LES AUTRES OBJETS DE NOTRE ESPERANCE
Pour conclure ces objets de notre espérance, je dis que nous devons encore pratiquer cette éminente vertu dans nos afflictions, dans la perte de nos biens, dans la ruine de notre honneur, au milieu des douleurs de notre corps et des peines de notre esprit, dans les tribulations, de quelque nature qu'elles soient, et à quelque degré d'excès qu'elles arrivent, et généralement en toutes choses, et de plus, dire à Dieu d'un cœur ferme et résolu avec David : a Vous êtes. Seigneur, mon espérance^. » Sur quoi saint Bernard a fait entendre ces belles paroles : « Quoi qu'il faille faire, quoi qu'il faille éviter, quoi qu'il faille souffrir et quoi qu'il faille entreprendre, vous êtes, Seigneur, mon espérance^. — Si on promet à mes tra-
* Quia nonnunquam, quibus magna dona tribuit, parva quaedam reprehensibilia relinquit, ut semper habeant contra quod bellum gérant, et devictis magnis hostibus, mentem non erigant, quando eosadhuc adversarii etiam mininoi fatigant. Lib. 3, Dial. cap. 14.
'^ Tu es, Domine, spes mea. Psal. 90. 9.
^ Quidquid agendum sit, quidquid declinandum^ quidquid tolerandum," quidquid operandum, tu es, Domine, spes mea. Serm. 9. in Psal. Qui habitat.
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vaux une récompense et une félicité éternelle, j'espérerai de l'obtenir par votre moyen ; si mes ennemis m'attaquent, si le monde me persécute, si le diable écume de rage contre moi, et .si la chair se révolte contre l'esprit, j'espérerai en vous, parce que vous êtes mon espérance*.» En toutes nos difficultés et en toutes nos détresses, jetons les yeux sur notre Seigneur, souvenons-nous qu'il est notre espérance, réclamons son aide, et très-certainement il nous aidera ; disons, avec saint Paul ; « J'espère en mon Seigneur Jésus^.» Le Saint-Esprit nous avertit que « celui qui espère au Seigneur sera élevé^ ; » c'està-dire, selon l'explication de quelques interprètes, celui qui espère au Seigneur sera assisté en ses besoins, fortifié en ses faiblesses et secouru en ses tentations; ou même, si parfois il vient a tomber, il sera relevé de sa chute. D'autres, s'attachant davantage à l'hébreu'*, donnent un autre sens à ces paroles et leur attribuent cette signification : celui qui met sa confiance en Dieu sera hautement élevé au-dessus de tous les coups qu'on lui tirera, de j sorte que pas un ne portera et ne pourra arriver jusques 1 à lui; il demeurera dans une tour bien munie et dans ] une forteresse imprenable, où il sera en assurance et sej.moquera de tous ses ennemis.
Le roi-Abagarus, fit mettre sur la porte de la ville v/d'Edesse, a la place d'une idole qui y avait été adorée, pendant qu'il était encore païen, l'image de notre Seigneur, empreinte sur h linge dont l'Homme-Dieu avait
* Si mihi praemia promittuntur, perte obtinenda sperabo; si insurguiit adversum'me prœlia, si saeviat miiiidus, si fremat malignus, si caro adversus spiritum concupiscat, in te ego sperabo ; quia tu es. Domine, spes mea. Ibid,
^Speroin Domino Jesu. Phil 2. 19.
■' Qui speiat in Domino sublevabilur. Prov. '■29. 25.
'* Jansen. et Rodolph. apud. Salazar. ibid.
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essuyé sa face , et qu'il avait envoyée a ce prince. On y lisait ces mots écrits en lettres d'or : « Jésus-Christ, qui êtes Dieu, celui qui espère en vous n'est jamais trompé, et ne perd point le fruit de son attente^ » Cette image, entourée de cette précieuse devise, était la sauvegarde et la protection de la ville, et la défendait mieux que n'eussent pu faire les armées de tous les monarques^. En effet, Ghosroës, roi de Perse et cruel ennemi des chrétiens, ayant, longtemps après, assiégé Edesse, dans le dessein, en la prenant, de rendre ces paroles fausses, et cette promesse vaine, ne put jamais, malgré tous ses efforts, venir à bout de s'en rendre maître.
Tâchons donc de porter, dans nos cœurs, l'image de
notre Seigneur Jésus-Christ; que ces paroles y soient
I Drofondément gravées, et nous jouirons des mêmes
/avantages pour repousser tous les ennemis qui pourront
conspirer contre notre salut.
Saint Térence et ses généreux compagnons, pressés par le gouverneur Fortunatien, de sacrifier aux dieux de l'empire, s'ils ne voulaient pas mourir, au milieu d'horribles tourments, lui firent cette réponse : « Nous sommes chrétiens, et nous avons établi nos espérances en Jésus-Christ ; tourmentez-nous tant que vous voudrez, nous ne tenons aucun compte de vos tourments^. » Et pendant qu'on les déchirait cruellement avec des ongles de fer, ils disaient à notre Seigneur : «Jésus-Christ, vous qui êtes la lumière des chrétiens et notre espérance trèscertaine, aidez-nous. Et aussitôt, ajoute leur histoire, le
^ Christe Deus, qui in te sperat, a spe non extidit.
2 Constantin. Porphyro. gen. in narratione de bac imagine. Baron. an. Chri. SI . Sur. 16 augusti.
^ Christiani sumus, et in Christo spes positas et collocatas habemus ; tormenta tua negligimus. Apud Sur. 10 uiartii.
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secours et la grâce dont noire Seigneur les fortifia, leur rendit les douleurs insensibles* . »
Jésus-Christ est donc celui sur lequel nous devons faire reposer toute notre espérance, en toutes choses, même dans toutes nos affaires les plus désespérées, et dans tous nos maux, auxquels il semble ne plus rester de remède ; car, c'est alors plus particulièrement qu'il se plaît à nous aider, comme il le fit pour Suzanne^ ; parce que, selon les paroles de Philon, le Juif^, à l'occasion de la disgrâce dont l'empereur Caligula punit le refus qu'il avait fait de lui rendre les honneurs divins, là où manque le secours des hommes, se trouve nécessairement celui de Dieu, qui se fait un devoir, comme nous l'assure saint Grégoire de Nazianze, d'assister, de plusieurs manières, un homme abandonné, et de lui fournir les moyens de se retirer d'une position fâcheuse, qu'il croyait sans ressource.
Ainsi, saint Paul écrit à Timothée : « Personne ne m'a assisté, la première fois que j'ai comparu devant le tribunal de l'empereur, pour y défendre ma cause; tous m'ont abandonné ; je prie Dieu de ne le leur point imputer; mais notre Seigneur ne m'a pas délaissé ; il m'a fortifié par l'opération de sa grâce et a même daigné me consoler par une apparition pleine d'amour, qui m'a fait connaître que je sortirais de ce danger*. » Avant lui, l'Ecclésiastique avait dit k ce propos : «Mes ennemis me tenaient assiégés de tous côtés ; je me voyais sur le bord du précipice, où ils allaient me renverser ; je regardais autour
* Jesu Christe. lumen Christianorum, spes nostra certissima, praesto sis nobis. Et continue ope sublevati Christi, cruciatus nou sentiebant. Ibid.
'■^ Dan. -13. 42. 3 Euseb. lib. 2. Hist. ecclesiast. cap. 3.
^ "* In prima mea defensione nemo mihi adfuit, sed omnes me dereliquerunt : Dominus aulem mihi adstitit et confortavit me. 2. Tim. 4. 16.
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de moi, çà et là, cherchant quelqu'un qui nie secourût, et personne ne se présentait : alors, me trouvant en cette extrémité, je me suis, ô mon Seigneur, souvenu de votre miséricorde, et des merveilles de votre bonté que, depuis le commencement des siècles, vous faites \ paraître à ceux qui vous invoquent ; car, de tout temps, vous avez délivré ceux qui s'adressent à vous et qui mettent en vous leur confiance, les retirant de l'oppression et de la main de ceux qui les persécutent*. »
Saint Chrysostôme, écrivant à la sainte dame Olympias, qui était .très-afïligée, lui mande, entre autres choses, pour la consoler, que nécessairement nous devons tous avoir des tribulations, attendu que ce sont des exercices de vertu, des sujets de mérite et des semences de gloire; il ajoute qu'il est nécessaire d'espérer fermement de Dieu qu'il nous aidera à les supporter et a nous en délivrer; que s'il ne le fait pas aussitôt que nous le voudrions ou que nous l'en prions, il ne faut pas, pour cela, perdre courage, parce que Dieu a coutume de pro-: céder ainsi dans ces circonstances : il laisse pendant quelque temps un homme dans les maux et les peines qui l'affligent, et loin de l'en délivrer promptement, il laisse un libre cours à la tribulation et permet qu'elle croisse et grossisse jusqu'au point de devenir inguérissable par tout secours humain ; et alors, pour montrer son pouvoir et récompenser la fidélité du patient, il accourt à son aide, et fait des merveilles pour sa délivrance^.
Ce saint docteur prouve ce qu'il avance, par l'exemple
* Circumdederunt me undique, et non erat qui adjuvaret; respiciens eram ad adjutorium hominutn, et non erat : memoratus sum misericordiae tuœ, Domine, et operationis tuse, quse a saeculo sunt, quoniam eruis sustinentes te. Domine, et libéras eos de manibus gentium Gap. 51. 40, ^Epist; 4. •
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des trois enfants de la fournaise de Babylone*, dans laquelle Dieu permit qu'ils fussent jetés. Assurément, continue-t-il, Dieu pouvait bien empêcher ce supplice et étouffer cette persécution dès son principe ; mais il voulut que leur mérite arrivât au plus haut degré de perfection. Pour ce motif, il laissa le roi Nabuchodonosor entrer dans une grande colère contre eux, il permit qu'on les prît, qu'on leur liât les pieds et les poings, et qu'on les jetât ensuite dans cette fournaise dont les flammes étaient beaucoup plus ardentes qu'à l'ordinaire. Voilà la tribulation contre laquelle tous les remèdes des hommes étaient trop faibles, et toutes leurs assistances inutiles; mais voici, en échange, le secours de Dieu. Comme le roi et tous ceux qui étaient présents croyaient que c'était fait de leur vie, car il était contre tout espoir et contre toute apparence humaine, qu'ils pussent sortir de là sains et saufs, la puissance divine commence à paraître au milieu de ces flammes, et à y briller avec. une clarté plus éclatante que n'était celle du feu. En ce moment, elle changea, pour ces trois enfants, la fournaise en un temple sacré, en une fraîche fontaine, en une douce rosée, et en un lieu plus auguste et plus magnifique que tous les palais des rois. Il permit seulement au feu de brûler leurs liens, afin qu'ils fussent mis en liberté, mais non de toucher à leur chair ; leurs cheveux mêmes, matière si frêle, et qui offre généralement si peu de résistance qu'une simple fumée suffît pour les griller, ne furent pas atteints, mais il leur donna la force de dompter ce furieux et indomptable élément qui triomphe du fer, qui brise les pierres et vient à bout des matières les plus dures. Pendant ce temps, ces trois bienheureux jeunes hommes, paisibles au milieu des flammes,
* Dan. cap. 3.
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témoignaient leur reconnaissance à Dieu en chantant mélodieusement ses louanges. Ils invitaient toutes les créatures a prendre part à leurs chants, pour remercier cette bonté divine d'avoir secouru, d'une manière si admirable et au moment le plus opportun, de pauvres étrangers, arrachés de leur pays, de leur ville, de leur maison, privés de leur liberté, parmi les plus cruels ennemis, et jetés dans une grande fournaise pour y être brûlés vifs ; mais, au lieu d'y être devenus la proie des flammes, ils s'y trouvaient comme dans un lieu rafraîchi par la rosée, dans un jardin émaillé de mille fleurs et embaumé d'un air odoriférant. Or, le roi de Babylone, qui avait été témoin de cette conservation miraculeuse, ayant vu, d'un autre côté, que les flammes avaient dévoré ses ministres, au moment où ils étaient près du feu, occupés à exécuter ses volontés, ne balança pas de faire publier dans toute l'étendue de son vaste empire, la grandeur de ce miracle ; il fit savoir, en même temps, qu'il reconnaissait et ordonna qu'on reconnût partout, pour vrai Dieu, celui qui avait opéré de si grandes choses.
« Apprenez donc, madame, continue saint Ghrysostôme, que le propre de la conduite de Dieu est de disposer l'économie de notre salut, de manière à nous laisser éprouver des afflictions, et de les laisser arriver jusques au plus haut degré, pour nous fournir l'occasion d'un plus grand mérite. Apprenez ensuite le soin qu'il a de nous y secourir et de nous en délivrer, quand nous croyons qu'il n'y a plus de ressource, et que c'est fait de nous. C'est afin de faire éclater son pouvoir et de rendre plus sensibles les effets de sa Providence ; c'est aussi, afin que vous vous confiiez en lui, si vous vous trouvez dans cette conjoncture. » Telles sont les paroles sorties de cette bouche d'or.
D'où il résulte évidemment que nous ne devons jamais perdre courage, ni nous laisser tomber dans l'abattement en quelque détresse que nous nous trouvions, mais recourir a notre Seigneur et attendre avec confiance son secours ; car, c'est dans ces moments qu'il le donne plus volontiers, parce qu'il est alors à lui plus glorieux, et à nous plus nécessaire. « Quand, dit le prophète royal, le pauvre est tombé dans une misère extrême, et qu'il est délaissé de tout le monde, c'est alors que vous vous souvenez plus particulièrement de lui et que vous en prenez soin. Quand l'orphelin a perdu son père, et dans son père tout son appui, vous vous rendez son protecteur, et vous veillez à sa défense bien plus exactement et avec une attention bien plus grande que vous ne faisiez du vivant de son père, parce que votre secours lui était moins nécessaire*. »
Et Jésus-Christ lui-même, qui est notre espérance, et le plus grand bien qui ait jamais été accordé aux hommes, ne s'est-il pas donné, et son père ne l'a-t-il pas envoyé a l'époque où le monde était le plus perdu, où les affaires de la Judée étaient en plus mauvais état? A ce temps, la maison de David était comme renversée, et cet arbre fameux de Jessé, qui avait produit lant de princes et tant de rois, et qui s'était épandu, selon le langage des hébreux, au long et au large, en trente-huit belles et florissantes branches, c'est-à-dire, en trente-huit lignées illustres, cet arbre était flétri, et un étranger, Hérode d'Ascalonite, leur avait enlevé la couronne de dessus la tête, et ravi le sceptre d'entre les mains. C'est pourquoi Isaïe, prophète et prince de cette maison, en faisant allusion à toutes ces circonstances, avait prédit « qu'un
* Tibi derelictus est pauper ; orphano tu eris adjutor. Psal. 9. 37.
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rameau avec sa fleur sortirait de la racine de Jessé* . » Dans ce passage, le mot racine, dont se sert le texte hébreu, signifie proprement une vieille souche et un tronc coupé, pour nous dire que, de la famille de David, lorsqu'elle serait ruinée et comme anéantie, naîtrait, ainsi que d'une racine stérile, un beau rejeton chargé de son fruit, notre Dame et son Fils notre Seigneur, qui devait être le réparateur et la gloire de cette famille désolée, en même temps que le Sauveur du genre humain.
Ayons donc une ferme confiance en notre Seigneur ; espérons mébranlablement en Dieu, quelque accident et quelque mal qui nous arrive. Et pourquoi n'espèrerais-je pas en lui, dit saint Bernard, après les paroles que nous avons rapportées de lui ci-dessus^? «S'il y a quelque chose qui lui soit impossible ou même difficile, je suis content que vous en cherchiez un autre en qui vous mettiez votre appui ; mais, considérez qu'il peut tout avec une parole. Or, je vous prie, qu'y a-t-il de plus aisé que de proférer une parole? Que si vous' ne doutez point de sa puissance, mais de sa bonne volonté, quelle apparence y a-t-il que cette auguste et infinie majesté, qui presse si instamment qu'on se fie en elle, doive manquer à celui qui le fait? Non, non, elle n'abandonne Jamais ceux qui établissent en elle leur espérance. Dieu, dit le prophète, les aidera et les délivrera de l'oppression de leurs ennemis. Si vous demandez pourquoi? il vous répond : parce qu'ils ont espéré en lui. 0 douce cause! ô cause bien facile! mais pourtant efficace et infaillible ; car, qui jamais a espéré en lui, qui en ait reçu de la confusion et de la honte^? »
' Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet. Cap. il . 1.
2 Page 109. serra. 9. in Psal. Qui habitat. •^ Si quid tih impossibile vel difficile est, quaere alium in quo spe-
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Cela n'est pas encore arrivé et n'arrivera jamais, attendu qu'il y va aussi beaucoup plus de son intérêt que du nôtre; car, s'il ne secourait pas une personne qui espère en lui, il donnerait sujet de croire que c'est, ou qu'il ne le peut, ou parce qu'il n'en connaît pas le moyen, ou enfin, parce qu'il n'a pas assez de bonté pour le vouloir, ce qui tournerait à son déshonneur; nous ne devons donc, à ce sujet, éprouver les moindres appréhensions.
Et d'ailleurs, pourquoi n'aurions-nous pas confiance en notre Seigneur Jésus-Christ, alors que de saints personnages encore vivants et mortels, étant invoqués par des personnes affligées, les ont secourues et assistées en leurs besoins, et en faisant de grands miracles? Saint Nicolas*, par exemple, ne délivra-l-il pas trois capiiaines qui, sous Constantin-le-Grand, ayant été injustement condamnés a la mort, comme coupables de lèse-majesté, eurent recours à lui pour qu'il les assistât. Ce grand saint, sensible à la confiance qu'ils avaient en lui, apparut en songe à l'empereur et lui ordonna de mettre ces prisonniers en liberté; il lui prouva très-clairement leur innocence et lui déclara que s'il ne leur rendait justice, il mourrait lui-même misérablement. Il apparut encore a des nautonniers, lesquels, dans une violente tempête qui les mit en danger évident de périr, avaient imploré son secours, et il leur adressa ces paroles : a Me voici, je viens, à votre prière, pour vous aider^ ; » et puis, leur
res; sed verbo omnia potest ; quid facilius dictu? an vero jam de facilitate uon dabitas, sed -ipsa tibi est suspecta voluntas? quando in se speranti desit illa majeslas, quae tam studiose monet in se sperari ? Plane non derelinquit sperantes in se : adjuvabit eos, ait David, et eruet eos à peccatoribiis. Quare ? quibus meritis? quia speraverunt in eo. Dulcis causa, et attamen efficax et irrefragabilis : quis speravit in eo, et confusus est? Serm. 9. in Psal. Qui habitat.
* Apud Sur. 6 decemb.
2 Ecce me vocavistis, et adsum vobis opem laturus.
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inspirant du courage, il prit le gouvernail en main, et dirigea le vaisseau, en commandant à la mer d'apaiser ses tlots et de se calmer. Ainsi, sainte Catherine de Sienne sauva la vie à son confesseur, le P. Frère Thomas, religieux de Saint-Dominique, quand, dans un voyage qu'il faisait, il l'avait invoquée dans son esprit, au moment où il allait être égorgé par des voleurs.
Mais si ces saints vivant encore ici-bas, dans cette vie mortelle et imparfaite, se sont rendus secourables d'une façon si merveilleuse, a des personnes misérables qui s'étaient confiées en eux et avaient imploré leur secours, y avait-il la moindre apparence que notre Seigneur, dont les liaisons avec nous sont si intimes, qui, en outre, est aotre Sauveur, notre rédempteur, notre chef, notre médecin, notre avocat et notre tout, qui prend un intérêt si vif à notre salut et met en cela son honneur et sa gloire, qui nous a aimés au point de travailler pour nous pendant trente-trois ans, et de mourir ensuite sur un gibet au milieu de tous les tom-ments et de toutes les ignominies possibles, y aurait-il, dis-je, la moindre apparence qu'il ne voulût pas nous aider, alors qu'il peut le faire si aisément, si nous l'en prions et si nous mettons en lui toute notre espérance. Non, son consentement ne laisse pas le plus petit doute.
C'est pourquoi, toutes ces raisons bien considérées nous font clairement connaître que c'est pour nous une obligation stricte d'espérer fermement en Dieu ; elles nous convainquent aussi que ne pas agir ainsi, c'est se rendre véritablement coupable et digne de mépris. Aussi saint Hugues, évêque de Lincoln*, se regardait-il comme coupable d'une faute assez grave, s'il lui arrivait de chan-
* Apad Surium, 17 novemb.
celer tant soit peu dans la confiance qu il devait avoir en Dieu, fût-ce même dans les choses où la faiblesse humaine a coutume de s'étonner et de s'affliger le plus. C'est ainsi qu'une nuit, son esprit occupé d'une certaine affaire se trouva extraordinairement agité de plusieurs pensées et de soucis importuns qui le troublaient : le saint, étant revenu à lui-même, en conçut du regret et frappa sa poitrine. A peine le jour eut-il paru, qu'il fit venir son confesseur, et lui déclara qu il avait commis une lourde faute : c'était, ainsi que doit le faire tout homme chrétien, de ne s'être pas confié en Dieu, ni reposé sur sa providence du soin d'une affaire qui l'occupait, ajoutant qu'il s'était mis en trop grande peine pour chercher des expédients et des moyens propres à la faire réussir, comptant trop sur son propre esprit et ses propres ressources.
Saint Macaire d'Alexandrie* avait formé le dessein de visiter le sépulcre de Jamnes et de Mambré, les deux plus célèbres magiciens qui, du temps de Moïse, vivaient à la cour du roi Pharaon. Quoique ce lieu fût éloigné de sa demeure de neuf journées au moins, il se mit en route, bien résolu et plein de confiance pour combattre les démons qui gardaient ce tombeau ; et afin de retrouver son chemin au retour, il planta en terre des roseaux de demi-lieuë en demi-lieue. Mais un de ces démons arracha tous ces roseaux, et, pendant son sommeil, les déposa auprès de lui, accompagnant cet acte de moqueries et de risées, comme s'il eût voulu lui dire : a Voilà cet homme qui n'a pas mis son espérance en Dieu, mais en des roseaux^. »
Il faut donc que, puisant nos leçons dans ces exemples,
* ApudSur. i januarii.
^ Ecce homo qui non posuit Deuna adjutorem suum. Psal. 51.9.
206 DE l'espérance.
et nous formant sur ces modèles, nous tâchions de nous affermir dans une parfaite et inébranlable espérance, qui n'admette pas de crainte, attendu que nous avons une assurance si forte du secours du Tout-Puissant. Le roiprophète dit, en .parlant des enfants d'Israël, lorsqu'ils passèrent de l'Egypte dans la terre promise : « Dieu les a conduits avec l'espérance, » c'est-à-dire, que leur viatique, leur magasin, leur sauvegarde, leur défense et leur refuge en tout était l'espérance qu'ils avaient en la providence de Dieu, avec laquelle ils n'eurent aucune peur de leurs ennemis ; mais ils en furent toujours les maîtres, jusques a lès voir engloutis dans les abîmes de la mer ; et ils parvinrent ainsi a la sainte montagne que Dieu avait particulièrement consacrée à son service.
Les Israélites, dans leur passage, étaient la figure des élus dans celui qu'ils accomplissent de ce monde au ciel et à leur félicité : passage qu'ils doivent faire avec une haute confiance en Dieu, laquelle les rendra victorieux de tous leurs adversaires, et les fera arriver heureusement a la montagne de la sainteté et au sommet de la perfection. Cette confiance établie dans leur cœur, leur sera, dit le Sage', comme l'arbre de vie planté au milieu du paradis terrestre, qui leur donnera une parfaite santé, un embonpoint et une sainte allégresse ; car, selon qu'il est dit dans le même livre inspiré : a L'espérance des justes est toujours accompagnée d'une grande joie''' ; » parce qu'elle est toujours assurée. Or, suivant la maxime des jurisconsultes^, Téspérance certaine et indubitable que l'on a d'une chose, vaut la possession, et est une jouissance anticipée.
Je veux finir ce sujet avec trois paroles du prophète
< Prov. 13. 12. Rodolph. Salaz.
'2 Expectatio justorum, laelitia. Prov. 10. 28.
^^ In 1. pen. ff quibus ad libert. etc., 1. 3. spe. cod. de donat.
DE l'espérance. 207
royal, qui sont très-remarquables et que nous ne devrions jamais oublier: «Celui qui espère en Dieu sera environné, enveloppé et tout couvert de sa miséricorde. » Que peut-il, que doit-il craindre après cela, et que ne doil-il pas attendre de biens? Venons à la pratique de l'espérance.
LA PllATIQUE DE l'eSPÉRANCE.
Outre les actions intérieures et extérieures d'espérance, que nous devons exercer aux occasions et hors des occasions; outre encore les bonnes œuvres qui en sont le propre aliment; car, comme le dit David : «Offrez à Dieu des sacrifices de justice et une bonne vie, et en cette disposition espérez en lui*, » nous devons, pour la pratique de cette vertu, produire les cinq actes suivants, en même nombre que ceux qui ont été établis pour la foi.
1° J'espère, ô mon Dieu, mon Seigneur, tous les biens que vous m'avez promis pour cette vie et pour l'autre; j'espère que vous me donnerez la grâce efficace de faire mon salut, l'assistance de votre bras en mes tentations, la patience dans mes afflictions, la force de vaincre mes passions et d'exercer les vertus convenables a mon état, que vous me fournirez autant de biens temporels qu'il m'en faut pour me sauver; et j'espère tous ces biens avec une ferme confiance et une assurance parfaite et un grand repos de mon esprit, parce que vous êtes tout-puissant, tout bon, tout libéral et immuable en vos promesses, que vous pouvez me les donner, que vous le voulez et que
* Sacrificate sacrificium justitiâe, et sperate in Domino. Psal. 4. 6.
208 DE l'espérance.
vous y avez engagé votre parole; enfin, parce 4ue votre cher Fils me les a mérités.
2" Je les espère par-dessus toutes les espérances et par-dessus tous les secours des rois, des princes, des hommes puissants, des hommes riches, de mes parents, de mes amis, des médecins et de toutes les créatures.
3° Et je déclare devant le Ciel et la terre, que je veux vivre et mourir en cette haute et inébranlable confiance, et en cette espérance pure, nue et aveugle que j'ai en vous, mettant en vous seul toute mon attente, et me reposant entièrement sur votre Providence.
4° Quand tous les hommes devraient se défier de vous et juger ou que vous ne pouvez, ou que vous ne voulez pas les assister ni les défendre, moi, j'espérerai toujours en vous. Ma devise est celle-ci : « J'ai espéré dans le désespoir, et je me suis confié inébranlablement en votre parole*. »
5" Et lors même que cette espérance pût me nuire et me rendre misérable, vous é.tes néanmoins et vous serez éternellement en tout, et nonobstant toutes les oppositions, mon refuge et mon appui.
Voilà les cinq actes qu'il faut produire et souvent et excellemment, en particulier quand la nécessité nous y oblige. Et ce cas échéant, nous devons nous réjouir, et de plus remercier Dieu quand il nous fournit l'occasion de pratiquer l'humilité, la patience, la pauvreté et les autres vertus dans un haut degré, quand il nous envoie de fortes épreuves qui surpassent nos forces et le secours ordinaire de sa grâce, afin que, par ce moyen, nous soyons dans l'obligation de produire des actes d'une espé-
* In spem, contra spem credidi, et in Verbum tuum supersperavi.
rance héroïque, lui demandant une augmentation de force, et espérant qu'il nous l'accordera, puisqu'elle nous est nécessaire et que ces épreuves nous arrivent par une disposition particulière de sa volonté.
II faut que les choses se passent ainsi, afin que nous procurions a Dieu, par la vertu d'espérance, une grande gloire. Car comme, au sujet de la foi, Dieu n'est pas beaucoup glorifié, quand nous croyons des choses faciles, même qu'il a dites, par exemple qu'il existe un soleil et une lune, attendu que nous les voyons et que nos yeux sont des témoins irréfragables, mais qu'il trouve une plus grande gloire dans la croyance ferme que nous ajoutons aux vérités auxquelles nous ne comprenons rien; de même il ne reçoit pas un grand honneur de nous, quand nous espérons en lui au temps où nous ne manquons de rien, où nous sommes pleins de santé, jouissant de l'estime et exempts de toute contrariété; mais nous l'honorons grandement si nous espérons en lui, alors que nous n'avons pas à beaucoup près ce qu'il nous faut pour notre entretien, que nous sommes en proie à des maladies incurables, que nous sommes sous le poids de la calomnie, et embarrassés de difficultés insurmontables dont nous ne saurions sortir de nous-mêmes et au milieu desquelles tout le monde nous abandonne.
De plus, Dieu nous envoie ces occasions extraordinaires de pratiquer l'espérance, pour nous faire acquérir cette vertu dans un très-haut degré, et nous enrichir de ses trésors, avantages dont, sans cela, nous ne pourrions ||. avoir la possession. Le docte et pieux évêque de Paris' a dit que les Saints dont on raconte tant de miracles soit pour la guérison des malades, soit pour le soulagement
* Guil. Paris, lib. de moribus. Cap. 3.
210 DE l'espérance.
des personnes affligées du corps et de l'esprit, n'ont voulu ni se guérir eux-mêmes, ni se délivrer de leurs maux, ni demander à Dieu ces faveurs, afin d'avoir ainsi un moyen de faire des actes d'une parfaite confiance en lui, et de jouir des biens merveilleux qu'il accorde a ces âmes généreuses qui espèrent en sa bonté au sein de leurs afflictions.