‹ Les trois filles de la BibleChapitre 31 sur 71 · Pièce justificative n · texte numérisé non relu

Pièce justificative n

Ici nous nous empressons de reconnaître que ce n'est pas avec nos scrupules modernes que les fraudes pieuses doivent être jugées ; tous les partis religieux s'en étant également rendus coupables dans les siècles qui précédèrent immédiatement, et dans ceux qui suivirent l'établissement du christianisme.

Mais nous nous empressons aussi d'ajouter que, le dossier des Juifs ayant péri dans la tourmente qui les a portés hors de leurs foyers , c'est dans le dossier même de leurs accusateurs que nous avons dû rechercher les preuves de leur non-culpabilité, et qu'il est juste de leur en tenir compte.

Une pièce de conviction qui désigne sûrement le coupable se découvre tôt ou tard dans tout procès bien instruit. — L'histoire est le procès du passé. — Ce procès est toujours pendant, alors surtout que le jugement pro-

nonce a été dicté par ceux-là. mêmes qui ont étouffé la voix des vaincus.

Aujourd'hui, cette sorte de passion est apaisée, la recherche historique de la vérité est non-seulement admise, mais demandée par tous. — Qu'il nous soit donc permis de retrouver, jusque dans les Évangiles, les preuves du projet de Jésus d'aider au soulèvement des Juifs contre les Romains, projet dont la seule situation de Jésus donne la clef.

Et qu'il nous soit aussi permis, puisque le Pilate des évangélistes est si différent du Pilate de l'histoire, de préférer l'opinion désintéressée des historiens, appuyée sur des faits authentiques, au dire des évangélistes dont l'intérêt à dénaturer le caractère de Pilate est d'une évidence complète.

« Pilate était d'un naturel violent et opiniâtre, qui ne pouvait se résoudre à faire plaisir aux Juifs* » (Puilon, Legatio ad Cujam, M. 11, p. 590.)

« Un jour, on lui adressa des remontrances, mais comme cet homme était d'un caractère violent et dur, il résista. Alors on lu] cria

avec force : Cesse de provoquer aux séditions et à la guerre , cesse de rendre la paix impossible. La volonté de Tibère est que nos lois soient respectées. Si tu as reçu quelque éditou lettre nouvelle, donne-nous-en connaissance, afin qu'une députation parte à l'instant. Ces paroles ne firent qu'exaspérer le procurateur, qui craignit qu'un appel à Rome ne dévoilât tous ses crimes, la vénalité de ses sentences, ses rapines, la ruine des familles, tous les outrages dont il était l'auteur, le supplice d'une foule de personnes qui n'avaient subi aucun jugement, des excès de

cruautés en tous genres. » ( Philon , De virtuL et légat, ad. Cai., oper. omn.9 éd. grœc. lot. Mangey, t. II, p. 590.)

« Du côté du peuple et du côté du procureur, il y eut réciproquement haine, mépris, menaces, injures. Un des moyens coercitifs

que Çilate mit en usage redoubla Panimosité des nationaux. Pour réparer, disait-il, les aqueducs qui amenaient l'eau dans Jérusalem et faire d'autres constructions, l'intendant romain voulut s'emparer, de sa seule autorité, d'un fonds de réserve qui était conservé dans le terrfple ; tout nouvel acte d'usurpation étrangère, de quelque raison qu'on le colorât, excitait la fermentation. Le procurateur vit des rassemblements du peuple se former et grossir. Il prescrivit à une partie de ses troupes et de ses agents de prendre le costume du pays et de cacher de gros bâtons sous leur manteau.

« Ces hommes déguisés se mêlèrent à la multitude, et, à un signal convenu, se ruèrent également sur les promoteurs du tumulte et sur les habitants paisibles. » Bell, judaic, lib. ii9 cap. îx, ed Haverc, p. 167 ; Antiquités jud., p. 875.)

Les citations précédentes prouvent suffisamment que quiconque a étudié l'histoire du gouvernement de la Judée par Pilate ne peut admettre le rôle ridicule qui lui est attribué par les évangélistes à l'occasion du procès de Jésus.

11 est surtout un certain dialogue entre Pilate et le peuple juif qui est le comble de l'invraisemblance.

Quant à Caîphe, il est également prouvé qu'il n'a conservé sa longue autorité, pendant la domination romaine, qu'à la condition de

ne s'en servir qu'avec Pagrément de Pilale.

Toutefois, il est vrai qu'un passage de Josèphe, Antiquités judaïques, liv. xvm, ch. 4, affirme que Pilate fil crucifier Jésus sur l'accusation des principaux de notre nation; mais les preuves de l'interpolation étant manifestes, — et M. Peyrat l'ayant victorieusement démontré dans son Histoire de Jésus, ch. 13, p. 335, nous nous appuyons sur son remarquable travail*1, et nous ajoutons que Tacite (Annales, liv. xv, ch. 44) * désigne Pilate comme seul responsable du jugement et de l'exécution de Jésus.

Ici il nous est impossible de passer sous silence l'opinion de David-Frédéric Strauss.

Ce maître incomparable a écrit (p. 375 du2me vol., traduction Littré) :

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