‹ Les trois filles de la BibleChapitre 54 sur 71 · ISRAÉLITES DE FRANCE · texte numérisé non relu

ISRAÉLITES DE FRANCE

Messieurs,

Vous déplorez depuis longtemps le manque de rapports sociaux entre nos rabbins et nos familles.

La cause principale de cette séparation, vous ne l'ignorez pas, Messieurs, c'est la désuétude du Kascher.

En effet, Messieurs, pendant que nos respectables rabbins continuent de suivre rigoureusement les rigoureuses prescriptions du Kascher, nos laïques ne les observent plus que par exception.

- Cette situation existe en France depuis longtemps.

Depuis ce temps, Messieurs, nos familles sont privées de recevoir à l'état intime les enseignements et les secours spirituels de nos rabbins.

Depuis ce temps, Messieurs, nos traditions tombent en oubli, les citations de nos livres sacrés ne sont plus en honneur parmi nous,

— et la juste appréciation des idées élevées du judaïsme s'efface. —

Ainsi, Messieurs, ainsi s'opère le relâche-

ment des liens de la religion et de la famille. Et ainsi nos faibles sont livrés sans défense au prosélytisme infructueux, mais incessant, des religions rivales.

Sur ce point, — sur ce point seulement, Messieurs, une infériorité religieuse s'est donc manifestée chez nous.

Ces questions sont d'ordre supérieur, — elles constituent un danger pour l'israélitisme, — et il ne paraît plus permis de continuer cette situation.

C'est à vous qu'il appartient de décider ce que permet l'état de la civilisation en France et ce qu'ordonne la mission d'Israël.

C'est pourquoi nous avons cru devoir, sous forme de pétition , vous prier d'examiner s'il convient de relever ou s'il convient

d'abandonner la loi cérémonielle du Kascher.

La relever! Messieurs! Comment? Par quel raisonnement remettre en vigueur une loi qui nous replacerait chaque jour dans la nécessité de manquer à notre conscience religieuse ou de méconnaître nos plus impérieux devoirs professionnels et sociaux?

Quel est donc celui qui penserait réussir dans une telle entreprise?

L'abandonner ! — Quel moyen employer pour qu'aucune conscience n'en soit alarmée?

D'après le Talmud, il serait permis à ceux qui sont chargés de veiller aux intérêts de la religion de prendre en tout temps les dispositions que rend indispensables le besoin du maintien de la religion.

DK LA BIBLE. 3o7

D'après Maimonide, — s'il s'agit d'une disposition religieuse qui permette aux Israélites de s'améliorer (au point de vue de la religion), ou, si le temps presse, — dans ces cas un petit tribunal peut changer non-seulement l'ordonnance d'un plus grand, mais encore un article de la loi biblique. (M au ri m, h, v. 4 — û.)

La convocation d'un sanhédrin ou plutôt d'un synode composé de rabbins et de laïques désignés par vous, n'est-elle pas ainsi à la fois dans votre droit et dans votre devoir.

Ce synode, après avoir examiné s'il convient ou non d'agir, — ne pourrait-il aussi examiner s'il doit ou non déclarer formellement que toute prescription sur la nourriture est désormais considérée par lui comme facultative.

358 LES TKOIS FILLES

Peut-être aussi, Messieurs, voudrez-vous soumettre à ce synode la question de savoir si l'éloquence religieuse, si glorieuse dans le passé, nous fait ou non défaut dans le présent, — et s'il convient aujourd'hui de remplacer par une prédication au moins hebdomadaire , la lecture de la loi en hébreu dans nos temples?

Et enfin, Messieurs, ne voudrez-vous pas faire décider par ce même synode s'il convient encore de célébrer les seconds jours de fêtes, alors qu'il est constant que l'incertitude de la science astronomique fut jadis la seule cause de leur édiction.

Agréez, Messieurs, l'assurance de mon entier dévouement à la cause israélite et l'expression de mon profond respect.

HlPPOLYTE RODRIGUES.

Fromont, 27 septembre 1866.

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