‹ Les trois filles de la BibleChapitre 11 sur 71 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Bt maintenant, met frères, les signes de la majorité religieuse de l'homme sont manifestes.

Us Trois FilUt dé la Bible.— Première aux Israélites, p. 8.

Aux yeux de l'ignorant, le point essentiel de la religion, c'est le rite.

Le dogme et la morale sont des détails.

Aux yeux de l'éclairé, la religion consiste dans le dogme et la morale.

Le rite est d'un ordre inférieur, — secondaire.

Aux yeux de l'ignorant, être Israélite, c'est être circoncis , ne pas manger de porc et ne pas aller en voiture le samedi.

Aux yeux de l'éclairé , être Israélite , — c'est appartenir à la religion qui a révélé le Dieu unique alors que l'idolâtrie était générale, et qui a formulé la morale vraie alors que la barbarie était triomphante et que le droit était confondu avec la force.

Être Israélite, c'est descendre d'une famille qui , pendant vingt siècles , de père en fils, n'a pas hésité entre le maintien de sa croyance et la proscription générale.

C'est avoir, pendant vingt siècles, affirmé sa foi en présence des bûchers et des massacres populaires.

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Et c'est aussi avoir lutté, chaque jour, contre les préjugés, les mépris, les dégoûts et les calomnies de tous — et avoir préféré les satisfactions de la conscience aux satisfactions de l'intérêt matériel.

Certes, nous sommes loin de récriminer et nous sommes loin de nous plaindre, mais nous demandons que les maîtres de la science et de r histoire ne méconnaissent pas notre courage et qu'ils nous accordent la noblesse du martyre.

Les temps sont changés; hier, r homme était en enfance, aujourd'hui, il parvient à son état de majorité.

La vérité va triompher et l'histoire de l'homme va prendre des proportions inappréciables.

Avant de définir de quel côté se dirige le

mouvement religieux des esprits, il importe de constater que la religion d'Israël est à la fois monothéiste et rationaliste.

Monothéiste ne sera pas contesté, — et nous rappelons de nouveau à ceux qui voudraient contester rationaliste , la prodigieuse déclaration de Moïse qui termine et couronne à la fois le Deutéronome. — Déclaration cent fois prodigieuse, en considération de l'époque qui Ta vue apparaître :

« Ma doctrine n'a rien de miraculeux. — Elle ne descend pas du ciel, ni ne vient d'au delà de la mer, elle est tout près de toi, dans ton cœur et dans ta bouche. »

Ainsi le rationalisme est dans l'esprit des lois de Moïse , et il est aussi dans la lettre.

Les civilisés, — et nous appelons ainsi à la fois ceux qui savent et ceux qui devinent,

— les civilisés sont monothéistes et rationalistes.

Quelle est donc la religion à laquelle ils appartiennent en fait ?

Quelle est la religion qui peut les recueillir d'abord et ensuite être fécondée par eux?

Strauss et Renan, nos maîtres, que sont-ils, s'ils ne sont monothéistes et rationalistes ?

Et cependant, nous les étonnerons fort en leur disant ici que , sans le vouloir et sans le savoir, ils appartiennent à la religion d'Israël.

Ainsi ces deux puissants esprits, qui laisseront une si grande trace de leur passage, conservent encore un reste de préjugé, — afin de prouver, une fois de plus, que chacun sans exception doit payer un tribut quel-

conque à la faiblesse humaine, à la matière.

Strauss, par la vigueur de sa raison arrivée à l'état de génie, Strauss a définitivement et à jamais renversé la divinité de Jésus, en conservant avec soin tout ce que sa mission avait de grand , tout ce que son esprit avait de divin.

Par la magie de son talent , Renan a vulgarisé, en la poétisant, l'œuvre de Strauss.

Et tous deux réunis ont renversé la barrière antique, digue salutaire du passé, obstacle de l'avenir.

D'après Strauss et d'après Renan, Jésus est le plus grand prophète juif de la religion d'Israël.

Les douleurs de sa nation captive lui ont

inspiré un esprit consolateur des affligés, réhabilitant le faible et le déshérité, qui le place entre Moïse et Isaîe.

Mais cet esprit que nous reconnaissons avec respect, avec joie, cet esprit est un avancement de morale, — fruit du temps; — il ne constitue pas une religion différente

Moïse a été un avancement de morale — autrement considérable sur Abraham, — et il n'a pas constitué une religion différente.

Lorsque Jésus disait : — « Je ne suis pas venu détruire la loi, je suis venu l'accomplir», Jésus ne constituait pas une religion différente.

Ce qui a constitué la religion différente, c'est la déclaration de Jésus, qu'il était le fils de Dieu — matériellement.

Cejour-lk, d'après les chrétiens, il accomplissait sa mission, puisqu'il se sacrifiait afin de racheter le péché de l'homme.

Ce jour-là, d'après les Israélites, il interrompait sa mission en touchant à l'unité de Dieu, puisqu'il nous empêchait ainsi de le prendre pour réformateur, pour chef et peutêtre pour roi.

Substituer, ne fût-ce qu'en partie et momentanément, le dogme de la Trinité au dogme de l'unité, constitue une religion différfente. C'est ainsi et ce n'est qu'ainsi que le christianisme est sorti du judaïsme.

Ainsi donc, Strauss, ainsi donc, Renan, le jour où vous avez mis à néant la divinité de Jésus, — que vous le confessiez ou non, — il ne reste de la religion catholique que le dogme de l'unité.

Or , le dogme de l'unité , c'est la religion d'Israël, à tout jamais.

Et celui qui porte notre drapeau , nous le dérobe , s'il ne convient pas que ce drapeau est le nôtre.

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