‹ Les trois filles de la BibleChapitre 28 sur 71 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Unum «int.

Cette prédication s'adresse d'abord aux chefs des religions chrétiennes;

Elle s'adresse ensuite à ceux chez lesquels la raison domine la foi ;

Et enfin elle s'adresse aux consciences troublées et aux esprits prévoyants qui demandent à la réforme religieuse de conjurer les orages qui se forment autour de nous.

Quant h ceux qui possèdent la foi véritable, nous les adjurons de ne pas se fourvoyer dans nos écrits.

Le trésor qu'ils possèdent est supérieur, même à la connaissance de la vérité.

Malheureusement, le nombre des possesseurs de ce trésor diminue de jour en jour.

11 est temps de chercher à rappeler toutes les âmes en peine, — à les réunir sous une direction supérieure et à leur offrir une nourriture spirituelle en harmonie avec leurs aspirations.

Nous espérons que nul ne se méprendra sur le sentiment qui nous anime ; — loin de prêcher une religion nouvelle, nous demandons l'accomplissement de celles qui existent, le retour aux principes vrais qui ont animé

leurs divins fondateurs, et l'arrachement des herbes parasites qui ont envahi et dénaturé leurs belles institutions.

Il n'est, en effet, aucun besoin de détruire le temple pour le rebâtir ; — sa base repose sur l'éternelle vérité de l'unité de Dieu, — le grand esprit de nos prophètes rayonne à son entour, — et la sève biblique qui circule dans son enceinte contient tous les germes de la révélation du culte véritable.

Ce fut, hélas ! vainement que nos prophètes le professèrent jadis.

L'humanité porte depuis de longs siècles la peine d'avoir méconnu leur enseignement.

Leur œuvre éclatante reparaîtra de nos jours, plus éclatante encore; — elle nous servira de guide, de flambeau dans nos recherches.

Il est surtout une parole destinée à servir à la fois de sujet à notre admiration et à nos

méditations, — parole mémorable ! qui inspi- 1

rera chacune des trois Filles de la Bible dans leur futur redressement :

— L'homme n'est pas fait pour le sabbat, mais le sabbat pour l'homme. —

Mes frères en la Bible,

La liberté de conscience ordonne à l'Israélite d'écouter avec respect le chrétien qui qualifie Jésus de fils unique de Dieu.

La liberté de conscience ordonne également au chrétien d'écouter avec respect l'Israélite qui qualifie Jésus de grand prophète de sa race, d'inspiré de Dieu, de philosophe ayant personnifié en lui l'avancement de morale, émané des écoles juives.

Après avoir prêché la réforme, l'accomplissement, à mes frères en Israël, je prétends

aujourd'hui la prêcher à mes frères en la Bible.

Le sujet est délicat, la position difficile; tenez-moi compte, mes frères, de la bonne intention, et si je suis dans Terreur, éclairezmoi, — car je suis de bonne foi.

Seulement, et afin que la discussion soit fructueuse, si je parle au nom de la raison, — répondez-moi au nom de la raison et ne faites arriver à, votre secours, ni la foi ni la grâce, — avec lesquelles il est tout à fait impossible à la raison — d'avoir raison.

S'il ressortait de l'examen attentif des formes de culte des trois religions issues de la Bible la nécessité d'un perfectionnement,

Si l'état actuel de notre civilisation ne

consentait plus à s'accommoder des rites du passé,

Si l'aspiration à un culte épuré devenait générale,

Quel serait le devoir de la direction supérieure de chacun de nos cultes?

Leur devoir serait incontestablement de se pénétrer à nouveau de l'esprit de leur fondateur, et d'-en rechercher la réalisation par des rites améliorants, et par des appréciations plus justes et plus élevées de la grandeur du créateur.

Or, si chacune de nos religions, en se perfectionnant , en se réformant , en accomplissant l'idée de son fondateur, devait arriver à un résultat conforme, à des formes de culte

identiques, — l'œuvre que j'ai entreprise se

trouverait peut-être justifiée , et l'union des trois Filles de la Bible serait dès aujourd'hui accomplie dans le monde de l'idée.

Effectivement, mes frères, la même sévc biblique a inspiré nos divins fondateurs.

La différence qui existe enlre nous est surtout une différence de secte.

Le salut de la civilisation , et peut-être aussi le salut de la société, exige que celle différence disparaisse au plus tôt.

Croyez-le, mes frères, il n'est pas superflu de réunir toutes nos forces et de donner h l'humanité de plus puissantes armes, afin de lutter contre les appétits des temps modernes.

Voilà pourquoi je vous adresse la parole, mes frères. —

Voilà pourquoi je vous demande d'être favorables au but que je poursuis. —

Voilà pourquoi je vous demande, tout au moins, dem'écouter.

J'ai commencé, mes frères, par convenir avec vous que la religion chrétienne avait personnifié en Jésus un avancement de morale. —

Mais convenez avec moi , mes frères , que cet avancement n'est pas sorti tout armé du cerveau de Jésus, comme Minerve du cerveau de Jupiter.

Cet avancement de morale existait à l'état de discussion dans nos écoles, chacune de nos trois sectes en possédait une partie. — Cette partie était adoptée, soutenue, professée avec un parfait sentiment de recherche de la vérité.

Les Saducéens ont professé , deux siècles avant Jésus :

Le détachement du rituel

— Le libre arbitre ;

— Les droits de la liberté humaine;

— Le contentement de la vertu, qui trouve sa récompense en elle-même;

— La supériorité de la morale sur toute forme de culte.

Les Esséniens ont professé, cent soixante ans avant Jésus :

— L'affranchissement de l'âme des liens du corps;

— L'abnégation et le mépris des jouissances de la matière ;

— L'exaltation du pauvre et de l'affligé.

Les Pharisiens ont professé, avant la venue de Jésus, l'immortalité de l'âme.

Si nous remontons de plusieurs siècles, il est légitime de conjecturer que Socrate a eu connaissance de la Bible et que c'est en elle qu'il a puisé les idées premières sur ce même sujet de l'immortalité de l'âme, — l'idée de T unité de Dieu conduisant logiquement à l'idée de l'immortalité de l'âme.

Et nous trouvons aussi que les prophètes avaient déjà réclamé éncrgiquemcnt un culte fondé sur la purification du cœur et de la conduite, — sur la probité et l'amour du prochain.

Donc , Jésus doit son spiritualisme à son I

éducation sous la loi mosaïque et à son étude i

des œuvres des prophètes. — Et quand nous disons ici avec admiration que Jésus a choisi la fleur, — séparé le bon grain — et constitué un avancement de morale, — à la manière de Moïse, — nous ne croyons nullement le diminuer , et nous croyons avoir recherché avec amour tout ce qui pouvait le mettre en lumière.

Et maintenant, mes frères, qu'avez-vous fait de l'esprit de Jésus?

Au lieu de diviniser la pensée, en la réali- .

sant, vous avez divinisé l'homme.

Et voilà pourquoi l'avancement -de morale issu de Jésus n'a porté aucun fruit, et voilà comment vous avez déshérité l'humanité du progrès qui en était la conséquence.

Ainsi , depuis dix-huit siècles, la moral isatiou de l'homme est restée stationnaire , et

on peut encore se demander, en lisant aujourd'hui les satiriques romains, si c'est de leurs contemporains qu'ils parlent — ou des nôtres.

Et pendant que la science, la philosophie, les beaux-arts, l'industrie, progressaient miraculeusement, le sensualisme grec et romain continuait son œuvre, l'homme devenait de plus en plus l'esclave de ses jouissances matérielles, et le niveau des âmes s'abaissait*

Quel est le coupable? —

Certes vous ne prétendez pas que les hommes ne soient pas moralisables.

Certes vous ne prétendez pas que le but de la vie ne soit pas l'épuration de l'urne.

Avez-vous donc jfait fausse roule , — ou bien avez-vous voulu non moraliser l'homme, mais le tenir en bride, — et, au moyen de l'idée de Jésus, dominer les peuples et les rois?

S'il en est ainsi, et si cette direction supéricure, qui a pu avoir sa raison d'être, reconnaît qu'elle est maintenant devenue impuissante et que l'homme lui échappe;

Si elle convient vis-à-vis d'elle-même que sa succession est appelée à périr dans les mains de son successeur,

J'en appelle à ce qu'il y a de noble et de généreux en vous, au nom de l'humanité qui souffre et qui attend. — Accomplissez la religion de Jésus. — Faites-la passer du monde de l'idée dans le monde du fait. —

Revenez à Pidée juste, religieuse que vos conciles ont altérée.

Renoncez aux formes de culte, reproduction du culte préconisé par les Pharisiens et condamné par Jésus.

Formulez les conséquences rationnelles de ce renouvellement de sève biblique, et le monde entier vous suivra en chantant votre gloire.

Nous sommes, croyez-le bien, prêts à vous donner l'exemple ou à suivre celui que vous nous donnerez.

Car, à moins que Ton ne fasse exprès de s'opposer au cours naturel des choses , la religion de Moïse et la religion de Jésus ne peuvent se réformer, s'accomplir, sans s'unifier.

Quel est le progrès religieux réclamé par notre génération?

C'est que chaque forme de culte réalise en fait la glorification du créateur et l'amélioration de la créature, l'abaissement de la matière et l'exaltation de l'esprit. •

•Et c'est aussi de relever la raison humaine, de l'appeler au secours de l'âme et de ne plus la sacrifier à la grâce et à la foi.

Constituez l'avancement de l'humanité en réalisant en fait les vertus chrétiennes, et vous aurez véritablement accompli la religion de Jésus.

Si vous repoussez cette gloire, si vous lui préférez quelques jours d'une tranquillité douteuse, vos fils sauront la conquérir; la fraternité véritable a été fondée par la liberté de

conscience , sa régularisation ne se fera pas longtemps attendre.

Quelle que soit votre décision, mes frères, reconnaissez , dans l'intérêt de la vérité, que si, dès aujourd'hui, les trois religions issues de la Bible prenaient pour bases de leur réforme les principes de leurs fondateurs , réalisés d'après les nécessités philosophiques et rationnelles de notre époque, elles arriveraient toutes trois à un résultat conforme et seraient aussitôt confondues dans la même désignation de monothéistes.

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