‹ Les trois filles de JobChapitre 35 sur 38 · LA FOI, L ESPÉRANCE ET LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

LA FOI, L ESPÉRANCE ET LA CHARITÉ

C'est aussi pour ce motif que pendant la dernière cène, et au moment ou il institua FEucharistie , véritable représentation et application du sacrifice de sa passion et de sa mort, après qu'il eut consacré le calice et en eut bu, il dit à ses apôtres, figures de ses élus : a Acceptez ce calice et buvez-en tous*. » Ets'ouvrant a eux sur le secret de cette action, il ajouta ces mots : « C'est vous qui avez persévéré avec moi dans toutes mes tribulations et mes souffrances; et il le faut ainsi, parce que je prétends vous faire entrer dans le royaume éternel par la même porte par laquelle mon Père veut que j'y entre^, » à savoir, par la croix.

Pour cette même raison il ne voulut pas boire fout le vin mêlé de fiel qu'on lui présenta un peu avant que d'être cloué à la croix; mais « après en avoir goûté, il ne voulut plus boire' ; » il en laissa pour ses élus, avant lesquels il en voulut boire, pour leur rendre cette boisson salutaire, précieuse et divine, pour leur adoucir son amertume, leur prouver qu'elle était sans poison, et leur donner ensuite, en la leur présentant, une marque de son affection et de son amour.

Joseph, nous disent les livres sacrés, fit cacher dans le sac de son frère Benjamin, sa propre coupe, celle dans laquelle il avait coutume de boire, et dont il se servait pour deviner les choses futures. Ainsi notre Seigneur met son calice dans le sac, ce qui signifie dans les corps, dans les âmes, dans les honneurs et dans les biens de ses élus, qui sont ses frères etles vrais Benjamins, c'est-à-dire, les enfants de la main droite , destinés a trouver place à sa droite au jour du jugement et à être déclarés de sa pro-

* Accipite et dividite inter vos. Luc. 22. il.

2 Vos estis qui permansistis mecum in tentationibus meis, et ego dispono vobis, sicut disposait mihi Pater meus regnum. Luc. 22. 28.89. ■ 5 Cumgustasset, noluitbibere. Matth. 27. 34.

pre et vénérable bouche ses cohéritiers au royaume éternel, mais qui auparavant doivent être les /Renoms enfants de douleurs : ce calice est celui dans lequel il a bu toute sa vie. par lequel il prévoit toutes les choses futures, et connaît ceux qui seront prédestinés ou réprouvés , qui seront les vrais enfants de Dieu et ses cohéritiers, ou les enfants illégitimes exclus de l'héritage ; je veux dire les afflictions et les souffrances.

Le disciple bien-aimé a compris tout ce mystère en deux mots, quand il a dit dans son Apocalypse : « Participant dans la tribulalion de Jésus-Christ et dans son royaume^ ; » dans ses ignominies et dans sa gloire, dans ses pauvretés et dans ses richesses, dans ses douleurs et dans ses plaisirs, dans ses tristesses et dans ses joies. A quoi Rupert ajoute : «Car l'arrêt donné là-haut au conseil du roi du ciel le porte ainsi, et c'est comme la loi fondamentale et salique du royaume de Dieu.^ » «Si, dit a ce propos saint Paul, nous sommes les enfants de Dieu, nous .sommes assurément ses héritiers, et les cohéritiers de son Fils Jésus-Christ; pourvu toutefois que nous souffrions avec lui^, » car différemment il n'y a pour nous ni d'héritage ni de filiation.

CONCLliSlON DE LA QLiESriON.

Ainsi donc , quand Dieu nous envoie quelque affliction , recevons-la avec respect, et supportons-la avec

* Particeps in tribulalioneetregno. Cap. 1.9.- '■^ là enim apud cœlestem regem jus légale est. ' Si filii, et haeredes, hteredes quidam Dei, cohaeredes autem Christi ; si tamen compatimur. Rom. 8.17.

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patience, même avec joie, la regardant comme une assurance que Dieu est notre Père et qu'il nous reconnaît pour SCS enfants, que c'est un trait de ressemblance avec son Fils et un gage de notre prédestination ; car étaat une dépendance et une représentation de la sienne, qui a été fondée sur les tribulations et sur la croix, elle doit nécessairement avoir du rapport avec elle.

La bienheureuse Marguerite de Savoie, étant devenue veuve, renonça à son titre de marquise de Montferrat pour se faire religieuse de Saint7Dominique. Comme elle se sentait poussée par un très-grand désir d'être du nombrp des élus, et qu'elle priait Dieu jour et nuit pour parvenir à ce but, notre Seigneur lui apparut avec une grande multitude d'aiiges, portant en sa main trois lances, dont l'une s'appelait calomnie, l'autre maladie, et la troisième persécution ; et il lui dit : choisis, ma fille (ce nom de fille est a rémarquer à cause du rapport qu'il a avec notre sujet), une de ces trois lances, et tu seras inscrite sur le livre de vie. et mise au nombre des élus. Comme elle était incertaine sur le choix qu'elle ferait, quelques-ufts de ces anges lui conseillèrent de n'en choisir aucune en particulier, mais d'en laisser le choix à notre Seigneur : elle suivit ce conseil, et dit au Sauveur qu'elle ne voulait se déterminer pour aucune, mais qu'elle prendrait celle qu'il plairait k Sa Majesté de lui donner. Aussitôt notre Seigneur disparut avec sa troupe ; et comme il avait destiné cette grande ame à une haute sainteté, peu de jours après cette apparition, il la frappa de toutes trois*. ■ Ce mendiant fameux, que Dieu doniia pour maître spirituel et pour directeur à Thaulère, dit a ce disciple entre autres choses : ma façon de vivre avec Dieu est

* Tom. 2, des Vies des BB. de l'Ordre de Saint-Dominique. Liv. 2. c. 2.

comme celle d'un enfant avec son père; je considère que Dieu est un père parfaitement bon, qui aime extrêmement ses enfants; qu'il est, en outre, tout sage et tout puissant pour savoir et pouvoir leur donner ce qu'il juge leur être avantageux; et ainsi, tout ce qui m'arrive, soit triste, soit joyeux, abject ou honorable, je le reçois comme venant de la main de mon père, avec la conviction que c'est ce qu'il y a de meilleur pour moi.

La relation de la nouvelle France de l'an mil six cent quarante-deux raconte que la femme d'un des capitaines sauvages de la résidence de Saint-Joseph étant tombée malade, un de nos Pères l'alla voir accompagné du médecin qui, après lui avoir tâté le poulx, l'engagea à prendre courage et à ne pas s'attrister, lui certifiant que sa maladie n'était pas mortelle. Sur cela, cette femme tourne ses regards vers le Père, comme tout étonnée, et lui dit : cet homme sait-il bien que je suis baptisée? Oui, répond le ,Père. Et pourquoi donc, répliqua-t-elle, me dit-il que je prenne courage et que je ne m'afflige point, parce que je ne mourrai pas de cette maladie ? Dieu n'est-il pas mon Père? N'est-ce pas lui qui décide de ma vie? Ne sait-il pas ce qui m'est bon? Pourquoi donc m'atlristerais-je de ce que fera mon Père ? Qu'il fasse à mon égard selon son bon plaisir; il est le maître, je suis chrétienne, je ne m'attristerai point. Voilà une sauvage convertie depuis peu de temps, qui fait la leçon k plusieurs anciens chrétiens de l'Europe*.

C'est pourquoi, en toutes vos afflictions levez les yeux au ciel, et dites à Dieu, de qui elles viennent : a Notre Père, qui êtes aux Cieux, que votre volonté se fasse en la terre, et en cette disposition douloureuse et pénible où

* Chap. 2.

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VOUS me mettez, comme au ciel*. » Dites-lui encore : « Oui, mon Père, je veux soufFrir, puisque vous le voulez et qu'il vous a plu de l'ordonner ainsi^. »

Comme Dieu vous envoie toutes vos adversités avec une affection de Père, recevez-les avec un cœur et avec un sentiment de fils. Considérez, dit fort bien Thaulère^, que ce n'est pas des créatures qu'elles vous arrivent, mais que, par elles comme par des canaux, elles découlent de l'amour extrême que Dieu vous porte, et de cet amour infini avec lequel il a comblé de douleurs la vie de son cher Fils, et Ta fait mourir ensuite sur un gibet. Ne dites jamais : Oh 1 ce sont mes ennemis et ces hommes méchants qui me persécutent et qui me font ces maux, mais plutôt, c'est Dieu qui, poussé par l'affection paternelle qu'il a pour moi et pour mon bonheur, m'accorde ces biens par l'entremise de ses créatures, dont il se sert comme de ses instruments.

Que si vous sentez quelque pointe d'impatience, étouffez-la le plus tôt que vous pourrez, et dites avec notre Seigneur à Dieu, votre Père : « Mon ame se trouble maintenant, et mon cœur s'altère : et que dirai-je? A qui aurai-je recours? Mon Père, aidez-moi, s'il vous plaît, donnez-moi de la force pour souffrir comme vous le désirez; ma nature voudrait bien échapper et ne point souffrir, mais vous le voulez, et cette heure de peines est par votre ordre pour votre gloire et pour mon bien*. »

Aussitôt que dans l'affliction vous sentirez votre cœur s'émouvoir, regardez d'où elle vient, et considérez-la dans

* Pater noster, qui es in Coelis, fiât voluntas tua, sicut in cœlo et in terra. Matth. 6. 9. 10.

^ Ita, Pater, quoniam sic fuit placitum ante te. Matth. H. 26. S Cap. 11. ïnstit.

* Nunc anima mea turbata est : etquid dicam? Pater, salvifica me ex bac hora ; sed propterea veni in horamhanc. Joan. 12. 17.

sa source, c'est-à-dire, dans l'amour que Dieu vous porte, et dans le dessein qu'il a de vous sauver. Pour cela, quelque affligé que vous soyez, né perdez pas courage et ne dites jamais que Dieu vous a oublié et abandonné, mais au con--. traire qu'il se souvient de vous, et que s'il vous châtie, c'est parce qu\\ vous aime et vous reconnaît pour son fils. Représentez-vous que, quand il voyait son Fils bienaimé suer le sang et l'eau dans sa Cruelle agonie au jardin des Olives; quand il voyait ses ennemis le déchirer à coup de fouets à la colonne, le couronner de sanglantes épines, lui arracher les cheveux et la barbe, lui couvrir le. visage de soufflets et de crachats et l'attacher ensuite à une croix au milieu des ignominies et dés douleurs les plus atroces, il ne l'aimait pas moins alors qu'il ne l'aime en ce moment où il se trouve dans son sein. 11 en est en proportion de même pour nous.

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