LA FETE DU PARDON
Je n'ai point parlé à vos pères, je ne leur ai point ordonné au jour que je les ai tirés de la terre d'égypte, je ne leur ai point parlé d'holocaustes ni de victimes ; mais voici ce que je leur ai commandé : Écoutez ma parole et je serai votre Dieu.
JéaéMiK, vu, 22 et ss.
Il vient un jour dans l'année où la pensée de T homme se porte sur les erreurs et les fautes par lui commises.
Le sentiment de la nécessité d'un grand pardon accordé par la miséricorde divine ressort de ce bilan moral.
Alors l'homme pense au lendemain de la
mort, — et, quelque brave qu'il soit, un effroi le pousse vers les tombes de ceux qui l'ont aimé.
Et quand l'homme est devant ces tombes, — quand il a réfléchi, — quand il a fait sa confession mentale, — quand il a prié,
La voix intérieure lui crie :
Tu cherches le pardon,
— Commence par le repentir,
— Continue par la réparation,
— Et achève en pardonnant à ceux qui t'ont offensé.
Tu cherches le pardon,
— Cherche les actions agréables à Dieu.
— Cherche le bien que tu peux faire autour de toi.
— Le bien rachète le mal.
Tu cherches le pardon,
— Sois juste. — Sois charitable.
Alors l' homme prend les résolutions de réparations de ses fautes.
Et quand il est revenu chez lui, — quand il est entouré de sa famille, —
Il commence par leur donner l'exemple en faisant l'aveu de sa faute , et il dit de quelle manière il veut la réparer.
Cet abaissement de son orgueil est l'indication réelle de son repentir, et elle est aussi
l'indication d'une àmc noble et grande chez celui qui l'exécute comme il convient.
Cette préparation au jour solennel n'estelle pas droite et salutaire? — Ne conduit-elle pas à la demande du pardon et au pardon lui-même?
Le jour du pardon se lève. —
Ce jour doit être entièrement consacré à l'idée de Dieu.
Tous les biens de la terre ont perdu leur prix.
Dieu juge, — Dieu pardonne. — Que sa miséricorde inspire à l'homme les résolutions qui doivent diminuer ses fautes dans l'avenir.
L'homme éloigne d'abord de son corps
toute nourriture substantielle, — l'âme est ainsi plus forte contre la matière.
Puis il se rend au temple, entouré des siens, et commence par faire publiquement le premier pas pour se réconcilier avec ceux qui l'ont offensé.
Et c'est l'offense la plus grave qui est la première pardonnée.
Ensuite, la prière mentale et la confession mentale l'éclairent de nouveau et le pénètrent davantage de la nécessité de réparer ses fautes.
La prédication du chef religieux commence. — L'homme lui donne son attention, et il recherche en elle ce qui peut se rapporter aux erreurs qui ont été les siennes.
La prédication est finie. — Ses enfants
l'entourent et lui demandent son pardon et sa bénédiction. — 11 s'empresse d'appeler sur leur tête la bénédiction de Dieu, et abandonne son âme aux sentiments religieux et élevés que facilitent et qu'inspirent de belles harmonies bien exécutées.
Le chant religieux succède à la prédication, et la prédication succède à la prière.
Et c'est ainsi que s'écoule cette sainte journée. — Et quand l'homme est revenu chez lui et qu'il prend le repas du soir, entouré de sa famille, — le contentement intérieur qu'il éprouve est un sûr garant de la miséricorde accordée par Dieu à ses erreurs.
Nous avons raconté simplement et sans y rien changer, de quelle manière se célèbre depuis Moïse cette fête religieuse.
N'est-elle pas la plus belle qui jamais ait été instituée?
Le sentiment qui l'a dictée n'est-il pas empreint d'une idée droite de la grandeur et de la justice de Dieu?
Son exécution n'est-elle pas touchante, et son clTet moral n'est-il pas le plus salutaire qui puisse être obtenu ?
3N 'est-il pas surprenant qu'aucune religion issue de la nôtre ne s'en soit emparée? qu'aucun réformateur n'ait été frappé de l'esprit de ces prières faites œuvres, et ne se soit pas aperçu qu'elles étaient destinées à servir tôt ou tard de modèle aux rites de l'avenir?
En toute chose, le bien existe ; il n'est pas nécessaire de l'inventer.
Il suffit de le rechercher, de le saisir, de
s'en approprier l'esprit et de l'appliquer „ en le développant , aux réformes auxquelles on aspire.
Ainei, quand nous avons résolu de sacrifier au Seigneur un de nos vices ou un de nos défauts en place d'un de nos béliers ou d'un de nos agneaux, nous n'avons rien innové, nous avons seulement accompli l'esprit de la loi de Moïse.
Et nous avons ainsi honoré à la fois notre fondateur et notre temps.
Après avoir des premiers lutté contre la barbarie et l'ignorance, ne devons-nous pas maintenant nous appuyer sur la civilisation et sur la science pour lutter contre l'envahissement do la matière ?
La nature ne commande-t-elle pas le pro-
grès , et ne donne-t-clle pas l'exemple en tendant incessamment à s'améliorer?
— Quant aux orthodoxes absolus qui pensent que c'est Dieu qui a ordonné à tout jamais l'ordre et la marche de nos cérémonies religieuses , et qui regrettent sincèrement toute modification apportée aux pratiques de notre culte,
Nous leur répondons que nos cérémonies ne s'accomplissent pas aujourd'hui ainsi qu'elles s'accomplissaient dans le temple de Jérusalem, — et que celles qui s'accomplissaient dans le temple de Jérusalem n'étaient pas absolument celles qui avaient été ordonnées par Moïse, — et que les cérémonies ordonnées par Moïse n'étaient pas absolument les cérémonies ordonnées par Abraham ;
Et que, si le dogme de l'unité de Dieu est
d' institution divine et éternelle, — les pratiques du culte sont d'institution humaine et périssable,
Aucune institution humaine n'étant tellement parfaite qu'elle ne doive être réformée avec le temps ;
Et qu'il a toujours fallu distinguer entre l'autorité absolue de la loi mosaïque et l'interprétation de cette loi ;
— Et que, pour les besoins de la cause, les talmudistes ont souvent des interprétations qui s'écartent de la lettre.
L'Écriture prescrit une lecture de la loi tous les sept ans.
Et il y a longtemps qu'elle a été remplacée
par une partie de cette lecture faite tous les samedis.
N'a-t-On pas déjà remplacé les sacrifices par la prière? — ce qui est en opposition avec l'idée mosaïque, qui avait abandonné la prière à la libre volonté de l'individu, et qui n'avait institué les sacrifices que pour l'ensemble de la nation. Conservons strictement, religieusement l'esprit qui a dicté nos coutumes empreintes de l'amour de Dieu.
Et n'oublions pas que la meilleure manière de les conserver, c'est de les améliorer, — de les (Accomplir,
Perfectionner étant le contraire de détruire ,
Réformer étant accomplir.