CHAPITRE VIII
I/ISRÀEL1TISME
Jusqu'ici tous les phénomènes historiques n'ont appartenu qu'à leur temps, qu'aux circonstances qui les ont produits ou qu'ils ont eux-mêmes fait naître. — Il n'j en a qu'un qui ait pris place à travers toute l'histoire de l'humanité, un seul est sorti vivant de toutes les épreuves du temps : — c'est le judaïsme. Philipson, l'Idée religieuse, p. 6.
Ni les Sémites ni les Européens n'ont pu s'élever jusqu'à l'idée d'une cause première absolue, unique, indépendante du monde, créatrice.
C'est là le vrai monothéisme, et ce monothéisme, dans l'antiquité, nous ne le trouvons que chez les Hébreux seuls.
Munck, Leçon d'ouverture, p. 17.
Le monothéisme seul constitue Tisraélitisme.
Celui qui ne croit pas à Dieu, ou qui croit à plusieurs dieux, alors même qu'il serait
circoncis , alors même qu'il fréquenterait le temple matin et soir, celui-là n'appartient pas à la religion d'Israël.
Celui qui croit fermement au Dieu unique, alors même qu'il serait incirconcis, alors même qu'il ne serait jamais entré dans un temple, — celui-là appartient, en fait, à la religion d'Israël.
Cette identification complète du monothéisme et de l'israélitisme doit être affirmée davantage encore par la réforme.
Quelques entraves subsistaient : la circoncision transformée fait disparaître la plus considérable, celle qui opposait sans cesse le fait matériel au fait spirituel.
— Une fois d'accord sur le système philosophique contenu tout entier dans ce grand principe, le monothéisme,
Le reste se trouve représenté par la liberté de la prière,
Liberté consacrée par Moïse.
Nous n'entendons certes pas ici qu'il soit indifférent de prier d'une manière ou d'une autre, puisque la réforme que nous appelons recherche le culte que la civilisation actuelle doit à Dieu.
Nous croyons que l'homme intelligent veut prier Dieu d'une manière intelligente, et nous croyons que l'homme de bon sens veut prier Dieu d'une manière rationnelle.
Nous croyons que l'homme convaincu veut affirmer sa foi devant ses frères , et nous croyons que la société, que la famille, impose à l'homme de bien le devoir de donner l'exemple.
Mais le fond ne devant jamais être sacrifié à la forme, nous tenons pour notre premier devoir l'assimilation parfaite du monothéisme et de risraélitisme.
Il est donc indispensable, pour en arriver là, de séparer du point essentiel tout ce qui peut l'obscurcir et faciliter l'erreur.
De même qu'en philosophie, le cartésien est de l'opinion de Descartes, et le spinosiste de l'opinion de Spinosa ;
De même, en religion, le monothéiste est de la religion d'Israël.
Effectivement, chaque fois qu'il exprime son opinion, il professe la religion d'Israël.
Chaque fois qu'il ouvre son âme à Dieu, il fait acte d'israélitisme.
L'acte est bien ou mal fait ; — l'acte est fait en publie ou en particulier. — Celui qui le fait en a la conscience ou il ne l'a pas.
Mais s'il fait de la prose sans le savoir, il est bon, il est utile de le lui dire.
Nous sommes loin d'avoir terminé la tâche à laquelle nous avons dévoué le peu de forces qui nous restent.
Peut-être ne nous sera-t-il pas permis de l'achever.
Mais, à coup sûr, un autre la complétera et la terminera.
Que cet inconnu soit béni, s'il ne méconnaît pas le principe de cette incarnation dans l'organisation de la réforme.
Que cet inconnu soit béni le jour où tous
auront compris que monothéisme et israélitisme sont synonymes.
D'après Philon , les lumières de la raison propagées par la philosophie suffiront pour amener tous les hommes au monothéisme, -sans qu'il soit nécessaire qu'ils passent par le judaïsme — ou pour mieux dire, le monothéisme étant le véritable judaïsme, tous les hommes seront de véritables juifs, dès qu'ils seront arrivés à la connaissance du vrai Dieu.