‹ Les trois filles de la BibleChapitre 53 sur 71 · I)K LA BIBLE. .U · texte numérisé non relu

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Alors que la dispersion d'Israël était flagrante, alors que l'affaiblissement du monothéisme pouvait résulter du contact avec l'étranger, le Talmud, au moyen d'une interprétation à outrance, adjoignit aux prescriptions de la Bible les observances les plus minutieuses et les réglementa avec des aggravations calculées.

En sorte qu'il est permis de supposer que ces lois avaient pris à tâche d'alarmer les consciences de ceux qui cherchaient à les suivre, — afin que leur esprit fût continuellement en éveil sur le danger des relations païennes.

Et quelque étranges que paraissent ces mesures & la civilisation moderne, une admiration sans bornes est due au sentiment héroïque qui guidait nos chefs pendant cette lutte désespérée.

Toutefois les Caraltes, secte israélite trèsorthodoxe, refusèrent de suivre le Talmud au delà du sens littéral de la Bible.

Et les Caraltes traitèrent les autres Juifs d'hérétiques parce que, disaient-ils , ils avaient commis une infraction à la loi.

« Tu n'augmenteras pas sur lui, tu ne diminueras pas de lui. » (Deutéronomo, ch. 13. v. 1; ch. 4, v. 2.)

Depuis la dispersion, de nouvelles prescriptions et de nouvelles aggravations furent encore ajoutées au Kascher, les rabbins ayant cru devoir sauvegarder la religion et l'honneur de notre race en répondant aux proscriptions par des mesures analogues.

Lorsque l'Église déclara que les vins fabriqués par les Juifs étaient impropres à

la consommation des chrétiens. — les rabbins, s'appuyant sur le Talmud, ordonnèrent aux Juifs de ne boire que des vins fabriqués par des Juifs.

Lorsque l'Église défendit de boire du lait débité par les Juifs, et donnèrent pour motifs qu'ils vendaient le lait de leurs femmes, les rabbins défendirent aux Juifs pieux de faire usage de tout lait et de tout fromage vendu par des chrétiens.

A l'époque du moyen âge, l'Église défendit aux chrétiens d'acheter de la viande aux bouchers juifs, les accusant de vendre des animaux corrompus.

En réponse à ces calomnies, — les rabbins rappelèrent que le Talmud prescrivait la she'hita et la bedica (tuer l'animal en lui coupant la gorge, — inspecter scrupuleuse-

ment son état de santé) , et recommandèrent de ne manger sous aucun prétexte d'autre viande que de la viande Kascher.

Certes les générations qui ont édicté de telles lois et qui s'y sont assujetties, alors que le monde entier les regardait avec mépris et les frappait sans pitié, — ces générations, martyres d'une idée philosophique, — ces générations grandiront dans l'esprit des peuples à mesure que s'éloigneront ces époques sauvages.

Toutefois, il convient de constater que les temps sont autres, que nos devoirs sont autres, et que ces mesures, de monothéistes qu'elles étaient, sont devenues antimonothéistes.

Aujourd'hui le Kascher n'est généralement plus observé chez les laïques, — et cependant les rabbins continuent de suivre rigou-

reusement l'application de cette rigoureuse loi.

Dans le passé, le Kascher séparait le païen de l'Israélite.

Aujourd'hui le Kascher sépare l'Israélite de ses chefs religieux, de ses rabbins.

Dans le passé, le Kascher s'opposait au prosélytisme des païens chez les Israélites.

Aujourd'hui le Kascher facilite le prosélytisme des religions rivales chez les Israélites, — et nos enfants sont menacés de perdre en même temps le sentiment de la famille et la connaissance de la vérité israélite.

Le Kascher constitue donc à lui seul une phase nouvelle dont les dangers ne peuvent sérieusement être contestés, et si nous ne

nous hâtons de régulariser la position actuelle, nous aurons consenti à subir sur un point, sur un point seulement, une infériorité religieuse.

D'après leTalmud, — il est permis à ceux qui sont chargés de veiller aux intérêts de la religion , de prendre en tout temps les dispositions que rend indispensables le besoin du maintien de la religion.

Le moment paraît donc venu de convoquer un Sanhédrin composé de laïques et de rabbins.

D'après Maimonide, s'il s'agit d'une disposition religieuse qui permette aux Israélites de s'améliorer (au point de vue de la religion), ou si le temps presse, dans ces cas, un petit tribunal peut changer nonseulement l'ordonnance d'un plus grand,

mais encore un article de la loi biblique. (Maurim. H-v, 4-5.)

En abandonnant à la conscience de chacun la conduite qu'il doit tenir à l'égard de ces coutumes pieuses, ce Sanhédrin se montrera l'appréciateur éclairé de son époque et de sa mission.

— En déclarant que toute prescription sur la nourriture est désormais considérée comme facultative, ce Sanhédrin se montrera le digne successeur de ceux qui ont édicté ces lois.

Certainement» quelques esprits craintifs ou arriérés allégueront encore que toutes nos lois, étant divines, sont parfaites et qu'il ne sera jamais permis de les modifier.

Un rabbin du xiv* siècle, Joseph Albo,

s'est chargé du soin de leur répondre victorieusement dans son livre Ikarim (principes) .

« Sans doute, dit Joseph Àlbo, sans doute, les lois divines sont parfaites; — mais, données à des hommes, leur perfection est relative, puisque ces hommes peuvent ne plus se trouver dans la même situation où ces lois étaient parfaites pour eux.

« Or, les lois doivent ennoblir et perfectionner les hommes, elles doivent donc admettre des modifications qui les mettent en harmonie avec les hommes pour qui elles sont faites.

« C'est cette tendance de perfectionnement qu'admettent les lois religieuses des Israélites dans leur développement progressif.

« Et certes, après tant de siècles les Israé-

lites ne se trouvant plus dans les mêmes circonstances, qui peut dire que la sagesse divine défende de changer des lois qui ne se rapportent plus aux mêmes circonstances^

« Le Pentateuque lui - même offre des exemples de ces changements.

« Dieu a tacitement défendu à Adam et Eve de se nourrir de chair, — et il en donne la permission à Noé après le déluge.

« Moïse défendit peu avant sa mort d'ériger des stèles, et pourtant il en avait élevé luimême après la révélation.

« Le Talmud reconnaît aussi ce principe et déclare que toutes les fêtes, à l'exception du Kipour et du Pourime, seront abolies. »

Avant Joseph Albo, Maimonide, le grand

Maimonide, avec son autorité sans pareille, avait dit :

« La religion, la loi divine est éternelle, mais sa forme, le culte, est essentiellement variable.

« Adorer cette forme, c'est encore de l'idolâtrie.

« Des paroles, des cérémonies , des jours, peuvent en devenir Pobjet aussi bien que des images sculptées. »

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