‹ Les trois filles de la BibleChapitre 33 sur 71 · Tunicam · texte numérisé non relu

Tunicam

« Cela suffit, » il est en tel désaccord avec le sentiment du verset 36, qu'on doit supposer qu'il a été dit afin d'empêcher les nonaffiliés de comprendre, ou qu'il n'a pas été dit du tout.

«Hypocrites, pourquoi me tentez- vous1?... Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu, ch. 22, v. i8.),

Sont des traces certaines des tendances politiques de Jésus. • — Et ce ne sont pas les seules.

Nous protestons, parce qu'il est acquis que la confiance des Juifs dans la venue d'un messie fut surexcitée, à cette époque, par la soif de l'indépendance nationale.

4 . C'est-à-dire, pourquoi voulez-vous me faire donner le signal avanl l'heure?

Et enfin nous protestons, parce que supposer que le Messie, en apparaissant, ne donne pas pour preuve première de sa mission Tindépendance nationale du peuple juif, c'est supposer le contraire des idées du temps.

Et si Jésus, après avoir choisi l'époque des fêtes de Pâques, afin de profiter du tumulte inséparable de l'afiluence des étrangers accourus à Jérusalem (deux millions sept cent mille, d'après Josèphe) ;

Si Jésus, après s'être assuré du concours des Galiléens et de l'état des esprits dans le peuple juif;

Si Jésus , en dépit des avertissements des Pharisiens , s'est décidé à entrer triomphalement à Jérusalem et à accepter ainsi en face des Romains le titre de roi des Juifs,

C'est parce qu'il ne pouvait faire autrement.

En effet, ressusciter les morts, nourrir cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons, être le Messie, le fils de Dieu, et ne pouvoir, ainsi que Moïse , délivrer Israël de l'esclavage; — et ne pouvoir même, ainsi que le Macchabée, chasser les païens de Jérusalem, était une situation impossible à soutenir plus longtemps.

Malheureusement, d'après les croyances messianiques esséniennes, Jésus pensa qu'il surexciterait le mouvement national en se disant le fils même de Dieu.

Mais les croyances messianiques esséniennes étaient purement esséniennes; les croyances messianiques générales attendaient un envoyé de Dieu, un descendant de David, et nullement un Dieu.

D'ailleurs, éclairé par le malheur, le peu* pie juif s'était affermi dans le monothéisme; il avait discerné dans la Bible la marque à laquelle se reconnaissait le faux prophète. (Deutéronome, 13-2 et suiv.) — Jésus se faisant égal a Dieu fut aussitôt abandonné de tous, et les mêmes hommes qui l'avaient conduit triomphalement h Jérusalem et acclamé roi s'armèrent de pierres et voulurent le lapider.

(t J'ai fait devant vous, leur dit Jésus, plusieurs bonnes œuvres : pour laquelle voulezvous me lapider ?

— Ce n'est pas pour une bonne œuvre que nous voulons te lapider, répondirent-ils, mais à cause de ton blasphème, et parce que, étant homme, tu te fais Dieu. » (Jean, 10, 31 et suiv.)

Afin de ne pas nuire à la rapidité du récit

si

final de la Cinquième, nous nous sommes contenté d'affirmer que Jésus avait été arrêté par une cohorte romaine. — Nous devons ici appuyer notre dire.

D'après Matthieu (ch. 26, v. 47), « Judas, l'un des douze, arrive, suivi d'un grand nombre de gens armés d'épées et de bâtons, et envoyés par les princes des prêtres et par les anciens du peuple; »

Et d'après saint Marc (ch. 14, v. A3)... « Lorsque vint Judas l'Iscariote, l'un des douze, suivi d'un grand nombre de gens armés d'épées et de bâtons... »

Mais nous ne pouvons tenir aucun compte de leurs deux déclarations concordantes, les Romains connaissant trop les lois de leur propre sécurité au milieu d'une nationalité conquise et toujours frémissante, pour qu'il

ili LES TROIS FILLES

fût permis d'agir ainsi militairement, en dehors même de la ville et au milieu d'une cohue tumultueuse.

D'après saint Luc (ch. 22, v. 47 ), « une troupe de gens et devant eux l'un des douze, nommé Judas... »

Et enfin saint Jean, plus explicite et moins invraisemblable, dit (ch. 18, v. 3) :

« Judas donc, ayant pris une cohorte. »

Et il dit aussi, même chapitre, verset 12 :

<( Aussitôt la cohorte et son commandant, avec les officiers des Juifs, se saisirent de Jésus et le lièrent. »

Mais pour qu'une cohorte romaine, composée de six cents hommes, ait procédé ainsi à l'arrestation de Jésus, — un ordre a été

donné au commandant de cette cohorte; un ordre de qui? — Un ordre de son chef. — Quel est son chef, si ce n'est Pilate?

La présence de la cohorte romaine est donc la signature même de Pilate;

Et ce n'est pas la seule, car la rapidité de l'exécution est aussi à la fois la signature de Pilate et celle de la politique romaine en pays conquis.

Arrêté dans la nuit, Jésus est sur la croix à neuf heures du matin, d'après saint Marc (ch, 15, v. 25), — et d'après saint Jean, avant midi (ch. 19, v. Ift).

Il est donc de la dernière évidence que Pilate n'a pas laissé aux Juifs le temps d'instruire le procès; — tout au plus y a-t-il eu interrogatoire.

*!(> LKS TROIS FILLES

La forme de procédure criminelle des Juifs nous est conservée dans la Mischna.

« Où il s'agit de vie et de mort, l'acquittement peut être prononcé le premier jour; — mais pour condamner il faut absolument remettre la cause au lendemain. » (Sanhédrin, 32.)

Donc un tel procès ne pouvait être instruit la veille du sabbat ou d'un jour de fête.

Et, en outre, la nuit, on ne pouvait jamais juger une affaire criminelle.

Ainsi donc, d'après nos inductions, tirées de saint Marc et de saint Jean, il ressort aussi formellement que d'après Tacite que c'est par l'ordre de Pilate qu'il a été procédé à l'arrestation ainsi qu'à l'exécution de Jésus.

Ainsi donc le préjugé par lequel les Juifs

sont accusés, depuis des siècles, d'avoir crucifié leur Messie, est un préjugé qui ne peut résister à aucun examen rationnel, quel que soit le point de vue auquel on l'envisage.

Aider au renversement de ce préjugé, c'est aussi aider à la disparition du véritable obstacle à l'unification des trois filles de la Bible.

C'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir reculer devant cette redoutable question.

Nous avons évité avec soin dans ce court exposé toute controverse religieuse, et nous nous sommes renfermé dans le libre examen, au point de vue historique, du procès de Jésus.

Effectivement, si Jésus est Dieu, s'il a voulu se sacrifier pour racheter le péché originel de l'homme, il n'a été victime ni des Juifs,

ni des Romains, il a été victime de son dévouement à l'humanité , les Romains et les Juifs n'ont été que les instruments choisis par lui ; — et ils doivent équitablement être déchargés de toute responsabilité morale du fait.

Peut-être alors pourra-t-on rationnellement se demander si Dieu, idéal de justice, idéal de puissance, idéal de bonté, Dieu des juifs et des chrétiens, Dieu de la Bible, punit effectivement les enfants des fautes de leurs aïeux; et si, en tous cas, sa miséricorde ne peut se manifester qu'à la condition d'un sacrifice sanglant, sauvage, infamant, subi par son propre fils, par un autre lui-même.

Peut-être aussi pourra-t-on ajouter avec Philipson que « le salut de l'âme pécheresse par l'objet de la mort de Jésus ne peut être prouvé ni par l'histoire, ni par la raison, qui vont bien plutôt à son encontre. »

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