‹ Les trois filles de JobChapitre 24 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MOTIF GÉNÉRA.L POUR NOUS FAIRE EXERCER d'uNE MANIÈRE EXCELLENTE LA FOI, l'eSPÉRANCB ET LA CHARITÉ *. IL CONSISTE A NOUS SOUVENIR QUE NOUS SOMMES ENFANTS DE DIEU.

Après avoir proposé les motifs particuliers qui sont propres à nous porter efficacement à TalFection et à la pratique des trois vertus théologales, je veux, en terminant, en exposer un général, qui, se rapportant à chacune'd'elles, me semble très-puissant et consiste en ce que nous nous souvenions que nous sommes enfants de Dieu.

Une des choses les plus désirables pour notre bonheur et notre salut serait, que nous crussions fermement que Dieu est notre père et que nous sommes ses enfants ; que Dieu est aussi certainement et aussi véritablement notre père, que l'homme dont nous avons reçu l'être et par lequel nous sommes venus au monde, l'est ou l'a été ; que Dieu est bien plus encore notre père et que nous sommes d'une manière bien plus certaine ses enfants, que nous ne le sommes de ce même homme.

Voici pourquoi cette chose est si désirable, c'est parce que cette ferme croyance nous mettrait dans une haute et excellente disposition pour exercer aisément et d'une manière sublime, la foi, l'espérance et la charité, et qu'elle

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nous donnerait la clef pour ouvrir la porte du paradis dont nous pouvons jouir sur la terre. Il en est de nous comme d'un jeune prince : la persuasion indubitable où il se trouve, qu'il est le fils du roi, le rend aussi heureux qu'il le peut être dans tout ce qui a rapport aux choses de cette vie; elle lui suggère aussi des pensées, des affections, des desseins et des sentiments de courage bien différents de ceux qu'il éprouverait, s'il se croyait le fils d'un simple villageois : telle est notre position, et avec d'autant plus d'avantage, que Dieu l'emporte infiniment sur les hommes en bonté, en sagesse, en richesses, en puissance et en affection. « Bienheureux, dit Tertullien, expliquant la première parole de l'oraison dominicale, sont ceux qui connaissent que Dieu est leur père ; cette connaissance leur apporte des trésors inestimables. Dieu fait le reproche du contraire aux Juifs, lorsqu'il leur dit : j'ai engendré des enfants, et ils n'ont pas su que j'étais leur père*.»

C'est pourquoi je juge qu'il est à propos de bien établir cette vérité dans notre esprit, et de la lui faire voir avec tant de clarté, qu'il en soit absolument convaincu et réduit à une impuissance entière d'en douter. Les plus fortes preuves et les titres les plus authentiques pour montrer cette qualité et prouver cette noblesse, doivent être puisés dans les saintes lettres qui, par cela même qu'elles sont les paroles de la vérité par excellence, sont irréprochables et infaillibles.

Je sais que c'est une grande hardiesse a nous, qui ne sommes que des vers de terre, que des vaisseaux d'argile remplis d'ordure, de nous dire les enfants de Dieu, créateur de l'univers, devant la majesté infinie duquel tous les

' Felices qui Deum patrcm agnosciuit : hoc est quod Israéli exprobratur, filios genui^ et illi me non cognoverunt. Lab. de orat. cap. 2. Isai. 4.2.

anges ne sont que des atonies. Aussi, saint Pierre, surnommé la parole d*or, traitant cette matière, s'exprime ainïi : «Il n'est rien dont le ciel s étonne tanl, dont la terre s'effraie si fort, ni qui cause de si grandes épouvantes à toutes les créatures, que de voir que le serviteur peut dire à son seigneur et le criminel à son juge : vous êtes mon père. Il est vrai, nous nous avançons jusque-là; mais nous prenons cette liberté et celte hardiesse qui ne nous rend pas présomptueux ni insolents, puisque nous ne le faisons que par l'autorité de celui qui a le pouvoir de nous le commander et qui veut que nous le prenions pour notre père et que nous l'appelions de ce doux nom*.» Or, venons à ces preuves et a ces pièces justificatives de notre droit.

Moïse, adressant au peuple d'Israël le* reproche d'ingratitude et de méchanceté envers Dieu, lui dit: «Ne sais-tu pas qu'il est ton père qui t'a fait et qui t'a créé^ ?» Et Malachie : « N'avons-nous pas tous un même père? et Dieu ne nous a-t-il pas formés^? » Isaïa s'écrie par deux fois : « Seigneur, c'est vous qui êtes notre père^. »

« Mes très-chers frères, dit le disciple bien-aimé, nous avons maintenant l'honneur d'être les enfants de Dieu^. » Et immédiatement avant, il avait dit : « Voyez quel

* Nihil tam stvipetcœlum, pavet terra, expavescit universa creatura : servus Dominum patrem vocare audet, judicem suum reiis nuncupat genitorem : sic audemus quia praesumptio dicentis non est, ubi auctoritas est jubentis : ipse enim me dicere sic voluit, Petr. Chrysol. serm. 70.

'2 Numquid non ipse est Pater tuus. qui fecit te et creavitte? Deut. 32. 6.

^ Numquid non Pater meus omnium nostrum? Numquid non Deus meus creavit nos ? Cap. 2. i 0.

-* Tu Dominus Pater noster es tu. Cap. 63. 16 et 64. 8.

^ Gharissimi, nuno filii Dei sumus. 1 . Joan. 3. 2.

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amour Dieu a pour nous, que non-seulement nous portions le titre très-honorable de ses enfants, mais encore que nous le soyons en effet*. » Et le même apôtre dit ailleurs : « Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croiront en son Fils^. » Saint Paul revient souvent sur cette vérité ; c'est aussi par là qu'il commence ordinairement ses épîtres, et le salut qu'il souhaite à ceux à qui il les envoie, est celui-ci : « Je désire, de tout mon cœur, que la grâce et la paix de Dieu, notre père, et de notre Seigneur Jésus-Christ vous soient abondamment communiquées^. »

Mais ce qu'il y a d'excellent et ce qui est l'appui le plus puissant pour notre droit, c'est que les deux personnes qui y ont intérêt, sont celles qui nous en donnent la plus forte assurance, Dieu le Père et son Fils Jésus- Christ : le Père, parce qu'if doit nous traiter avec une affection et une providence de père, et nous faire entrer en possession de ses biens, s'il nous prend pour ses enfants ; le Fils, parce qu'il doit nous reconnaître pour ses frères et ses cohéritiers.

Le Père dit au peuple juif, par la bouche de Jérémie : « Tu m'appelleras ton père'*. » Il dit encore : « Je suis devenu le Père d'Israël, et Ephraïm est mon fils aîné^. » Par Malachie, se plaignant d'eux, il dit : « Le tils honore son père; si donc je suis votre père, où est l'honneur

^ Videte qualem charitatem dédit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus. 1 . Joan. 3. 1 .

'^ Dédit eis poteslatem filios Dei fieri, his qui credunt in nomino ejus. Joan. 1.12.

s Gratia vobis et pax à Deo Pâtre nostro et Domino Jet^u Cliristo.

* Patrem vocabis me. Cap. 30. 19.

S Factus sum Israeli Pater^ et Ephraïm primogenitus meus est. Cap. 31.9.

que vous me rendez*? » Voilà les témoignages du père ; voici ceux du Fils.

Au chapitre cmquième de saint Matthieu, il appelle par trois fois Dieu notre Père. « Faites, dit-il, à la première, reluire et éclater la lumière de vos bonnes œuvres, afin que les hommes, la voyant, eti glorifient votre Père, qui est aux cieux^ ; » A la seconde : « Priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, afin de vousrendre vrais et légitimes enfants de votre Père céfeste, par l'imitation de sa bonté et de sa mansuétude^. » Et à la troisième : « Soyez donc parfaits dans le pardon des injures, comme votre Père céleste est parfait*. »

Au seul chapitre sixième, il dit, par onze fois, que Dieu est notre Père. Nous en faisons l'énumération qui nous semble devoir être utile et agréable. « Prenez garde, dit-il, de ne pas faire vos actions vertueuses devant les hommes pour qu'il vous en revienne un peu de réputation et de gloire; autrement, votre peine est perdue; vous n'en serez pas récompensés devant votre Père qui est aux cieux'''. » Quand vous priez, priez votre Père en secret, et votre Père, qui pénètre dans les ténèbres, vous le rendra. Votre Père connaît tous vos besoins avant que vous les lui demandiez, et la prière que vous lui ferez, sera conçue en ces termes ; notre Père, qui êtes aux cieux. Si vous pardonnez aux hommes les injures qu'ils vous font, votre Père céleste vous pardonnera celles qu'il reçoit de vous ; sinon votre Père céleste vous traitera de

* Filius honorât patrem ; si ergo Pater ego suni, ubi est hoHor mous? Cap. 1.6. '-^ Glorificent Patrem vestrum, qui in cœlis est. Matth. 5. i6. ^ Ut filii sitis Patris vestri qui in cœlis est. 5. 45.

* Estote ergo perfecti, sicut et Pater véster perfectus est. 5. 48. ''» Alioquin mercedem non babebitis ap.ucl Patrem vestrum qui' in

cœlis est. G. 1 .

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