LA FOI, LKSPÉRANCE ET LA CHARITÉ
même. Quand vous jeûnez, cachez vos jeûnes aux hommes autant que vous le pourrez, usant même, s'il est nécess&ire, de ces moyens artificiels que vous employez pour embellir votre figure les jours de fôte, afin de couvrir, sous un bon visage, l'austérité de votre jeûne ; c'est assez que votre Père, qui découvre les choses les plus secrètes, le voie ; et votre Père, à qui les choses de cette nature ne sont point cachées, vous en accordera la récompense. Considérez les oiseaux du ciel, comme ils ne se mettent pas en peincj ni .de semer, ni de moissonner, et cependant votre Père céleste les nourrit; or, nêtes-vous pas autant, et sans contredit. plus considérables qu'eux, en sa présence? Pourquoi donc, hommes de peu de foi et de faible espérance, avez-vous peur que les choses vous manquent? Soyez sans crainte, car votre Père connaît vos besoins. »
Au chapitre septième, il nous dit : « Si vous, méchants comme vous êtes, avez assez de bonté pour faire du bien à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père, qui est aux ciéux et qui est infiniment bon, en fera-t-il à ceux qui l'en prieront?
Au dixième, il déclare la même chose par deux fois; en saint Luc, au chapitre sixième, une fois; au onzième, trois, et au douzième, deux. Je passe sous silence les autres preuves, pensant en avoir donné assez et plus qu'il n'en faut, pour lever tous les doutes qu'on pourrait soulever sur cette vérité.
Par conséquent. Dieu est véritablement et proprement notre Père, et nous sommes ses vrais enfants ; car, si cela n'était pas, pourquoi lui, qui est la vérjté même, le diraitil, et si souvent? Pourquoi nous le déclarerait-il en tant d'endroits de ses saintes Ecritures? Nous devons donc nous persuader, avec toute l'assurance possible, que Dieu
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est notre Père, et avec autant de certitude qu'Abraham l'a été d'Isaac, David de Salomon. et que l'homme particuher qui nous a engendrés, est le nôtre.
Et en outre que Dieu est encore beaucoup plus notre Père, qu'aucun homme ne saurait Têlre d'un autre; c'est pourquoi notre Seigneur disait : « N'appelez aucun homme votre père, parce qu'il ne mérite pas ce titre, en comparaison de Dieu qui, seul, l'est par excellence* ; d'autant que c'est lui qui, principalement et originairement vous donne la vie, qui vous la conserve, qui vous fournit ce qui est nécessaire a votre corps et à votre ame, et qui vous prépare un héritage de biens éternels ; d'autant qu'il vous a donné le corps, conjointement avec 1 homme, qu'il l'a formé et l'a organisé sans l'homme, que lui seul a créé votre ame et qu'il a pour vous une multitude de soins et d'affections, comme aussi de perfections, bien différentes de celles que vous pouvez attendre d'un homme. Une autre raison encore, c'est que les choses surnaturelles et divines sont toujours plus véritables que les naturelles et les humaines, attendu qu'elles approchent de plus près, et ensuite, participent plus abondamment de Dieu, qui est l'être et la vérité en essence, semblables au rayon qui répand d'autant plus de lumière, qu'il est plus voisin du soleil. Et ne pourrais-je pas dire, en définitive, que si je sais que cet homme est mon père, je ne le sais que par foi humaine et par une certitude seulement morale, tandis que nous sommes assurés de foi divine, et par le témoignage infaillible de la vérité même, que Dieu est notre Père.
J'ajoute que Dieu n'est pas seulement notre Père ; il est encore notre mère. C'est pour cela que les saintes
1 Patrem nolite vocare vobis super terram ; unus enim Pater ■vester qui in cœlis est. Matth. 23. 9.
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Ecritures iui donnent dos mamelles : « Elles sont, lui dit l'Epouse, plus douces, plus savoureuses et plus nourrissantes que le vin'. » Et Dieu lui-même dit de la synagogue, par l'organe d'Osée; « Je la nourrirai de mon lait^.» Et par Isaïe, il parle ainsi aux chrétiens : « Je vous porterai suspendus à mon cou et attachés à mes mamelles ; je vous mettrai sur mes genoux, où je vous baiserai et vous caresserai comme une mère caresse son petit enfant'. » C'est pour ce motif que les anciens, selon la remarque de Clément d'Alexandrie, appelaient Dieu, père, mère, tout ensemble*. Et Synésius lui chante, dans une de ses hymnes : «vous êtes père, vous êtes mère. » Qu'il reste donc bien arrêté et résolu que, véritablement. Dieu est notre Père, et nous, ses enfants.