‹ Les trois filles de la BibleChapitre 23 sur 71 · LA PRIERE · texte numérisé non relu

LA PRIERE

Le judaïsme est la religion de la connaissance et non de la foi.

Le libre examen est le critérium du judaïsme.

Mbndblbhon.

La liberté de conscience a, de nos jours, constitué plus virilement le domaine de la prière.

Il est maintenant partagé entre la prière écrite et la prière mentale, deux sœurs divines.

Elles vivent toutes deux en belle harmonie,

elles ne se nuisent jamais , et la mission de chacune, mission également sainte, quoique différente d'effet, doit être également respectée.

La prière mentale conduit k la pensée habituelle de Dieu, — de même que la pensée habituelle de Dieu conduit à la prière mentale.

La prière mentale fait partie de l'élément améliorateur.

La prière mentale exigeant une force d'esprit qui n'existe pas dans toutes les organisations; — la prière mentale exigeant une liberté d'intelligence qui ne peut exister chez celui qui souffre, — la prière mentale est une œuvre.

La prière écrite est une aide, elle fait partie de l'élément consolateur.

La prière écrite, se substituant peu à peu à la pensée fixe de la douleur , allège ainsi délicatement l'affligé sans blesser sa pudeur.

La prière écrite est aussi plus immédiatement et plus facilement en rapport avec lé plus grand nombre.

La prière écrite nous paraît donc devoir être plus généralement employée dans l'intérieur du domicile.

La prière mentale nous paraît devoir être plus généralement employée dans l'intérieur du temple.

La prière mentale exige un eilbrt qui fait

pénétrer plus profondément le sentiment moral.

Elle exige aussi une puissance de méditation salutaire à l'âme.

L'aspect du temple est favorable au développement de la prière mentale, et le recueillement de celui qui s'y adonne est favorable à l'aspect du temple.

Mais si la prière écrite paraît insuffisante aux âmes fortes et relativement heureuses, — que deviendraient les âmes blessées sans la j

prière écrite?

La prière mentale fait avancer l'âme, mais la prière écrite la soutient.

Respectons les deux prières, faisons en

sorte que Tune accompagne toujours un peu l'autre ; mais aidons à leur sincérité pour aider à leur puissance, et demandons que toute prière écrite soit toujours lue ou chantée dans la langue familière aux assistants, et demandons aussi qu'elle soit élaguée de tout ce qui peut fatiguer inutilement l' attention.

Enfin , à nos yeux, la prière écrite doit servir de texte , de point de départ dans le temple.

Car, dans le temple, l'important, c'est la prédication.

L'émission de la pensée vivante donne à la voix une accentuation qui facilite l'intelligence de l'auditoire.

La parole du chef religieux, s' adressant plus directement à l'assistant, produit aussi

sur lui l'effet moral le plus grand qui puisse être obtenu.

Nous devons ajouter à ces conditions générales, une considération plus générale encore.

C'est que, quelle que soit l'importance ou la forme d'une prière, c'est, avant tout, le sentiment qui l'anime qui lui donne sa valeur morale,

La plus belle prière , prononcée du bout des lèvres, n'égalant pas la plus vulgaire, émanée du fond du cœur.

Et enfin, la liberté de la prière étant, après la liberté de conscience, la plus essentielle des libertés naturelles, c'est à chacun de nous qu'il appartient de pratiquer plus particulièrement celle qui est la plus conorme à son organisation et à son sentiment.

Nous demanderons aussi que la prière écrite devienne plus substantielle, qu'un choix intelligent fasse disparaître celles qui sont trop verbeuses et trop pleines de répétitions, et conserve avec soin celles qui sont et qui seront éternellement vraies et fortes.

Nous rechercherons donc et nous choisirons dans nos prières et dans les publications de nos philosophes , les vérités consolatrices salutaires aux affligés, et aux malades et aux déshérités.

Et comme nous devons profiter des travaux de ceux qui nous ont précédés sur cette terre, nous choisirons la forme la plus belle et la plus saisissante sous laquelle chaque vérité morale aura été émise, et nous la ferons nôtre, sans souci de son origine.

Et il faudra aussi écarter d'une main déli-

cate et respectueuse toute demande, — toute flatterie — et toute plainte du choix de nos prières.

Effectivement, nous ne devons rien demander à Dieu, puisque, seul, il sait ce qui nous convient et ce qui est possible, — et puisque nul de nous ne sait ce qu'il doit désirer ou craindre.

Et nous ne devons, non plus, trop facilement nous abandonner à la plainte vis-à-vis de Dieu, sans être à l'instant coupables d'ingratitude, puisque, au lieu de le remercier de ce qu'il nous donne et de ce qu'il nous conserve , nous ne portons notre pensée que sur ce dont il a dû nous priver pour des causes inappréciables par nous.

D'ailleurs, — au fond d'une plainte se trouve toujours une accusation.

Cette accusation est une impiété»

Mais alors , quelle sera l'expression de douleur à laquelle nous pourrons nous abandonner sans crainte d'ingratitude?

— Le regret, —

Le regret est une aspiration à un monde supérieur.

Le regret émane d'un sentiment élevé et d'un sentiment religieux.

L'âme conserve le regret avec quelque lierté d'elle-même, tandis qu'elle a honte de s'être abandonnée longtemps à une plainte.

Quant aux louanges, nous répéterons que, — nous qui nous appuyons sur la pure raison; —

Nous qui savons que les lois de Dieu sont immuables et que sa justice est parfaite, — nous ne pouvons croire que Dieu, sensible à des louanges, à des supplications, à des flatteries, — comme le plus vain des hommes, — dérangera pour elles Tordre providentiel de sa création.

Ainsi, à un autre titre que la plainte, mais autant que la plainte, la louange nous paraît une impiété, car elle méconnaît également et la justice et la grandeur de Dieu.

Mais alors, dira-t-on peut-être, — quel est ce culte sévère qui se refuse à tout épancheraient de l'âme vers son créateur?

Bien au contraire, répondrons-nous. — Nous recherchons avec passion cet épancheraient, mais nous le voulons plus digne, plus en rapport avec la grandeur de notre créa-

teur. — Et si nous le fuyons dans l'ampoulation grossière du langage, nous le recherchons dans l'examen attentif et passionné de la création, — dans l'examen de Tordre physique et dans l'examen de l'ordre moral. —

Ht lorsque la raison et l'intelligence se réunissent dans cet examen, — l'éblouissement de l'esprit qui en résulte est la louange que nous trouvons digne de Dieu.

effectivement, lequel de nous s'est livré, même superficiellement, à la recherche des grandes lois de la création , — ces lois qui gouvernent les infiniment grands et les infiniment petits, avec la même bonté, la même grandeur et la même perfection?

Lequel de nous s'est livré , même superficiellement, à la recherche philosophique du monde moral, à la recherche des éfferts et des

causes, à la recherche de la punition véritable du méchant en ce monde , et à la recherche de la récompense véritable du juste, — à la recherche du bonheur apparent et de la satisfaction réelle?

Lequel de nous, disons-nous, n'a recueilli pour prix de ses méditations, une affirmation plus forte de Dieu, — une perception moins confuse de son immensité, — et en même temps un détachement des vanités et un mépris de l'injustice, qui constituent les plus fermes soutiens de l'âme , prisonnière dans notre corps ?

La prière que nous recommandons est en même temps une gratitude et une œuvre.

Elle est de force à arracher aux plaisirs grossiers ceux qui, prenant l'habitude de s'y adonner, abaissent incessamment leur âme

et tombent insensiblement dans le dégoût des autres et dans le dégoût d'eux-mêmes.

Elle est aussi de force à récompenser ceux qui vivent en repos avec leur conscience, en leur apportant un secours divin contre les déceptions de la terre.

Ainsi, d'après nous, la prière mentale

est la prière virile d'une âme virilement religieuse.

Son développement est devenu l'un des premiers devoirs de l'administration supérieure de notre culte.

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