi l'Egypte a-t-elle mérité, plus que tous les autres pays idolâtres,
v'd'être appelée .la nière de toutes les superstitions. Ajoutons a tout cela qu'ils avaient persécuté, outragé et battu les enfants d'Israël, dont Dieu avait fait son peuple de prédilection, qu'ils les avaient dépouillés cte leurs biens,qu'ils avaient fait périr leurs enfants mâles quand ils venaient au monde, et qu'ils s'étaient montrés rebelles au commandement que Dieu leur avait fait par la bouche de Moïse. Eh bien! ce fut cette nation que notre Seigneur Jésus-Christ voulut visiter entre toutes les autres, comme la plus perdue et la plus profondément gâtée; c'est sur elle qu'il voulut verser premièrement les bénédictions qu'il était venu apporter sur la terre.
En effet, l'histoire scolastique nous assure, et le pro- \ phète Isaïe semble l'insinuer*, qu'à l'arrivée de 1 Homme- Dieu, toutes les idoles de l'Egypte furent renversées, de la même manière que les ténèbres se dissipent au lever du soleil, et que les oiseaux de nuit se retirent quand ils voient paraître un aigle. Et n'est-il pas bien reconnu que notre Seigneur répandit une si grande lumière en ce pays, et disposa ce peuple à une vertu si éminente, que non longtemps après, k la suite de la prédication des
Usa. 19. 1. ■ •
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apôtres et de leurs successeurs, toute l'Egypte devint l'asile d'une multitude d'hommes et de femmes très-saints, de religieux très-parfaits et d'anachorètes qui menaient une vie plutôt angélique qu'humaine; en sorte que toute cette région, qui n'avait été jusque-là qu'une retraite de vices et un repaire de démons, devint un paradis de vertu et une demeure d'anges; elle monta môme à un tel point d'excellence, que, -plus qu'en aucun autre lieu dé la terre, la pureté et la sainteté de l'Evangile, les pénitences et les austérités, le mépris du monde et les lumières de la contemplation y acquirent leur perfection dernière. Tels sont les changements admirables que la grâce de notre Seigneur opéra dans l'Egypte ; ils se continueront encore en nous, si nous le voulons.
Voici les paroles d'un de ces anges de l'Egypte ; elles sont de saint Macaire qui, se servant de h comparaison de nos corps, nous parle ainsi : a Considérons, comment notre Seigneur, pendant qu'il vivait ici-bas parmi les hommes, rendit, par sa bonté, la vue aux aveugles, le mouvement aux paralytiques, la santé aux malades et la vie aux morts; comment il faisait marcher les boiteux, entendre les sourds, et chassant des possédés les démons qui les tourmentaient. Si ces prodiges sont vrais, à. combien plus forte raison ce même Seigneur aidera-t-il uneame qui a besoin de son secours et qui le lui demande, et, en l'affranchissant de la tyrannie de ses passions, lui procurera-t-il le repos et la fera-t-il arriver à l'état d'une parfaite vertu? Si notre Seigneur a formé le corps de l'homme, il a aussi créé l'ame ; s'il estime son corps, il fait sans contredit bien plus de cas de son ame, par la raison qu'elle est incomparablement plus noble; aussi, a-t-il un bien plus grand soin de sa santé; par conséquent, s'il a donné à l'homme un grand nombre de remèdes excel-
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ly^lents pour la guérison des maladies de son corps; s'il les guérit lui-même par des voies extraordinaires et par des cures miraculeuses, quand les maladies se sont trouvées naturellement incurables, nous ne pouvons douter qu'il ne fasse de bien plus grandes choses pour délivrer son ame de ses maladies et de ses vices, et pour lui conférer
^ une pleine santé*. »
C'est pourquoi, quelque vice que nous ayons, et quel que soit le défaut auquel nous nous sentions sujets, voici ce que nous avons à faire. Premièrement, nous ne devons jamais nous décourager, ni nous laisser abattre, jamais nous inquiéter ni nous troubler, jamais effaroucher ni aigrir nos esprits, a cause de nos inclinations mauvaises, de nos habitudes corrompues, de nos vices et de nos imperfections, parce que Dieu peut aisément les corriger, et nous donner une grâce tellement puissante, que nous romprons tous ces obstacles comme des filets pourris, et que nous courrons, ainsi que des cerfs, pour employer le
1/langage du prophète Isaïe^, vers la plus haute vertu et jusqu'au sommet de la perfection.
Secondement, nous devons demander à Dieu son secours pour nous défaire de nos défauts, pour acquérir les vertus nécessaires à notre condition, et monter à l'état auquel il veut que nous parvenions.
En troisième lieu, nous devons le lui demander avec une grande confiance, fondée sur le désir extrême qu'il a de notre salut et de notre perfection.
Certes, si un roi voulait que vous allassiez à la guerre pour son service et pour mettre à mort ses ennemis, il
\ est conséquent de croire qu'il voudrait vous donner une
\ épée et des armes, sans quoi, vous ne pourriez ni exécu-
* Hom. 4. 2 Cap. 3S. 6.
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ter ses volontés, ni accomplir son dessein; de même, Dieu, désirant que vous ruiniez vos vices, qui sont les ennemis de sa gloire, aussi bien que de votre salut, prétend, par cela même, vous fournir les secours sans lesquels vous n'en sauriez venir à bout.
Cette confiance est fondée sur les invitations qu'il nous adresse, sur les commandements qu'il nous donne et sur les inspirations dont il touche nos cœurs, afin que nous nous perfectionnions sur son modèle. Elle est encore fondée sur le sang de Jésus-Christ, qui nous a mérité la grâce de dépouiller le premier Adam, pour nous révêtir du second, et devenir des créatures nouvelles avec un entendement nouveau, avec une volonté nouvelle, avec des âmes et des corps tout nouveaux.
Et si toutefois ce renouvellement n'est pas complètement achevé, mais s'il reste quelque défaut et quelque imperfection à cet homme élaboré, il ne faudra ni s'en étonner ni s'en affliger; car, d'abord il est impossible qu'en cette vie il y ait rien de parfait parmi les hommes, et ensuite, Dieu laisse même aux plus saints et aux plus parfaits des imperfections et des taches, qu'ils ne peuvent jamais, pour ainsi dire, eflfacer, malgré tous les efforts qu'ils y emploient ; il en agit ainsi, afin d'exercer leur vertu et de leur fournir des sujets d'humiliation. Ce ne fut pas sans motif que Dieu, après avoir introduit son peuple dans la Palestine, conserva encore longtemps ces petites nations qui importunèrent leurs nouveaux voisins; ce fut, disent les saintes Lettres» pour éprouver les enfants d'Israël*, pour leur donner de l'occupation et les tenir toujours en haleine : « Parce que, dit saint Grégoire, qui fait cette remarque k propos d'un grand saint, nommé
* Ut in ipsis experiretur Israelem. Judic. 3. 4.
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Isaac, qui se laissait emporter, de fois à autre, à des excès de joie, parce que Dieu permet quelquefois que ceux a qui il a conféré de grands dons et qu'il a élevés à une haute vertu, soient sujets à quelques fautes légères afin qu'ils aient toujours des ennemis a combattre, et qu'après avoir vaincu ceux ,qui étaient les plus forts, ils ne s'enflent pas de leurs victoires, se voyant encore molestés par les plus faibles*. »