QUELQUES AUTRES PREUVES DE LA MÊME VÉRITÉ
A toutes ces preuves qui démontrent plus clair que le soleil la vérité de notre sainte reHgion, ajoutons la constance des martyrs. Ce ne sont pas seulement des hommes forts, de vaillants soldats, de généreux capitaines qui ont vu souvent dans les combats ruisseler le sang de leurs plaies; mais de jeunes enfants des deux- sexes, des vieillards, des femmes excessivement délicates et d'un naturel fort timide ; ce sont des pères et des mères en présence de
» Matth. 24. 2.
^ Chrysost. or. 2. advers. Judaeos. Gregor. Nazianz. or. 1 . in Julian. Ammian. Marcel, lib. 28.
leurs enfants, qu'ils 'aimaient tendrement et abandonnaient a la misère, en consommant leur sacrifice; ce sont des enfants sous les yeux de leur père et de leur mère, auxquels la nature les tenait étroitement attachés, qui avec une patience et une résignation admirable, avec une force et un courage invincible, et même avec joie, ont souffert les feux, les roues, les huiles bouillantes, lé déchirement de leurs membres, et tous les plus horribles tourments, inventés par la rage des hommes et des démons : et tout cela, ils l'ont souffert pour la défense de notre religion, et pour ne pas renoncer à la doctrine de la foi; le nombre de ces martyrs, en outre, a été si considérable que, après un partage égal, chaque jour de l'année en compterait, plusieurs milliers. Ce nombre des martyrs, leur constance dans les tourments, la qualité des personnages, tout cela ne prouve-t-il pas jusqu'à l'évidence qu'il devait nécessairement y avoir quelque chose de divin dans des actes si peu compatibles avec le sentiment de. la faiblesse humaine.
Ajoutons la multitude prodigieuse de personnes de tout sexe, de tout âge, de toutes conditions et de toutes nations, qui, depuis le commencement de l'Eglise, et surtout depuis Constantin-le-Grand jusques à ce jour, ont quitté le monde, abandonné leurs sceptres et leurs couronnes, renoncé à leurs parents et à leurs amis, et se sont retirés dans des monastères, où ils onl vécu avec une grande pureté de corps et d'esprit, dégagés de toute affection des créatures, et préférant la pauvreté aux richesses, les mépris aux honneurs et les austérités aux plaisirs. De telles choses sont-elles dans la nature humaine?
Ajoutez les miracles qui se sont faits en tout temps et en tous lieux, au ciel, en la terre, aux enfers, dans les éléments, dans les corps mixtes, dans les plantes, dans les p. J. 5
animaux et dans les hommes; de telle sorte qu'il n'y a ni lieu, ni chose dans l'univers qui ne nous donne une assurance infaillible de nos mystères, et où Dieu n'ait mis, comme dans des archives, un titre authentique pour prouver la vérité de notre foi. Oui, sans le moindre doute, une religion qui se produit dans le monde avec une pompe si imposante et un appareil si majestueux, et qui marche en public dans l'éclat des miracles, et des vrais miracles, que Dieu seul peut opérer, oui, cette religion ne saurait être l'ouvrage des hommes.
Ajoutons enfin la pureté, la sainteté et l'excellence de la doctrine de cette religion, qui défend tous les péchés, sans en excepter un seul; qui déclare généralerhent' la guerre à tous les vices; qui commande ou conseille toutes les vertus et en découvre quelques-unes que la raison ne connaissait pas, et qu'elle ne peut assez approuver ni assez estimer après les avoir connues; de cette religion qu'ont embrassée les plus grands génies et les hommes les plus savants, lesquels, après avoir cherché la vérité partout, dans tous les pays, dans tous les livres, chez toutes les sectes des philosophes et dans toutes les sciences, ont déclaré qu'ils l'avaient seulement trcmvée en elle et ont maintenu leur assertion par leurs discours, par leurs écrits et par lefFusion de leur sang. A cette foule de témoins, nous pouvons joindre plusieurs filles, d'une innocence rare, dans le chaste cœur desquelles Dieu a versé, en un instant, la connaissance de cette doctrine, et en un si haut degré, qu'elles ont fermé la bouche aux plus fameux philosophes, ont convaincu de faux leurs opinions, et les ont forcés à avouer qu'ils s'étaient trompés.
Après toutes ces raisons, auxquelles on pourrait en joindre un grand nombre d'autres, que je passe sous silence, peut-il y avoir un seul entendement humain, pour
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pou qu'il se piquf d'avoir conservé le sens droit, qui ne voie la vérité de la religion chrétienne, et ne reçoive avec respect les propositions quelle enseigne? Le Sage dit : « Qui est facile à croire, donne une marque d'un esprit léger^ ; » c'est pourquoi le proverbe nous avertit en ces mots : « Crois, mais considère à qui. »
Il est des esprits naturellement obstinés et qui croient très-difficilement; il en est d'autres qui sont trop crédules. A ce propos, je me souviens d'une citation que Synésius a puisée dans Hérodote ; il y est dit « qu'aux confins de l'Arabie et de l'Egypte, il y avait deux monceaux d'os et de têtes de morts, dont l'un était des Egyptiens et l'autre des Mèdes qui avaient été tués dans une sanglante bataille livrée entre Cambyse, roi des Mèdes, et Psamétique, roi d'Egypte. Or, quoique ces tètes de morts fussent entièrement décharnées et n'eussent aucun trait qui pût les faire reconnaître en particulier, il existait toutefois une difîérence entre elles, en ce que celles des Mèdes se trouvaient tellement dures, qu'on ne pouvait les rompre sinon à grands coups de massue, et encore avec beaucoup de peine; tandis que celles des Egyptiens étaient si molles, qu'au moyen d'un petit caillou on pouvait facilement les casser. La cause de cette différence consistait en ce que les Egyptiens avaient la tête toujours couverte, et les Mèdes allaient la tête nue, exposée au chaud, au froid et à toutes les intempéries de l'air, ce qui la leur endurcissait de cette façon. '^ »
Parmi les hommes, il y a des âmes tendres, susceptibles de toutes les impressions qu'on veut leur donner, elles ressemblent aux têtes d'Egyptiens; mais on trouve aussi
* Qui crédit citô, levis corde est. Eccl. 19. 4. - In Encomio Calvitii.
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des têtes de Mèdes, c*est-k-dire des esprits opiniâtres, qui ne veulent rien croire, contre lesquels il faut livrer des batailles pour gagner quelque chose sur eux et en obtenir le moindre consentement.
Mais pour ce qui concerne la foi, nul esprit, possédant bien entendu les conditions d'esprit, ne saurait ne pas se rendre à son évidence. Après ces preuves péremptoires, après ces témoignages authentiques et ces éclatantes lumières, quelque dépit qu'on en éprouve, on doit y acquiescer, et toute résistance serait une marque manifeste d'aveuglement; ce serait se déclarer privé du flambeau de la raison. « C'est une .grande folie, disait Jean Pic, le très-docte prince de La Mirandole, et le plus brillant esprit de son siècle, de ne pas croire a l'Evangile, dont le sang des martyrs, la voix des apôtres, les miracles, la raison, les éléments et les démons même établissent et confirment les vérités*. » Et avant lui saint Ambroise avait dit ace propos, dans le sermon des saints Nazaire et Gelse : a C'est une chose fort dangereuse si, après les oracles des prophètes, après la prédication des apôtres, après les combats et les victoires des martyrs, vous prenez la hardiesse de faire des enquêtes sur Une foi si ancienne et si bien appuyée, comme si- elle était nouvelle et mal fondée ; si vous persévérez dans l'erreur à la suite de guides dont l'enseignement ne peut vous tromper; si enfin, voyant les sueurs et les actions généreuses de ceux qui souffrent la mort pour défendre cette doctrine, vous vous amusez à la contester et a faire des questions inutiles'^. Prenez garde, dit autre part le même
* Magna insania est Evangelio non credere, cujus veritatem sanguis martyrum clamât, apôstolicae resoTianJ; voces, prodigia probant, ratio confirmât, elementa loquuntur, daemonesconfitentur. Epist, 1. \
* Magni periculi res est, si post prophetarura oracula, post apos-
docteur, que personne n'emporte votre esprit et ne vous trompe avec les subtilités de la philosophie et avec les raisonnements humains. Dieu n-a point choisi la. dialectique pour sauver son peuple; cest dans la simplicité de la foi qu'il a établi son salut, mais non dans la dispute*. » Croyons donc simplement, recevons avec respect tout ce que la foi nous dit, quelle qu'en soit l'élévation au-dessus de nos intelligences, et quelque impossibilité que nous croyions y rencontrer 1 Nous ne pouvons, après tant d'assurances, en douter sans nous rendre ridicules. En finissant, je dirai une chose qui mérite d'être remarquée, à savoir qu'il y a pour nous deux manières de connaître que notre religion est infaillible : la première, par la conversion du monde, par les martyrs, par les miracles et par ies autres motife extérieurs que .nous avons développés ; la seconde, par la lumière intérieure et par la. connaissance expérimentale que Dieu en communique à l'ame juste, à laquelle, par son union, il fait voir, quand il lui plaît, ou quand elle le. mérite, la vérité de nos mystères dans les rayons d'une clarté secrète; il l'enracine profondément dans ses facultés, il lui donne le discernement et l'attrait pour ne pouvoir douter de l'essence d'un Dieu, delà Trinité des personnes; il lui fait goûter les mystères de l'Incarnation, de l'Eucharistie, de la Résurrection des morts ainsi que tous les autres ; et c'est une manière de connaître bien plus sublime et même
tolorum testimonia, post martyrum vulnera yeterem fidem quasi novellam discutere praesumas,el post tam manifestes duces in errore permaneas, et post morientium sudores otiosa disputatione contendas.
* Cavete ne quis vos depraedetur per philosophiam. Non in dialectica complacuit Deo salvum facere pbpulum suum ; Regnum enim Dei in simplicitate fidei est, non in contentione sermonis. Lib. 1. de Fide. c. 3.
plus certaine, parce qu'elle déroule d'un principe sans comparaison plus efficace, qui est Dieu, faisant connaître et savourer à l'ame la certitude de notre foi, non plus à travers des miracles, et par des raisons éloignées et des preuves extérieures, mais de près, immédiatement et par soi-même. « Si» quelqu'un, disait à ce propos notre Seigneur, veut accomplir la volonté de Dieu, mon Père, il saura de qui vient la doctrine que je prêche, si c'est une doctrine divine, ou une doctrine humaine*. »