‹ Les trois filles de la BibleChapitre 10 sur 71 · LA MISSION · texte numérisé non relu

LA MISSION

L'agitation de la pensée est le commence* ment de la vérité.

Db Pottbr.

D'où vient que notre race immuable, satisfaite depuis tant de siècles de son dogme unique et de ses souvenirs historiques traduits en fêtes religieuses, — d'où vient que notre race s'agite et cherche ?

Quelle sève nouvelle se manifeste donc subitement parmi nous?

Eh quoi! depuis le chef laïque jusqu'au chef religieux, et depuis l'Israélite éloigné du temple jusqu'au pratiquant rigoureux,

chacun se préoccupe d'une forme religieuse nouvelle !

Et depuis celui qui se contente d'une diminution de prière jusqu'à celui qui demande la prière mentale;

Et depuis celui qui demande l'abandon du Kascher jusqu'à celui qui demande la transformation de la circoncision, tous sont poussés dans cette voie par une invisible force.

Il n'est pas jusqu'aux orthodoxes même, quand ils s'interrogent profondément, qui ne se sentent ébranlés.

Pensez-vous donc que le hasard seul puisse faire surgir tout à coup cette étrange hétérodoxie?

Non. mes frères, ce n'est point par hasard, c'est providentiellement.

Ce n'est point non plus par hasard , c'est providentiellement que nous avons été dispersés parmi les nations , afin d'y répandre, à un jour donné, les germes de la connaissance du Dieu unique.

Ce n'est point non plus par hasard, c'est providentiellement que Dieu a mis dans l'âme de nos pères la fermeté nécessaire pour supporter sans pâlir, et pendant des siècles, les iniquités dont ils ont été l'objet.

Ce n'est point non plus par hasard , c'est providentiellement qu'un désir général de réforme se manifeste parmi nous.

Mais alors... pourquoi?... pourquoi?...

Pourquoi? dites-vous. — Parce que nous nous sentons au milieu d'un peuple qui cherche Dieu.

11 nous appelle sans s'en rendre compte, et nous répondons à son appel par le tressaillement de notre race.

Reconnaissez ce signe indubitable de notre mission, ne résistez pas à l'heure qui s'avance.

Bien des siècles ont passé, depuis que les Romains , fuyant le paganisme et cherchant Dieu, ont rencontré la voix éloquente et fine de saint Paul qui leur persuada que le christianisme répondait mieux que l'israélitisme à leur aspiration et à leurs habitudes passées.

Aujourd'hui, la France, à son tour, initiatrice du genre humain , la France veut plus — et ce plus, c'est un Dieu de moins, — c'est le monothéisme pur, avec le culte philosophique et rationnel.

Et dès que , guidée par nous , ta France aura montré la route, l'humanité entière suivra. Car, ainsi que notre tribu, notre patrie ne suffit plus à notre amour. Nous sommes devenus les citoyens de la terre , et c'est maintenant l'humanité tout entière que nous couvons de nos regards et de nos aspirations.

Redoutez, mes frères, redoutez pour notre gloire l'avorteraient de cette manifestation intérieure.

Préparez-vous à la circoncision de l'âme, nécessaire à l'entier accomplissement de l'œuvre, et que chacun fasse le sacrifice d'une idée ou d'une habitude chère, afin que l'humanité accomplisse par nous le pas considérable qui sera la gloire de notre époque.

Remarquez, mes frères, que non-seulement

notre religion est merveilleusement propre k cette transformation, mais encore que c'est la seule qui puisse l'entreprendre sans abandonner aucune de ses convictions.

Nous n'avons qu'un unique dogme, — le Dieu unique. — Notre religion est toute rationnelle , et Moïse , avec son sens parfait, avec l'admirable droiture de son âme, fait un appel incessant à la raison humaine.

On croit même, en lisant certains passages du Deutéronome , que , dans sa prévision sublime , Moïse entrevoit le moment où Dieu ne pourra être réellement glorifié que par elle.

Remarquez notamment les versets 11 et suivants du chapitre xxx du Deutéronome :

« Car ce commandement que je te donne aujourd'hui n'a pour toi rien qui tienne du

miracle, il n'est point éloigné de toi, il n'est point au ciel pour qu'on dise : « Qui montera au ciel pour prendre ce commandement et le proclamer devant nous, afin que nous l'accomplissions? » 11 n'est point par delà la mer pour qu'on dise : « Qui traversera la mer pour prendre ce commandement et le proclamer devant nous, afin que nous l'accomplissions? » Mais la parole est très-près de toi ; elle est dans la bouche et dans ton cœur pour que tu l'accomplisses. »

A l'œuvre donc, et, dès aujourd'hui, il nous faut trouver une forme plus pure, plus élevée, plus facile à adopter par les hommes d'un savoir et d'un sentiment profonds.

Et il faut aussi que cette forme soit l'instrument le plus efficace de l'amélioration de l'âme.

Et il faut aussi que cette forme soit une

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source réelle de consolation pour l'affligé et le déshérité.

Et il faut aussi que cette forme affirme plus puissamment encore le monothéisme pur, dont nous sommes les représentants sur terre.

C'est pour lui, et ce n'est que pour lui que nos pères ont supporté en tous lieux, et que nos frères supportent encore dans certains pays les persécutions les plus inexplicables et les plus perfides.

C'est pour lui, et ce n'est que pour lui que nous allons affronter des sacrifices d'une autre sorte, honteux que nous sommes qu'il ne nous soit pas donné de lui en faire de plus grands, de plus dignes de lui.

Mais enfin , quelque mince que soit le de-

voir qui nous est imposé, mince vis-k-vis de sa conséquence glorieuse , réjouissons-nous, mes frères, d'être les instruments choisis par Dieu pour cet avancement de Phumanité , et accomplissons avec fermeté notre antique mission.

Mission qui fut toujours considérée par nous comme une récompense de Tardent et pur amour de Dieu, dont notre race fut de tout temps pénétrée.

Mission dont le caractère noble doit nous attirer les cœurs si longtemps et si injustement éloignés de nous.

Mission qui nous permet de donner, en échange de plusieurs siècles de proscriptions et de calomnies , le bien qui facilite l'amélioration de nos âmes pendant leur passage ici-bas.

— Le plus estimable de tous les biens. —

Serait-ce donc en lui, mes frères, seraitce donc en lui que réside ce messie tant annoncé par nos pères, tant attendu par nos frères? — Et ce messie qui n'est ni en chair ni en os, ce messie impalpable va-t-il nous apparaître enfin, visible aux yeux de la pensée et dominateur sublime du monde de l'esprit? — Son nom est-il la raison, la raison humaine, parvenue à son état viril ?

Réunissez-vous, enfants de Moïse et de Jésus, — enfants d'Arius et de Jean Huss, — réunissez-vous enfin sous sa loi féconde.

Oui, les signes de la majorité religieuse de l'homme sont manifestes.

L'expansion du monothéisme pur en est la conséquence éclatante.

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Noire place est marquée en tète de ce grand mouvement.

Commençons par faire disparaître des pratiques de notre culte tout ce qui peut en arrêter l'essor.

Constatons de nouveau, par cette sage réforme, que l'alliance du monothéisme avec la philosophie date de Moïse.

Et l'esprit convaincu de notre mission , le cœur animé de reconnaissance pour Dieu, qui nous remet ainsi à la tête des nations civilisées, les yeux fixés sur le résultat final de la réforme, — l'union des trois Filles de la Bible, —

Accomplissons avec joie les sacrifices douloureux qui nous sont commandés par notre passé, par notre présent et par notre avenir.

Ne doutez pas, mes frères, ne doutez pas de nos dignes chefs, ils resteront h notre tête, afin que cette grande réforme s'accomplisse avec la méditation , l'abnégation , la modération et l'ensemble désirable.

— Et les pratiques de notre culte seront mises en rapport avec les besoins moraux et philosophiques de notre époque.

— Et la raison sera désormais aussi satisfaite par notre culte qu'elle l'est par notre dogme.

Et la poésie sera soigneusement conservée et développée, afin que l'imagination soit aussi satisfaite que la raison et la philosophie.

— Et comme il ne suffit pas de convaincre la raison et qu'il faut encore que le cœur soit touché,

— Et comme l'élément consolateur est aussi grand, aussi indispensable que l'élément améliorateur,

Le cœur nous inspirera de nouvelles, de puissantes, de constantes consolations à présenter aux cœurs de ceux qui souffrent.

Et nous aurons donné au monde le culte véritable.

Le culte véritable est celui qui assure à ceux qui le professent la plus grande amélioration et la plus grande consolation possible.

Et ce culte devra tôt ou tard être adopté par nos frères en la Bible.

Et nous marcherons de concert vers cette

phase nouvelle de l'humanité, où l'âme de

chaque individu aura été améliorée pendant

son passage sur cette terre, et où chaque

génération qui passera aura laissé pour traces de son passage —

Le sens moral, le cœur et l'intelligence ayant atteint, par leur culture et leur réunion, un degré supérieur d'élévation, — le monde de la matière davantage dompté et cultivé par le monde de l'esprit — et l'art enrichi des merveilles de l'idéal.

Si , par impossible , nos chefs hésitaient, ils n'empêcheraient certes pas la réforme monothéiste de s'accomplir, mais elle n'aurait peut-être plus, aux yeux du monde, cette autorité et ce grand caractère si désirables pour notre gloire , — elle nous ferait courir les dangers du schisme, — et son établissement serait long et douloureux, au lieu d'être instantané et rempli de satisfactions nobles. —

Si, par impossible, — nous, révélateurs et

représentants du monothéisme sur terre, demeurions immobiles, aveugles devant la lumière qui nous frappe , sourds aux voix qui nous appellent,

Si nous déclarions ainsi que nous préférons, à notre mission, nos habitudes, que c'est pour elles, et non pour le Dieu unique, que nos pères ont souffert avec tant de constance , si nous déclarions ainsi notre indifférence égoïste pour l'humanité, — alors, mes frères, courbons notre tête, avouons notre déchéance, assistons en rougissant à l'établissement général du monothéisme par d'autres mains que les nôtres, supportons, non plus des injures et des persécutions imméritées, mais le juste mépris des penseurs et des philosophes, et disparaissons peu à peu de cette terre sur laquelle nous serons devenus inutiles, notre histoire est à jamais terminée.

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