‹ Les trois filles de JobChapitre 31 sur 38 · LA FOI, LPSPÉRANCE ET LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

LA FOI, LPSPÉRANCE ET LA CHARITÉ

Ainsi les Païens, cest-à-dire, les aveugles voient que nous avons très-peu de lumière pour nous conduire, et pour connaître notre bien et le discerner d'avec notre mal. D'où il faut conclure que nous devons nous en rapporter, à ce que Dieu en juge, et à ce qu'il nous envoie, bien,cônvaincus que s'il nous refuse quelque chose, quand nous la lui demandons, ce n'est pas qu'il n'ait assez d'amour et de bonté pour nous l'accorder, si c'est notre avantage, mais bien parce que la concession qui nous en serait faite, tournerait à notre ruine.

Ainsi saint Pierre étant interrogé par Tite, l'un de ses disciples, pourquoi, guérissant tant de malades, il ne rendait pas la santé à sainte Pétronille qui lui était si chère, et ne la délivrait pas de sa paralysie, répondit qu'il agissait ainsi parce que c'était expédient pour son bien. Et, afin, dit-il, que vous ne pensiez pas que c'est par défaut de pouvoir, je veux qu'à l'instani même elle soit guérie et qu'elle nous serve à table ; et en effet, à peine saint Pierre eut-il prononcé ces paroles, que sainte Pétronille se trouvant aussitôt dégagée de son infirmité, se leva et se mrt à les servir, Mais après le repas, saint Pierre lui commanda de retourner à son lit, où le mal la reprit et ne discontinua plus jusqu'à sa mort*.

En troisième lieu, je dis que, si Dieu est notre Père, et

Nil érgo optabunt homines ? si consilium vis, Permittes ipsis expendere nurxiinibus, quid Conveniat nobis, rebusque sit utile nostris : Nam pro jucundis oplissima quseque dabunt Di. ' Carior est illis homo, quam sibi ; nos anitnorum Seu piilsu et cseca magnaque cupidine ducti. Contagium petimus partumque uxoris ; at illis Notum qui pueri, qualisque futura sit uxor.

JUVÉNAL, Satyr. 10.

* In actis SS. Neri, Achillei et Domitillae, apud Surium. 12 maii.

s'il nous aime, comme la chose est indubitable, il doit nous châtier quand nous avons mal fait, afin de nous délivrer de ce mal qui nous est nuisible, d'en arrêter le cours et d'aller au devant de la mauvaise habitude que nous contracterions: c'est aussi afin de mettre un frein k notre concupiscence déréglée, de retenir les mouvements de notre nature corrompue, et de nous rendre sages; car, ainsi que le dit Salomon, « la verge et les châtiments ouvrent la porte à la sagesse; mais l'enfant qui est abandonné à sa volonté couvrira sa mère de confusion, » ou, selon la version Syriaque, a l'enfant à qui on laisse tout faire, sera la honte de son père et de sa mère*. »

Je dis de plus que Dieu, étant notre vrai Père et nous aimant autant qu'il nous aime, doit nous châtier à bon escient, et user rudement de la verge, je veux dire, qu'il doit nous punir selon nos démérites, et tirer de nous une satisfaction entière pour tous les péchés que nous avons commis : la raison est celle-ci : en tenant avec nous cette conduite, il nous épargne les peines du purgatoire, qui sont sans comparaison plus grandes que celles de cette vie : et ainsi cette rigueur sera pour nous et de sa part une rigueur de miséricorde et d'amour.

Si un père, alors qu'on doit couper le bras a son fils, pouvait le préserver de cette amputation, soit en pratiquant une saignée, soit, si vous le voulez, en lui appliquant un coup de fouet, ne devrait-il pas se résoudre à une douleur légère et à un petit mal, pour délivrer son fils de la douleur violente qui proviendra de celte opération, et lui éviter avec une si grande difformité, les désagréments et les embarras qui seront le résultat inévitable de la perle d'un membre si nécessaire? Mais s'il

* Virga atque correptio tribuit sapientiam : puer autemqui dimittitur voluntati suse, confundit matrem suara. Prov. 29. 15.

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n'agit }3as ainsi, se conduira-t-il en père? Aimera-t-il son fils? Aura-t-il ses intérêts h cœur? Ainsi Dieu, pour nous exempter des maux et très-grands et très-longs que nous endurerions nécessairement en purgatoire, doit sans doute, s'il est notre Père et s'il nous aime, nous châtier en la vie présente pour les fautes que nous avons commises, et ne rien laisser en nous qui nous expose à être punis en la future.

Et il est bon de remarquer ici une chose : c'est que ces supplices de la vie future, outre qu'ils sont douloureux et insupportables au delà de tout ce qu'on pourrait penser ou dire, sont encore inutiles, et ne nous servent de rien pour acquérir de nouveaux mérites; car ils sont tout simplement des satisfactions, des paiements faits à la justice divine. Il n'en est pas de même des souffrances de cette vie, de la perte des biens, des opprobres,. des maladies, des persécutions et de toutes les autres afflictions qui nous arrivent; elles sont toujours de beaucoup moindres que les souffrances du purgatoire, et nous acquittent devant Dieu bien plus vite et bien plus facilement, puisqu'une heure de fièvre soufferte avec patience et résignation, un mot injurieux supporté en vue de Dieu effaceront plus d'articles de nos dettes que plusieurs jours du feu du purgatoire; et de plus elles nous acquièrent des trésors de richesses célestes et des accroissements des biens de la grâce en ce monde et de ceux de la gloire en l'autre, suivant cette parole solennelle de saint Paul : « Les tribulations présentes, qui sont légères et ne durent qu'un moment, produisent le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire*. »

Si donc Dieu, en ne nous corrigeant pas maintenant

* Momentaneum et levé tribulationis nostrae, supra modum aster" num gloriae pondus operatur in nobis. â. Cor. '4. 17.

282 MOTIF POCR nous FAlliE EXERCKR

de nos péchés et ne nous en faisant pas porter les justes châtiments, nous mettait dans la nécessité de souffrir tous ces maux horribles et d'être privés de t.ous ces biens immenses, serait-il notre Père ? Nous affectionnerait-il? Aurait-il notre avantage à cœur? Ou plutôt n'agirait-il pas à notre égard en ennemi, puisqu'il ne procéderait pas autrement que.le .ferait un ennemi réel?

. C'est pourquoi, il faut nécessairement, s'il est notre Père et s'il a de l'amour pour nous, qu'il nous punisse pour nos péchés et nous gouverne de telle sorte, que nous n'ayonsv rien à payer en l'autre vie, et qu'il nous donne, comme le disait le saint homme Job, « ce grand sujet de consolation qu'il ne nous . épargne pas ici et ne nous pardonne rien de ce dont sa justice retirerait des châtiments après notre mort*. » Ajoutons a cela que, par ce moyen, nous le . verrons plus tôt et jouirons plus promptement de notre béatitude, avantage qu'un père doit sans doute désirer pour, lui-même et pour ses enfants.

• Gomme conclusion de tout ce que nous venons de dire sur cette question, je veux rappeler un passage excellent de saint Paul, passage qui, seul, pourrait, ànotre avis, et devrait nous suffire : W se trouve dans l'épître qu'il adresse aux Hébreux au moment d'une grande affliction qui les accablait; tout ce qu'il leur dit nous est parfaitement applicable I « Éh quoi? Avez- vous déjà oublié la puissante consolation que Dieu vous donne dans ces paroles du sage, qui vous dit de sa. parî; comme à ses enfants : Mon fils, ne négligez pas les châtiments que Dieu vous fait souffrir, et ne vous laissez pas abattre lorsqu'il vous reprend, parce que sa coutume est de châtier celui qu'il aime et de frapper de verges tous ceux

■ ^ Et haéc sit mihi consolatio, ut aflligens me dolore non parcat. Cap. 6. <0.

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qu'il reconnaît pour ses enfants*; c'est pourquoi, tenez ferme dans cette conduite, et supportez avec patience et courage les afTlictions qu'i^ vous envoie, car il se comporte envers vous comme un bon père le fait envers ses fils bien-aimés^. » Le même Apôtre continue : « Jetez les yeux sur ce procédé dont Dieu use à l'égard des hommes, et dites-moi s'il n'est pas vrai qu'il ne se trouve pas de bon père qui ne corrige et ne châtie ses enfants? Par conséquent, si Dieu n'use point de correction envers vous, et ne vous fait sentir les coups de ses verges, auxquels tous vos ancêtres, qui ont été ses enfants légitimes, se. sont soumis, vous devez en conclure que vous êtes des bâtards. Nos pères charnels nous instruisaient pendant notre enfance, et notre jeunesse, et si nous venions à manquer, ils employaient, pour nous corriger des châtiments que nous recevions avec patience et respect, jugeant par là qu'ils étaient vraiment nos pères, et qu'ils nous aimaient. Mais à combien plus forte raison devons-nous supporter, d'une manière soumise et respectueuse, les châtiments de celui qui est le père de notre esprit aussi bien que de notre corps, puisque c'est en cela que consiste notre vie? Les avertissements et les corrections que les pr*emiers nous ont donnés étaient pour le peu de temps que nous avons à demeurer en ce monde, et ne regardaient que des intérêts humains, tels que composer notre extérieur selon les lois de la bienséance, former nos mœurs sur celles de la civilité, et nous apprendre les usages du monde: mais ils partaient souvent plutôt de

* Et ohliti estis consolationis quae vobis tanquam filiis loquitur dicens : Fili mi, noii negligere disciplinam Doniini, neque fatigeris dum ab eo aigiieris ; queni enim diligit Dominus casiigat, flageUat autem omnem filium quem recipit. In disciplina perseverate; tanquam filiis vobis offert se Deus. Hebr. 12. 5. ^ Prov. 3. 11.

284 MOTIF POUR NOUâ FAIRE EXERCER

leur caprice et d'une passion de colère que d'un esprit modéré et d'une raison bien saine; tandis que Dieu, quand nous avons péché, nous enseigne et nous punit avec toute la sagesse possible, concernant la sainteté et la vie éternelle, auxquelles, par ce moyen, il nous dispose. Il est vrai que, si vous ne jetez les yeux que sur le présent, et ne consultez que les sentiments de la nature, les afflictions ne renferment que du fiel et non du miel; tout y est fâcheux et rien n'y est agréable; mais plus tard, elles se changent en douceur, et font cueillir à l'ame, qui les a endurées avec patience, les fruits très-savoureux d'une profonde paix et d'une sainte joie^ »

« Par conséquent, conclut l'Apôtre, persuadés de ces fortes raisons, élevez votre courage et afifermissez-vous sur vos démarches; tâchez d'aller droit dans le chemin des tribulations, et prenez garde de ne pas y faire un faux pas, afin qu'elles vous soient utiles et non désavantageuses, et qu'elles vous servent non pas à vous perdre, mais à vous sauver-. »

' Quis enim filius quem non corripît pater? quod si extra disciplinamestis, cujus participes facti sunt omnes, ergo adulieri et non filii estis. Deinde patres quidam carnis nostrœ eruditoreshahuimus et reverebamur eos ; niulto magis obtemperabimus patri spiriluum, et vivemus. Et illi quidem in tempore paucoruni dierum secundum voluntatem suam erudiebant nos^ hic autem ad id quod utile est in recipiendo sanctificatioiiem ejus. Omnis autem disciplina in praesenti quidem videtur non essegaudii sed raœroris, postea autem fructum pacatissimum exercitatis per eam reddet justitiae. id. v. 8.

2 Propter quod remissas manus et soluta geniia erigite, et gressus rectos facile pedibus vesfris, ut non claudicans quis erret, magis autem sanetur. id. v. 12.

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