LES
Mes Frères en Isuael,
Vous avez eu la gloire de révéler au monde, jusque-là païen, le Dieu unique.
Vos prophètes, ou plutôt vos philosophes, ont appelé commandements de Dieu les préceptes immuables de justice el de morale, — bases du futur code moral.
Vos philosophes ont séparé l'âme de la
chair, et ils ont appelé le corps une poussière, et ils ont glorifié l'âme.
Et après avoir trouvé dans l'harmonie de la création les preuves de l'unité de Dieu, ils ont trouvé dans le libre arbitre les preuves de la justice de Dieu, et ils ont opposé cette loi aussi bienfaisante que vraie à la doctrine aussi dégradante que fausse de la fatalité.
Et ils ont aussi trouvé des sources de poésie dans les sources de morale, — et depuis qu'ils les ont formulées dans un magnifique langage, tout ce qui est devenu grand et élevé par l'âme a puisé sa grandeur et son élévation dans leurs méditations.
Et, enfin, Dieu, dans son immense bonté, a ajouté à votre gloire la palme d'un martyre incomparable.
Après avoir été vaincus , chassés de vos loyers et dispersés sur la surface de la terre, vous avez été persécutés, égorgés et calomniés.
Et vous vous êtes résignés à la volonté de Dieu, — et vous l'avez remercié d'avoir fait de vous des victimes, — puisque h cette époque de ténèbres, il n'y avait sur terre que des victimes et des bourreaux.
Et alors le délire s'est emparé de vos persécuteurs, — à ce point que les prêtres ont imaginé les tortures de l'Inquisition, — de \& sainte Inquisition!
A ce point que les rois ont tenu à honneur d'allumer de leurs mains le bûcher témoin de la fermeté de votre foi dans un seul Dieu ;
A ce point que les peuples, lorsque se déclarait un fléau , vous égorgeaient , ainsi que vos femmes et vos enfants, pour détourner la colère divine.
Et aussi, lorsqu'ils entreprenaient quelque grande guerre, quelque croisade inouïe, ils commençaient, saisis d'enthousiasme, par se ruer sur vous, mille contre un, — et ils
vous massacraient , ainsi que vos femmes et vos enfants, afin d'appeler sur leurs entreprises les bénédictions du ciel.
Vous avez supporté dignement ces longues épreuves, — et quand enfin les hommes ont reculé avec horreur devant le sang répandu par les guerres dites de religion , quand la liberté de conscience est apparue, vos persécuteurs vous ont trouvés parmi eux comme des frères, — et si votre nombre était petit parmi les peuples, le nombre de vos hommes supérieurs était grand parmi les hommes supérieurs de ces peuples.
Car la douleur a été mise sur terre pour améliorer l'âme.
Et maintenant, mes frères, les signes de la majorité religieuse de l'homme sont manifestes.
L'heure est arrivée.
Après avoir révélé le Dieu unique, révélons le culte véritable.
Et quel est celui assez hardi pour dire : — Voilà comme Dieu doit être adoré?
Celui-là, mes frères, c'est d'abord Moïse, quand il nous a apporté les commandements de Dieu,
Et après lui, c'est Isaïe.
Ecoutez Isaïe :
« Qui vous demande de venir dans mes parvis? — Vos néoménies, vos sabbats, vos jours de fêtes me sont indifférents, et vous avez beau multiplier vos prières, je ne veux point les écouter. — Ce n'est pas cela que je désire : — ce que je demande, c'est que vous soyez purs et vertueux , que vous vous éloigniez du mal, que vous vous attachiez au bien, que vous pratiquiez la justice, que vous secouriez l'opprimé , que vous preniez la défense de la veuve et de l'orphelin. » (Isaïe, chap. i, vers. 12 et suiv.)
« Ils viennent à loi, dit encore le Seigneur
au prophète Ezéchiel, l'affluence est grande, il s'assied devant toi, mon peuple, ils écoutent tes paroles, mais ne les mettent pas en pratique. — C'est délice que ce qu'ils exécutent de leur bouche, mais leur cœur est après le gain, et voilà — tu es pour eux une chanson charmante , belle voix , — savante musique, ils écoutent tes paroles; mais eux, les pratiquer, — ils n'y songent pas. »
(xxxm, 31 etsuiv.) Écoutez encore Isaïe :
« Est-ce là ce que vous appelez un jeûne et un jour agréable au Seigneur? Non. — Le jeûne que je demande, le voici :
« Délier les liens du vice , s'affranchir des nœuds de la méchanceté , délivrer les opprimés, partager son pain avec ceux qui ont faim, donner asile aux indigents et vêtir ceux qui sont nus, rassasier les âmes affligées et
briser le joug de l'esprit du mal. » {haie, chap. 58.)
Oui, mes frères, le culte véritable, c'est celui qui assure à ceux qui le professent la plus grande moralisalion possible. — C'est ainsi seulement, qu'il est agréable à Dieu d'être adoré.
Ne confondons pas la foi véritable, qui nous a été transmise par nos pères au péril de leurs jours, avec les pratiques religieuses.
Les pratiques de toutes les religions sont empreintes du cachet de barbarie des époques, des climats et des préjugés des pays qui les ont vues naître.
Ne fallait-il pas dominer le nombre, lui parler de manière à être entendu , et laisser ensuite le temps faire son œuvre ?
L'heure est arrivée , les esprits sont préparés, la transformation est inévitable, —
c'est par nous qu'elle doit être accomplie, parce que notre religion est fondée sur la raison humaine et que notre race est pénétrée de l'amour de Dieu.
Et aussi parce que nous prêtons l'oreille h toutes les voix de la nature.
Cette transformation doit avoir pour résultat l'unification des religions juive, chrétienne et mahométane, — les trois Filles de la Bible.
Elle doit avoir pour but l'amélioration de l'âme.
Elle doit avoir pour moyen le délaissement des questions de théologie au profit des questions de morale , la mission des chefs religieux étant de formuler et de développer le code moral, de le prêcher dans le temple et de porter dans l'intérieur des familles les paroles consolatrices et les principes d'union et d'abnégation.
Quant aux cérémonies du culte, elles doi-
ventêlre radicalement transformées, dépouillées de leur enveloppe étrangère et mises en rapport avec nos pays, nos mœurs et l'état de notre civilisation.
Toutefois, songez-y, mes frères, pour que cette société, engendrée par nous, soit aussi par nous rénovée, il est. nécessaire que chacun fasse le sacrifice d'une partie de ses idées et de ses habitudes.
Et que chacun de nous fasse son devoir.
Et maintenant, mes frères, je fais appel à nos dignes chefs, — et je leur dis :
Redoutez le schisme , conséquence des efforts individuels; — votre voix est puissante et autorisée , — formulez le culte véritable. Et afin qu'il soit successivement adopté par les enfants des trois Filles de la Bible, écartez avec soin tout ce qui divise , choisissez avec amour tout ce qui réunit.
Et inspirez enfin à nos enfants le mépris du veau d'or, devant lequel se courbe avec tant d'insolence la génération actuelle.
Il me semble avoir trouvé, écrite en toutes lettres dans l'esprit des lois de Moïse, la formule qui suit :
« 1. Et le jour est venu de remplacer le baptême de la circoncision par la bénédiction paternelle et maternelle, — en présence du chef religieux, qui reçoit devant Dieu l'engagement du père et de la mère de faire leur devoir; — et qui leur répond par la définition de leur devoir.
« 2. Et le jour est venu de vous rappeler que vous devez à Dieu, — à Dieu seul, — la confession fréquente de vos actions ainsi que la recherche des fautes que vous avez pu commettre.
« Que celte confession soit faite sans inutile détour, sans complaisance pour vousmêmes, Dieu vous répondra à l'instant même par la voix de votre conscience.
« 3. Et le jour est venu de remplacer en
»f LES TROIS FILLES
partie la prière écrite et prononcée dans une langue dont vous ignorez le sens, — prière qui ne peut vous profiter et par conséquent qui ne peut être agréable à Dieu, — par une prière pensée et tout émanée de vous.
« C'est à vos chefs religieux qu'il appartiendra de répandre les bases de la prière mentale.
« 4. Et que vos chefs religieux n'oublient jamais, qu'avant de pénétrer dans l'intérieur des familles, ils doivent être mariés, — car il n'est pas bon que l'homme soit seul, — et la nature commande l'union de l'homme et de la femme, et la société exige à juste titre que cette union soit régulière et légitime.
» 5. Et que le plus grand soin soit apporté à l'initiation religieuse et morale donnée à l'enfant âgé de treize ans.
« Et qu'il soit éclairé par le père, ou à son défaut, par le chef religieux :
« Sur l'unité de Dieu,
« L'immortalité de l'âme,
« La voix de la conscience,
« Le libre arbitre,
« La distinction du bien et du mal,
« Le devoir,
« Le secours moral et matériel à celui qui souffre ou qui est en danger.
« 6. Et qu'un jour de repos par semaine étant salutaire à l'àme ainsi qu'au corps, il se repose autant que possible le samedi ou le dimanche.
« 7. Et que la bénédiction religieuse du mariage soit précédée de l'engagement pris par les époux de faire leur devoir.
« Et que le chef religieux leur réponde par la définition de leur devoir.
« Ensuite, les chefs de famille ayant donné leur bénédiction aux mariés, que la bénédiction nuptiale soit donnée par le chef religieux.
« El que le premier devoir accompli par le nouveau ménage soit le devoir de charité,
et que cette aumône faite sans intermédiaire soit bien placée.
« 8. Et que le chef religieux , averti de l'extrême danger d'un de ses frères, se transporte immédiatement près de lui et l'engage à faire sa confession mentale.
« Puis qu'il l'exhorte à réparer autant que possible les fautes que lui reproche sa conscience.
« Et qu'il lui parle de la puissance du repentir véritable et de la bonté miséricordieuse des lois de Dieu.
« Et qu'il lui dise pourquoi l'homme est porté à exagérer les terreurs de l'idée de la mort.
« Instinct de la conservation. — Superstition religieuse du passé. — Vue matérielle du cadavre.
« Et quand le chef religieux aura terminé sa mission envers celui qui part, qu'il s'occupe de ceux qui restent.
« 9. Et nous renouvellerons , et nous remettrons en honneur les sacrifices offerts à Dieu par nos pères dans le temple même de Jérusalem.
« Toutefois, en place d'un bélier ou d'un agneau, nous sacrifierons au Seigneur un de nos défauts ou un de nos vices, suivant que notre âme aura moins ou plus de force.
« Et pour cela, il faudra nous efforcer chacun des jours de l'année.
« Et le soir du jour où nous aurons fait un pas en avant, nous serons satisfaits de nous.
u Et le soir du jour où nous aurons fait un pas en arrière, nous serons mécontents de nous.
« Et, en proportionnant chacun sa tâche à ^a force, nous arriverons tous, le saint jour du Pardon, avec un sacrifice agréable h Dieu.
« Car nous devons conserver et renouveler
à jamais la sainte fête du Pardon, en nous éloignant de la lettre et en nous rapprochant de l'esprit.
« 10. Le dernier jour de chaque année doit être consacré au Pardon.
« La seule manière de demander pardon à Dieu de ses fautes , c'est de les reconnaître et de s'en repentir.
« En effet, — nous qui nous appuyons sur la pure raison, — nous qui savons que les lois de Dieu sont immuables et que sa justice est parfaite, — nous ne pouvons croire que Dieu se venge de la faute commise en là punissant, — ou que Dieu, sensible à des louanges, à des supplications, à des flatteries, — comme le plus vain des hommes, — dérange l'ordre providentiel de sa création et nous épargne la punition, conséquence de notre faute.
« Non, la faute ne peut être rachetée par aucune prière. — Le repentir, le repentir vé-
DE LA BIBLE. il
ritable, qui entraîne le changement de conduite et la réparation du passé, peut seul éviter une partie des conséquences de la faute. »
La fête du Pardon doit donc commencer par le repentir.
Moïse n'a-t-il pas dit :
« Vous êtes libre. — Voilà le bien. — Voilà le mal. — Choisissez. — De la route que vous prendrez sortira votre bonheur ou votre malheur. (Deutéronome, chap. 30 , versets 1 1 , 14, 19.)
Et la fête du Pardon doit continuer par des œuvres.
Moïse n'a-t-il pas dit :
« Et maintenant, ô Israël ! qu'est-ce que « Jéhovah, ton Dieu, te demande, sinon de
« craindre Jéhovah, ton Dieu, de marcher « dans toutes ses voies, de l'aimer et de le ser- « vir de tout ton cœur et de toute ton âme? — « Vous circoncirez le prépuce de votre cœur, « et vous n'endurcirez plus votre cœur, car « Jéhovah, votre Dieu, est le Dieu des dieux « et le Maître des maîtres, le Dieu grand, « fort et redoutable, qui ne fait pas acception « de personne et n'accepte point de dons cor- « rupteurs, qui fait droit à l'orphelin et à la « veuve, qui aime l'étranger pour lui donner « du pain et un vêtement. » (Deutéronome, chap. 10, versets 12 et suivants.)
Ainsi le Dieu unique déclare par la bouche de Moïse que peu lui importe la prière, etque c'est l'œuvre qu'il demande. Telle est l'interprétation que les prophètes ont unanimement donnée de l'enseignement de Moïse.
Cette interprétation est aussi conforme k celle de saint Éphrern.
« Le prophète les avertit que ce n'est pas
dans les sacrifices , mais dans les lois divines, qu'ils trouveront le véritable moyen de salut; car cette loi, Dieu lui-même Ta écrite de son doigt sur les Tables et Ta remise aux enfants d'Israël. Mais les autres préceptes, tels que les rites des prêtres et des sacrifices, ont peu de valeur aux yeux du Seigneur. Aussi ne les a-t-il pas placés à la tête de sa loi dans l'Exode. Plus tard, Moïse, par ordre de Dieu, prescrivit ces observances aux Hébreux, à cause de leur faiblesse et de l'endurcissement de leurs cœurs ; de peur qu'ils ne méprisassent une religion nue (sans culte extérieur), et ne s'attachassent aux faux dieux , dont ils voyaient le culte embelli par de belles et pompeuses cérémonies. » (Éphrem, Syri opéra syriaca, tome II, page 111.)
Telle est aussi l'interprétation de Racine : Du zèle do ma loi que sert de vous parer?
Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer? Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices? Ai-je besoin tlu sang des boucs et des génisses? Le sang de vos rois crie et n'est point écouté. Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété; Du milieu de mon peuple exterminez les crimes, Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes.
(Athalie, acte I, scène I.)
Il faut donc que toute prière soit résumée par une œuvre.
En conséquence, nous commencerons cette journée véritablement sainte par nous confesser mentalement h Dieu, devant les tombes de ceux que nous avons perdus.
Et nous prendrons vis-à-vis de nous l'engagement de réparer autant que possible les fautes que notre conscience nous aura reprochées.
Ensuite nous nous rendrons au temple pour y faire publiquement acte de notre repentir véritable.
Et nous remercierons mentalement Dieu des bonheurs et des facultés qu'il nous a prêtés ou donnés jusqu'à ce jour.
Et nous nous garderons de rien lui demander pour l'avenir,
L'avenir étant la conséquence de nos œuvres, — et aussi parce que nul ne sait ce qu'il doit désirer.
Ensuite nous ferons publiquement le premier pas pour nous réconcilier avec ceux qui nous ont offensés.
Et l'offense la plus grave sera la première pardonnée par nous.
Et ce jour-là surtout, le fils sera soumis et le père bienveillant, afin que l'harmonie soit établie ou rétablie entre eux.
Ensuite le chef religieux nous parlera d'un des grands principes de morale dont la connaissance approfondie améliore l'âme.
Puis il engagera les chefs de famille à donner la bénédiction à leurs enfants, —
te LES TROIS FILLES
et il bénira ceux dora les chefs ne sont plus.
Ensuite, la musique étant une prière, un chef-d'œuvre, choisi et exécuté avec le plus grand soin, invitera les assistants à la méditation.
La cérémonie religieuse se terminera par un chœur chanté, d'actions de grâces à Dieu.
Et chaque famille se retirera précédée par son chef.
Et chacun devra, avant de rentrer chez lui, faire une aumône.
Et pour que l'aumône soit bien faite, — elle devra être faite sans intermédiaire et placée avec le plus grand soin.
Et le repas qui suivra devra être pris en famille.
« Et tout ce qui sera demeuré de reste en Sion et tout ce qui aura survécu à Jérusalem sera appelé saint. » (Isaïe, iv, 3.)
« L'Éternel deviendra ta lumière perpé-
iuelle, quand seront accomplis les jours de ton deuil, et ton peuple sera tout autant de justes. » (Isaïe, lx, 20, 21.)
Et la première qui sera ainsi créée et renouvelée sera la nation juive dont il est prédit formellement. (Es., lx, 24.)
Et enfin Moïse promettait à son peuple, qu'après tous les châtiments qui seraient tombés sur lui : — « Quand il aurait profité pour se reconnaître et pour se repentir au milieu des nations chez lesquelles il aurait été déporté, — l'Éternel circoncirait son cœur et celui de sa postérité, en sorte qu'il aimerait le Seigneur son Dieu, et le servirait de tout son cœur et de toute son âme. » (Deutéronome, xxx, 1, 5.)