‹ Les trois filles de la BibleChapitre 56 sur 71 · D'INTERPRETATION · texte numérisé non relu

D'INTERPRETATION

La lettre tue et l'esprit Yivifie.

La religion Israélite est la première qui ait admis le principe du libre examen.

La religion Israélite est la seule qui ait admis la liberté d'interprétation , l'interprétation par l'esprit.

Et si tout indique que c'est à l'usage de la liberté d'interprétation que les Israélites doi-

vent la supériorité de leur spiritualisme, tout indique aussi que c'est au moyen de la liberté d'interprétation que la morale biblique deviendra la morale universelle et que triomphera définitivement le Dieu un.

La liberté d'interprétation est le contraire du Non possumus.

Le Non possumus dit à l'homme : Je suis infaillible, je suis la perfection; — hors de moi point de salut, — hors de moi point de progrès; — ma voix est la voix de Dieu. Quiconque me critique, critique Dieu ; — le raisonnement a été donné à l'homme afin de l'égarer; — ne cherchez pas et vous trouverez.

La liberté d'interprétation dit à l'homme : — Dieu t'a donné, pour éclairer ton libre arbitre, la conscience et la raison; — ouvre

une Bible : — Dieu adonné la Thora (le Pentateuque) aux hommes intelligents; — celui qui n'a pas d'intelligence, n'a pas de Thora;

— l'esprit de la Bible est supérieur à la lettre de la Bible ; réfléchis, — raisonne, — cherche et tu trouveras. — Je ne suis pas le progrès,

— je suis l'arme du progrès; — ma voix n'est pas la voix de Dieu, c'est la conscience qui est la voix de Dieu ; — les clefs du paradis se trouvent dans la purification de la conduite ; — hors de la bonne conduite point de salut ; — quiconque me critique, quiconque recherche l'épuration de mon culte fait une œuvre sainte, — une œuvre agréable à Dieu*

La liberté d'interprétation excite chez l'homme individuel un prodigieux effort, un travail moral profond et profitable.

Le Non possumus engourdit et enchaîne les facultés de l'homme.

La liberté d'interprétation exalte, glorifie l'intelligence et la raison.

Le Non possumus les anathématise.

La liberté d'interprétation étant à la fois la gloire et la marque du spiritualisme de la race juive, nous allons essayer d'en indiquer l'origine et d'en suivre les traces jusqu'à nos jours.

L'origine de la liberté d'interprétation se trouve dans le Deutéronome, ch. 30, v. 2 et suivants.

« Car ce commandement n'est pas caché « devant toi, ni éloigné.

« Il n'est pas au ciel, — à dire: Qui mon- « tera pour nous au ciel et le prendra pour « nous, et nous le fasse entendre pour que « nous l'exécutions.

« Il n'est pas au delà de la mer, à dire : h Qui passera pour nous au delà de la mer « et le prendra pour nous, et nous le fasse « entendre afin que nous l'exécutions.

la chose est très-près de toi, dans

« ta bouche, dans ton cœur pour l'exécuter.

(( 15. Regarde! j'ai donné devant toi au- « jourd'hui la vie et le bien, la mort et le « mal.

« 19. Je prends à témoin aujourd'hui « contre vous le ciel et la terre; j'ai mis de- « vant toi la vie et la mort, la bénédiction « et la malédiction ; choisis la vie, afin que « tu vives, toi et ta postérité.

« 20. Pour aimer T Éternel ton Dieu, pour « obéir à sa voix et pour être attaché à lui,

« car en lui est ta vie et la prolongation « de tes jours. »

Ainsi ce commandement , c'est ta bouche et ton cœur qui doivent l'accomplir.

L'accomplir, c'est-à-dire l'étudier, l'interpréter, afin de le faire fructifier, de l'accomplir.

Ainsi, si tu aimes Dieu, — si tu obéis à sa voix (la conscience) , tu trouveras en lui nonseulement la vie, — mais la prolongation de tes jours, — au delà de la vie.

D'après Raschi, le verset 47 du 32* chapitre du Deutéronome serait aussi une des origines de la liberté d'interprétation.

Le sens de — « car ce n'est pas une chose

vaine, » — serait : — il n'y a rien dans la Thora, de quelque peu d'importance qu'il soit, — qu'en l'expliquant, — tu n'en tires profit.

Toutefois cette interprétation trop subtile ne peut être admise.

Le Talmud donne l'explication rationnelle 4e ce verset :

<( Car ce n'est pas une chose vaine de votre part, — et si elle est vaine, c'est de votre part. (Talmud de Jérusalem, traité Pea, ch. 1; traité Ketouboth, ch. 8, à la fin.)

L'explication de Maimonide est identique.

« Cette législation n'est pas une chose vaine, sans but utile, et s'il vous semble qu'il en est ainsi à l'égard de certains commandements, la faute en est à votre compréhen-

sion. » (Maimonide, — Guide des égarés,

— tome ni, page 205.)

Le premier qui prêcha et pratiqua la liberté d'interprétation après Moïse fut Samuel.

Samuel dit : « L'Éternel prend-il plaisir « aux holocaustes et aux sacrifices aussi bien « qu'à l'obéissance de sa voix? Certes, obéir « vaut mieux que des sacrifices, et être at- « tentif est préférable à la graisse des mou- « tons. » (Samuel, I, ch. 10, v. 22.)

Ainsi, d'après Samuel, le culte n'est qu'un moyen, le but c'est la connaissance de Dieu,

— la purification de la conduite, — l'enseignement du monothéisme — et la moralisation de l'homme.

La recherche incessante de l'épuration du

culte est la conséquence de cet enseignement • David, dictant à Salomon ses dernières volontés, lui recommande surtout deux choses :

Faire des efforts pour arriver à la connaissance de Dieu — et lui rendre ensuite un culte digne de cette connaissance.

a Et toi, dit-il, mon fils Salomon, recon- « nais le Dieu de ton père et adore-le... etc. a Si tu le recherches, il se laissera trouver « par toi. » ( 1 Chroniques, 28-29, Maimonide, tome 111, page 438, Guide des égarés.)

Après Samuel et David — c'est lsaïe disant : « Je ne puis voir l'iniquité avec vos « fêtes. — Je n'écoute pas la prière de celui « dont les mains sont remplies de sang. » (lsaïe, v. 2 et suivants.)

« Ouvrir les nœuds de la méchanceté, dé- « tacher les liens de l'assujettissement, ren-

« voyer libres les opprimés et briser chaque « joug, — voilà le jeûne que je préfère. » (Isale, 58, — 5-6-7.)

C'est Jérémie disant : « Car je n'ai point « parlé à vos ancêtres et je ne leur ai pas « donné de commandement au sujet des « holocaustes et des sacrifices, au jour où je « les fis sortir du pays d'Kgypte. Mais voici « ce que je vous ai commandé : Obéissez à '< ma voix et je serai votre Dieu, et vous se- « rez mon peuple. » (Jérémie, 7, — 22-23.)

C'est Osée disant : «J'ai demandé la « piété et non les sacrifices, la connaissance « de Dieu plutôt que les holocaustes. » (Osée, 6, — 6.)

C'est Àmos disant : « Je hais vos jours « de fêtes ; — éloignez de moi le tumulte de

« vos cantiques; — je n'écouterai pas le « chant de vos nebels.

« Mais que le droit se répande comme « l'eau, et la justice comme un torrent « rapide* » (Amos, 5.)

C'est Michée disant : « Ce que Jéhovah « demande de toi, — ce ne sont ni des bé- « liers, ni des torrents d'huile. — Ce que « Jéhovah demande de toi, rien que pratiquer « la justice, aimer la piété et marcher mo- « destement en la présence de ton Dieu. » (Michée, 6, — 6-7-8.)

Ce sont les Psaumes disant : « Est-ce que « je mange la chair des taureaux? — est-ce « que je bois le sang des boucs? Offre à « Dieu ta reconnaissance et acquitte envers « Dieu tes vœux. » (Psaumes, 50, 13.)

Que les prophètes aient interprété la lettre de la Bible, — la loi orale, — ou seulement le culte en vigueur à leur époque; — le germe de liberté est le même, la source est identique, — et par ordre de date, ils doivent être reconnus les seconds pères de la liberté d'interprétation- —

La grande époque d'Ezra ne pouvait être inutile au développement de la liberté d'interprétation.

Ezra, Néhémie, les Sopherim furent nonseulement les continuateurs de cette méthode, ils en furent encore les vulgarisateurs, en introduisant aux jours de fêtes des explications de la loi dans le temple de Jérusalem.

Ils voulurent adapter le texte du Pentateuque aux cas de la vie réelle, qui n'y sont certainement pas prévus ; et ce fut au moyen de

la liberté d'interprétation qu'ils inculquèrent au peuple d'Israël la connaissance véritable du Dieu un, et qu'ils lui inspirèrent la résolution de se dévouer h son enseignement. —

La liberté d'interprétation continua ainsi sa route féconde, enseignant l'étude intelligente de la loi, créant d'admirables docteurs, fondant enfin l'école de Jérusalem qu'aucun spiritualisme n'a égalée depuis dans le monde.

Enfin le plus grand de nos docteurs, Hillel, perfectionnant l'étude et l'application de la loi, établit cette doctrine à l'état d'institution, lui donna des règles certaines pour déduire logiquement les lois traditionnelles des lois écrites et essaya de réconcilier théoriquement les pharisiens et les saducéens en leur donnant pour point de ralliement la loi écrite elle-même. (Graetz, Sinaï et Golgotha.)

Suivant llillel, les lois traditionnelles rassortaient du texte biblique et pouvaient en être déduites au moyen de sept règles ou catégories logique^ :

1° Par une conclusion à fortiori;

2° Par analogie;

3° Par un principe fondamental contenu dans un seul verset biblique ;

4° Par un principe déduit de plusieurs versets bibliques ;

5° Par les rapports entre le général et le particulier ;

6° Par leur homogénéité avec d'autres prescriptions de la loi ;

7° Par le contexte biblique.

Ces règles qui faisaient jaillir l'esprit de la lettre, ne donnaient pas seulement un moyen de justifier la loi traditionnelle par la loi écrite, mais facilitaient encore le développement de la législation d'après l'intention du législateur.

Les conservateurs s'opposèrent d'abord à la doctrine de Hillel, mais en définitive elle fut adoptée par les docteurs qui en tirèrent parfois des conséquences arbitraires1.

On usa et surtout abusa depuis de l'exégèse libre introduite par le grand docteur ; une dialectique subtile désignée depuis plus spécialement sous le nom de talmudique succéda momentanément à l'interprétation franche et sensée de la loi ; mais la liberté d'interprétation était fondée et elle devait

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