LA FOI, L ESPÉRANCE ET LA CHAKITÉ
héritage et mon calice*. » Métaphore tirée d'une coutume ancienne dés festins, où relui qui en]était le maître, donnait à chacun des convives, et pour la quantité, et pour la qualité, le vin quil devait boire, ou bien selon l'explication que d'autres en donnent, de ce qu'il faisait passer à la ronde un vase dans lequel tous les invités buvaient : ce qui s'observait bien plus particulièrement , quand les pères traitaient et régalaient tous leurs enfants^.
On sait qu'une coupe pleine de vin présentée à quelqu'un a toujours été regardée comme un symbole d'amitié, et on a cru que les princes et les rois faisaient une grande faveur et témoignaient une afTection très-particulière à ceux auxquels ils transmettaient la coupe, après y avoir bu les premiers^. C'est ce que l'histoire rapporte de l'empereur Léon qui se conduisit ainsi à l'égard d'un eunuque nommé Constantin"*, et du roi Chosroès, envers un certain Uranicus qu'il aimait passionnément^. En agissant de la sorte, ils semblaient vouloir faire l'épreuve de ce qu'ils leur donnaient à boire, et se rendaient en quelque sorte leurs échansons, leur certifiant qu'il n'y avait pas de poison, et qu'ils voulaient subir tout le danger qui pouvait s'y trouver.
C'est donc en ce sens que le calice signifie et la passion de notre Seigneur, et l'héritage, pour nous apprendre que ces deux choses se lient et sont si étroitement unies, que nous ne pouvons posséder la seconde sans prendre part a la première; ainsi doit être interprété le passage du Psaume déjà cité, où David parle à la vérité de luimême dans le sens littéral, quand il dit à Dieu qu'il est
* Dominas pars haereditatis meae el calicis mei. Psal. ib. 5. "^ A Lapid. in cap. 20 cit. Matth.
^ Pinto, in Christo crucifixo. Lib. 3. tit. 4 loco. 9.
* Cedrenus in Leone. -^ Agalhias. lib. 2.
292 MOTIF POUR NOUS FAIRi: EXERCER
son héritage et son calice^ ; mais où, selon le sens mystérieux, le Fils de Dieu, comme héritier universel de tous les biens de son Père, et comme chef des élus, parlant, ainsi que saint Jérôme l'a fait observer, de sa passion et de sa mort, et joignant au calice l'héritage, dit à son Père : « C'est vous-même qui me rendrez cet héritage, qui m'est propre^ ; » ou suivant l'hébreu : « Vous tenez en main le calice que je dois boire, et dans ce calice ma succession, mon patrimoine "et mon héritage, et celui de tous mes frères et mes cohéritiers^. »
« Dieu, dit le même prophète dans un autre Psaume, porte en main une tasse pleine de vin pur de diverses espèces, dont il a versé dans d'autres tasses^, » voulant nous dire, que Dieu le Père verse du calice de son Fils, plein de toutes sortes d'afflictions, dans les calices de ses élus, selon qu'il le juge convenable, afin que, par la participation de l'amertume de ce calice, il les rende participants de son héritage et de sa gloire. C'est pour ce motif que notre Seigneur lui dit au jardin des Olives : « Faites, je vous prie, que ce calice passe loin de moi^. » Sur quoi saint Hilaire fait cette belle remarque : a Le Sauveur ne dit pas : qu'il me passe, mais qu'il passe de moi ; parce qu'il ne prie pas pour ne point boire ce calice, mais pour que de lui il passe à un autre, c'est-à-dire à ses frères les élus, afin que, comme je le bois, ils le boivent, et méritent par ce moyen la gloire d'être mes cohéritiers^. »
'Psal. 15. 5.
"■^ Tu es qui restitues haereditatem meam mihi. Psal, IS. 5.
^ Tu es qui suslines haereditatem meam.
^ Calix in manu Domini vini meri plenus mixto, et inclinavit ex hoc in hoc. Psal. 74. 9. ^ Transeat à me calix iste. Matth. 26. 39.
^ Non transeat me, sed à me : non ut praetereatur orat, sed ut in alterum id quod a se transit, excédât : ut quomodo a me bibitUr, ita ab iis bibatur et cohsereditatis meœ gloriam mereantur.