‹ Les trois filles de JobChapitre 27 sur 38 · LA QUALITÉ DE FILS FAIT PRATIQUER EXCELLEMMENT LA FOI PURE · texte numérisé non relu

LA QUALITÉ DE FILS FAIT PRATIQUER EXCELLEMMENT LA FOI PURE

Parmi les diverses impressions que la qualité de fils fait sur l'esprit de l'homme, il en existe une en particulier dont l'effet est de le disposer et de l'incliner, quand il est encore jeune et que l'âge ne lui a pas donné une connaissance suffisante des choses, à croire parfaitement son père, de telle manière que, quoi qu'il lui dise, pour étrange, bizarre et incroyable qu'il soit, il y ajoute une foi trèsferme, accompagnée d'une docilité entière, sans aller plus avant, et sans rechercher si la chose est vraie ou fausse. Les causes de cette grande sourriission doivent provenir et du côté du fils et du côté du père.

Du côté du fils, parce que premièrement la nature l'oblige à respecter les opinions et à honorer les sentiments de son père ; il doit avoir de la déférence pour ses paroles, croire ce qu'il lui ditet faire ses volontés. Secondement, il ne saurait SO: persuader que, étant pour lui ce qu'il est, il voulût le tromper.

Du côté du père, parce qu'il est dans l'obligation, en vertu de sa qualité de père, d'enseigner et d'instruire son fils, comme il faut ; car s'il est tenu de pourvoir k la nourriture de son corps, en lui donnant des viandes saines, il doit de même penser à l'entretien de son ame, en lui fournissant de bonnes instructions, et en lui faisant connaître les choses dans leur véritable sens. Et il n'est per-

sonne que son père doive moins tromper ni moins abuser que lui, parce qu'il est plus obligé de procurer son bien que celui de tout autre qui ne le touche pas d'aussi près.

Si cela est vrai parmi les hommes, ce qui ne fait le moindre doute pour personne, a combien plus forte raison devrons-nous l'admettre dans nos rapports avec Dieu? En effet, nous sommes en premier Heu ses enfants, et par conséquent, nous avons une obligation rigoureuse de lui obéir et de nous soumettre à ce qu'il nous dit; et comme nous sommes, sans contredit, beaucoup plus ses enfants que nous ne saurions l'être d'un homme, nous devons aussi avoir plus de déférence et plus de respect pour ses paroles, que nous n'en aurions pour celles de nos pères. Secondement, quelque âge, quelque esprit, quelque jugement, quelque savoir, quelque grande connaissance des choses que nous ayons, nous devons toujours^être bien persuadés que nous sommes auprès de Dieu des enfants et de bien petits enfants qui n'avons ni esprit, ni jugement, ni savoir, en un mot, de vrais ignorants. Troisièmement, Dieu est obligé, s'il est permis de parler ainsi, de nous apprendre la nature des choses, parce qu'il est notre Père, et plus que tous les hommes ; et comme il est la Vérité essentielle, il ne peut, en aucune façon, nous induire en erreur; et lors même qu'il le pourrait, il ne le voudrait jamais, étant la bonté même, car les séductions et les tfomperies qui viendraient de lui, nous seraient d'autant plus nuisibles, que personne ne saurait ni nous en tirer, ni nous éclairer, ainsi qu'un homme pourrait le faire à l'égard de celui que son père aurait mal instruit, et qu elles regardent une affaire d'une conséquence infinie, qui est notre salut éternel. En cette circonstance, la conduite de Dieu ne différerait en rien de celle d'un père qui

LA FOI, l'espérance ET LA CHARITÉ. 257

au lieu de mettre son fils ddns le bon chemin pour le faire arriver k un séjour de plaisir et de bonheur, lui ferait prendre celui qui le mènerait à un coupe-george, où il serait inévitablement assassiné.

Ainsi donc nous devons croire toutes les choses que Dieu, notre Père, nous a révélées par lui-même ou par d'autres, quelque supérieures qu elles soient à notre intelligence ; par exemple, qu'il est notre Père, et que nous sommes ses enfants; et puis les mystères d'un Dieu en trois personnes, de l'Incarnation, de l'Eucharistie, de la Résurrection des morts, de notre Béatitude éternelle, de la Providence divine, croyant que tout ce qui nous arrive de bien et de mal, toutes les peines d'esprit, toutes les douleurs du corps, toutes les pertes et les contrariétés, nous viennent par ses ordres, et qu'il nous les envoie en qualité de Père, avec une affection paternelle qui a en vue notre bien ; ne doutant pas qu*il ne nous accorde les secours nécessaires, et n'ait soin de nous pendant notre vie et au moment de notre mort ; il en est de même des autres vérités de ce genre.

Nous devons aussi les croire très-fermement et les yeux fermés, parce que celui qui les a dites, c'est Dieu, notre Père, et notre Père infiniment sage et souverainement bon, qui ne pourrait ni ne voudrait nous tromper. Nous devons, en outre, éprouver une grande satisfaction, en voyant que ces mystères sont au-dessus de notre capacité, puisque c'est pour nous un moyen de lui rendre d'autant plus d'honneur et de soumission, que nous pouvons moins les comprendre.

Faisons donc fréquemment et tous les jours des actes d'une foi pure, nous tenant devant Dieu comme des petits enfants, et croyant avec un esprit vraiment filial, toutes les vérités qu'il nous révèle ; disons-lui dans cet

esprit : « Je crois en Dieu le Père*, » qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ et le mien : vous êtes mon Père, et je suis votre fils ; et de même que vous me dites vos paroles et m'apprenez vos vérités comme mon Père, je les crois aussi comme votre fils.

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