‹ Les trois frères Van EyckChapitre 2 sur 29 · DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS · texte numérisé non relu

DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS

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Docteur en droit.

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IMPRIMERIE DE LEONARD HEBBELYNGK., Vieille Citadelle, 152.

Parmi les nombreux étrangers qui visitèrent nos contrées durant le XVIIIe siècle, il y en eut un, d’une naissance illustre , qui fut appelé plus tard à y remplir de grandes destinées. Les détails de son voyage se trouvent dans un manuscrit du temps , que l’on conserve à la Bibliothèque de Bourgogne; il a pour litre : Relation véritable du voyage de S. A. R. le Duc de Lorraine en Flandres (I). Cet écrit, qui ne semble pas avoir été destiné à la publicité , est moins une relation de voyage , qu’un journal très-concis ou plutôt un mémorial à l’usage de son auteur ; il est conçu en langue française : l’auteur affecte

(1) Ce manuscrit se trouve placé sous le n° 12991, dans l’inventaire dressé par M. Marchai, et publié sous le titre de : Inventaire des Manuscrits de l’ancienne Bibliothèque royale de Bourgogne , publié par ordre du Ministre de l’intérieur et des affaires étrangères. Bruxelles, 1839, in-folio. Il y figure par erreur sous le titre de : Voyage du prince Charles de Lorraine.

parfois d’indiquer les faits et les observations, par une seule phrase, par un seul mot. Le manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne ne porte pas de nom d’auteur, et Y Inventaire ne nous apprend rien à cet égard; cependant il nous semble que la forme même de ce journal indique une personne de la suite du Duc de Lorraine , à moins, qu’on ne veuille supposer qu’il ait été écrit sous la dictée du prince lui-même. Le texte n’en a jamais été imprimé , à notre connaissance; ce motif nous a déterminé à le publier ici, en y joignant des notes qui ont pour objet de redresser de légères erreurs , de rappeler quelques dates, et de compléter le récit du séjour du Duc dans plusieurs de nos villes , par le narré de la réception qu’on lui fit, emprunté à des chroniques locales et à des historiens contemporains.

Par forme d’introduction, nous faisons précéder le texte de la Relation d’une notice biographique sur la personne du prince et d’un bref aperçu de l’état dans lequel se trouvaient les Pays-Bas à l’époque de son voyage.

François-Etienne , fils aîné de Léopold , duc de Lorraine, et d’Elisabeth-Gharlotte d’Orléans, naquit le 8 décembre 1708. Il fut élevé dès l’âge de douze ans, à la Cour de l’Empereur Charles VI, qui le destinait dès lors à devenir son gendre et son successeur. Après la mort de son père , le jeune François fut reconnu duc de Lorraine, le 27 mars i 729. S’étant rendu dans ses étals, le 9 novembre de la même année, il alla peu de temps après rà Versailles , rendre hommage au Roi de France pour le duché de Bar. A son retour, il résolut d’entreprendre un voyage dans une partie du Nord-Ouest de l’Europe.

Il part de Lune ville au mois d’avril 1731 , pour se rendre à Bruxelles, séjour de l’Archiduchesse Marie- Elisabeth , l’aînée des trois sœurs de l’Empereur et gou-

vernante des Pays-Bas. Celle princesse lui fait l'accueille plus distingué, et dérogea en sa faveur à la rigueur de l’étiquette autrichienne , qui s’observait à la Cour de Bruxelles comme à celle devienne, où elle ne permettait qu’aux princes du sang de s’asseoir à la table de l’Empereur (1). Après cinq mois de séjour en Belgique , l’illustre voyageur part d’Anvers, et débarque à Rotterdam, avec une suite de six yachts, le 22 septembre de la même année. Le lendemain il arrive à La Haye , où il reçoit les ministres résidants des puissances étrangères (â). 11 quitte la Hollande pour visiter l’Angleterre, d’où il revient dans les Provinces- Unies, pour se diriger vers l’Allemagne ; il parcourt les États de Hanovre , de Wolfenbuttel , de Prusse , et arrive , le 20 mars 1732, à Breslau : le 28 du même mois, pendant son séjour en celte ville , il est nommé par l’Empereur vice-roi de Hongrie. Enfin, le 14 avril suivant, il arrive à Vienne.

Par le traité conclu le 3 octobre 1735, entre l’Empereur et le Roi de France , il était dit que le Duc François- Étienne céderait à Stanislas, Roi de Pologne , les duchés de Lorraine et de Bar, en échange de la Toscane : François- Étienne acquiesça à ce traité pour le bien de la paix. Le 21 janvier de l’année 1736 , il épousa à Vienne, Marie- Thérèse , fille aînée de l’Empereur Charles VI, et héritière présomptive de ses états. Il fut mis en possession de la Toscane , l’année suivante , par la mort du Grand-Duc

(1) Baron de Pôllnitz, Lettres et Mémoires, Amsterdam, 1737, 5 vol. in-12. D’après les passages des historiens Bowcns et De Mann que rions citons aux notes des pag. 6 et 11 , le Duc de Lorraine visita nos provinces sous le nom de Comte de Blamont ou Blancmont (petite ville de la Lorraine); mais à en juger d’après les honneurs avec lesquels on le reçut partout, il y alieu de croire que l’incognito ne fut pas strictement observé.

(2) Voir la Cronycke de l’Almanach cité à la note 2 de la page 15, à la date du 22 septembre 1731.

régnant, Jean Gaston , dernier descendant des Médécis. Après la mort de Charles VI, les électeurs déférèrent la couronne impériale à son gendre , qui fut proclamé Empereur en 1745 , sous le nom de François I.

Le nouveau monarque eut à défendre la succession de son épouse contre les autres membres de la famille impériale, dont les prétentions étaient appuyées par la Prusse et la France, toujours prête à prendre les armes contre la Maison d’Autriche. Après huit années de sanglantes hostilités, l’héritage paternel fut assuré à Marie-Thérèse par la paix d’Aix-la-Chapelle, conclue en 1748. En 1756, il se trouva engagé dans une nouvelle guerre, dite de sept ans , contre Frédéric II, roi de Prusse. François II mourut subitement à Innspruck , le 18 août 1765 (I).

Pour se rendre compte de la position politique et militaire de la Belgique , à l’époque du voyage de ce Prince, alors qu’il n’était que duc de Lorraine , il faut remonter à 1715. C’est pendant celle année que fut conclu à Anvers le célèbre Traité de la Barrière, en exécution de l’article 7 du traité d’Ulrecht , qui stipulait que les Pays-Bas ne seraient réunis à la Maison d’Autriche, qu’après que celleci se serait accordée avec les Etats-généraux de Hollande, sur le grand objet de la Barrière à établir contre la France.

Ainsi, on s’explique la présence de troupes hollandaises dans plusieurs des villes que visita le Duc de Lorraine , en se reportant à quelques dispositions du Traité de la Barrière ; il y était dit : qu’il serait entretenu dans les Pays-Bas, un corps de 30 à 35,000 hommes, dont l’Empereur fournirait les trois cinquièmes, et les Etats-généraux deux cinquièmes; qu’en cas de guerre, il devrait être

(1) Art de vérifier les dates, par un religieux de Sx~Maur. Paris, 1819, 6 vol. in- 4°; t. IV, p. 141, et t. V, p. 298.

augmenté selon le besoin ; que la répartition des troupes , dans les places commises à la garde de leurs Hautes Puissances, se ferait par les Etats-généraux des Provinces- Unies, et dans celles confiées à l’Empereur, par le Gouvernement général des Pays-Bas, en se donnant réciproquement part des dispositions qu’ils auraient prises; que l’Empereur accorderait aux Etats- généraux , garnison privative dans les villes et châteaux de Namur, de Tournay , dans les villes de Menin , de Fûmes , de Warneton , à’Ypres , et dans le fort de la Knoque ; que la garnison de Termonde serait composée d’un bataillon de troupes hollandaises ; que l’Empereur nommerait le gouverneur de Termonde, qui aurait à prêter, comme ses subalternes, serment aux Etats-généraux ; que les Etats-généraux nommeraient dans les places de la Barrière , les gouverneurs et les étals-majors , qui seraient obligés de prêter serment à l’Empereur.

Les articles du Traité de la Barrière assujettissaient, en quelque sorte , une partie de la Belgique aux Hollandais. Les Etals de Flandre et de Brabant en conçurent de vives alarmes , et firent des réclamations de ce chef auprès de l’Empereur ; mais cela n’aboutit qu’à la modification de certains articles, qui portaient une atteinte directe à leurs privilèges (1). L’occupation des villes de la Barrière, par les troupes desProvinces-Unies, n’avait pas cessée en 1731 , époque du voyage du Duc de Lorraine.

(I) Voir Neny, Mémoires historiques et politiques des Pays-Bas Autrichiens. Bruxelles, 1785 , 2 vol. in-8° ; t. I . p. 14!.

Relation véritable chi Voyage de S. A . R. le Bue de Lorraine , en Flandres .

Le 25 avril 1731 , parti de Luneville (1), couché à Frouart (2), 7 lieues; couché à Luxembourg } 7 lieues; de Luxembourg passé à côté d’Arloii , petite ville de peu d’importance, couché à Marche , 20 lieues; de Marche passé à Namur, 10 lieues, ville très-forte (B) : on passe la Meuse et la Sambre qui se joignent; couché à Bruxelles } 12 lieues, et arrivé le 29 avril : ville mal fortifiée, mais belle ; gouverneur, le général Franghel (4); le général des Pays-Bas, le général Zumjongem (5). Parti de Bruxelles le 23 juillet pour Namur , séjourné 2 jours; logé au gouvernement, chez le Duc d’Ursel; garnison hollandaise; commandant, M. Coliers, Hollandais (6). — Barrière. —

(1) Luneville , ville de la Lorraine, à 5 lieues S. E. de Nancy.

(2) Frovard, petite place de la Lorraine.

(3) Au XVIIIe siècle, la plupart des villes de la Belgique avaient des surnoms: Namur était dite la forte.

(4) Le Maréchal Wrungel, dont il s'agit ici, était Suédois de naissance; de simple dragon il était parvenu au rang le plus élevé, en passant par tous les grades intermédiaires. V. de Pôllnilz, Ouv. cité., t. III, p. 137.

(5J Le général Zumjongem était issu d’une famille patricienne de Francfort, et quoiqu’il professât la religion luthérienne, il parvint, en suivant tous les degrés, au commandement général de toutes les troupes de l’Empereur dans les Pays-Bas. V. de Pollnitz , O. c., t. III , p. 137.

L’abbé Mann, dans son Abrégé de l’histoire ecclésiastique, civile et naturelle de la ville de Bruxelles, Bruxelles, 1785, 2 vol. in-8° . t. I, p. 220, fait mention de l’arrivée du Duc de Lorraine en ces termes: « Le 29 avril, François-Étienne, duc de Lorraine (ensuite empereur), » vint à Bruxelles, sous le nom d e Comte de Blamont. »

(6) L’histoire de Namur rapporte le séjour du duc de Lorraine dans cette ville , en ces termes :

« Namur vit en cet année (173!) arriver dans ses murs, François, duc » de Lorraine, depuis grand-duc de Toscane, et empereur des Romains.

Evêché. — Bataille d’échecs. — Le 26, parti pour Char leroi y 6 lieues : passé par Fleurus ; le Comte de Beaufort, gouverneur de cette ville de Charleroi , petite place bien fortifiée; deux villes : basse et haute, où est la citadelle; la Sambre les sépare , où il y a des écluses pour inonder tout le dehors ; elle est minée et contreminée partout ; il faut 6 mille hommes pour la défendre; cette ville dépend du Comté de Namur, et la ville basse du Prince de Liège, mais l’Empereur en est toujours le maître (1), Le régiment du grand-maître de l’Ordre. Il n’y a dans la place que 100 hommes, et firent l’exercice.

De Charleroi à Morts, 8 lieues; passé à Binche , petite ville ; logé au gouvernement , chez le Duc d’Aremberg ; cette ville est la capitale du Hainaut , elle est belle et bien fortifiée; à deux lieues de là , il y a l’Abaïe de S^Guilin (2); la ville est fortifiée considérablement , et il y a des écluses pour inonder les environs de Mons , et il y a 4000 hommes dans Mons.

» Ce prince visita toutes les fortifications de la ville et du château , et » fut magnifiquement traité par le duc d’Ursel , alors gouverneur de la » ville et province, et par le général comte de Colyar, qui avait succédé » dans le commandemeut militaire de Namur, au comte de Hompêche. »

V. Galliot, Histoire générale , ecclésiastique et civile, de la ville et province de Namur. Liège, 1790, 6 vol. in- 1 2 ; t. Y, p. 136.

(1) Cette ville n’était dans le siècle précédent qu’un beau village, nommé Charnoy ; le marquis de Castel-Rodrigo, gouverneur des Pays- Bas, en fit une ville et forteresse en l’année 1666, et lui donna le nom de Charleroi, en l’honneur de son souverain, Don Carlos II, roi d’Espagne. Ses fortifications furent démolies par les Espagnols en 1667, et rétablies par les Français, qui s’en emparèrent peu de temps après. Par la Paix d’Ulrecht , cette ville fut cédée aux États-généraux, qui la rendirent en 1716 à l’Empereur, en vertu du traité de la Barrière.

Y. Histoire générale des Pays-Bas, Bruxelles, 1743, 4 vol. in-12; t. III , p. 28. On y voit un plan de la ville de Charleroi.

(2) La petite ville de Sl-Guilain ou Ghislain, sur l’Haine , doit son origine à la célèbre abbaye des religieux de l’ordre de SMJenoit, qu’y fonda Sl-Guilain , compagnon de Sl-Amand et apôtre du Hainaut.

La 4 août , de Mons à Ath, 4 lieues, — le général Velle en est gouverneur, le chevalier Litta est lieutenant-colonel de son régiment ; logé au gouvernement ; le comte Clawitz, commandant lieutenant-colonel du régiment deKônigseck; — cette ville dépend du Hainaut , c’est une petite place assez jolie, elle est très-bien fortifiée, les fortifications fort régulières, marchande, son commerce est de toiles et des gants, — trois escadrons de dragons du général Velle et un bataillon d’infanterie du régiment de Kônigseck; — chasse à Belœil (1) chez le prince de Ligne, une lieue; le surlendemain, chasse aux perdraux à Flobec, deux lieues et demie; il appartient à Mm0 de Romiermont, la rivière de Dendre y passe. D’Ath à Tournay , 6 lieues; parti le 9, logé à l’Àbaïe de Sl 2 3 4 5-Martin (2); magnifique réception; ville belle et grande, capitale du Tournesis; l’Escaut passe dans la ville; vin de présent; garnison hollandaise; gouverneur de la ville, Mr d’Eusse; — Barrière; — trois régiments d’infanterie et 100 hommes de cavalerie, forte citadelle; très-magnifique église de ladite Abaïe (S). — De Tournai à Courtrai , 5 lieues, arrivé le 13, ville fort belle et très-belle citadelle (4); logé à rhôtel-de-ville; lanternes et illuminations de tout côté, la course du baquet (8); la Lisse, rivière,

(1) Belœil, célèbre château et domaine, depuis 500 ans dans la possession des princes de la maison de Ligne ; le poète Delille, dans son poème des Jardins, l’a chanté dans ce vers :

Belœil, tout à la fois magnifique et champêtre.

(2) L’abbaye de Sl-Martin, de l’ordre de Sl-Benoit, fut fondée en 650, par St-Éloy, évêque de Tournay.

(3) La première pierre de cette église fut posée en 1677, par le roi de France, Louis XIV, et son épouse Marie-Thérèse d’Autriche.

(4) La citadelle de Courtrai fut construite par le Maréchal de Gassion , en 1647, à côté de la porte de Gand ; elle fut prise par les Français en 1683; ceux-ci la démolirent, ainsi que les fortifications île la ville, l’année suivante.

(5) La Course du baquet est une variété du Jeu de bague , connue dans toute la Belgique : voici en quoi elle consiste : On suspend à une

y passe au milieu, elle y forme une isle. Deux escadrons cuirassiers du régiment du prince de Portugal (I). Place démolie par le Roi de France, pour fortifier Menin ; le commandant, Mr Devenitz (2). Le 14, S. A. R. alla seul diner à Oudenarde , 5 lieues.

Le 15, parti de Gourtrai pour Menin , 2 lieues; logé à l’hôtel-de-ville; bien forte (B); écluses qui inondent 8 lieues du pays; couverte par un ouvrage à corne; la Lisse, rivière, y passe et se jette dans l’Escaut (4); tiré les canons au sortir de îa ville; le comte de Nassau (5), gouverneur. — Parti le 17 de Menin pour Ypres, 4 lieues; logé au gouvernement; gouverneur, le prince de Hollensteen, Hollandais; troupe hollandaise, grande belle ville, très-belles fortifications, rivière de l’Iperlet, évêché suffraganl de Malines(6);

cprde tendue en travers d’une rue , ou entre deux arbres , une cuvette remplie d’eau jusqu’au bord ; une planchette attachée verticalement au fond, porte à son extrémité inférieure un anneau placé dans une échancrure : les concurrents, armés d’une perche, sont placés sur une charette , qu’on entraîne avec rapidité sous la cuvette. Le prix revient à celui qui enlève l’anneau, sans faire déborder le liquide; mais d’ordinaire, le but est manqué : le mouvement imprimé à la planchette, fait osciller la cuvette, dont l’eau inonde le joûteur maladroit.

(1) C’était le régiment de l’Infant Doin Emanuel de Portugal, dont le baron de Stein était colonel. — V. de Pôllnitz , O. c., t. III, p. 140.

(2) Cet officier était Irlandais de naissance et maréchal-dc-camp des armées de l’Empereur. — V. de Pôllnitz , O. c., t. III , p. 143.

(3) Menin était, à cette époque, une des places les plus régulièrement fortifiées de la Flandre; l’ingénieur français De Vauban , qui eut la conduite des ouvrages , la regardait comme son chef-d’œuvre. — V. de Pôllnitz , O. c. , t. III, p. 115.

(4) C’est une erreur: on sait que la Lys se jette dans l’Escaut à Garni.

(5) Le comte de Nassau-Laleck était arrière-petit-fils du prince Maurice et de la dame de Malines; il avait le grade de lieutenant-général et commandait, comme colonel , un régiment de cavalerie au service de la Hollande. — Y. de Pôllnitz, O. c., t. III, p. 144.

(6) L’évêché d’Ipres fut érigé en 1519, par le pape Paul IV; formé, ainsi que ceux de St-Omer et de Bologne , du territoire de l’ancien diocèse de Térouanne, il était suffragant de l’archevêché de Malines, et fut supprimé à la fin du siècle dernier.

tombeau de Jansenius à S1 -Martin, cathédrale ; il était évêque d’Ypres (1). Mangé à l’hôtel-de-ville le lendemain. 11 faut 12,000 hommes pour la défendre; écluses pour inonder tout le tour de la ville; tiré des boîtes (2) pendant le souper chez le gouverneur: il y a ville basse et ville haute (3).

Le 21 parti d’Ypres pour Fumes, passé le fort de la Knoque, 3 lieues; depuis là jusqu’à Fûmes, 4 lieues; d’ici jusqu’à la mer, une lieue. Knoque, fort par ses écluses et non par ses murailles, inonde une lieue à la ronde (1); la Knoque et Fûmes dépendent du gouvernement d’Ypres; d’ici il n’y a que 4 lieues jusqu’à Dunkerke; logé à l’Abaïe S*-]Nicolas des Prémontrés (5); vu la mer. — De Fûmes à Nieuport, 2 lieues; parti le 22, arrivé le matin; troupe de

(1) Jansenius, évêque d’Ipres, est enterré dans le chœur de la cidevant cathédrale de St-Martin , où l’on voit encore aujourd’hui son tombeau , qui se distingue de celui des autres évêques de cette ville , par l’absence complète d’inscription sur la pierre sépulcrale ; Jansenius mourut en 1638 et fut le fondateur de la célèbre secte des Jansénistes» fort répandue en Belgique et en Hollande au XVIIe siècle.

(2) Ces boîtes étaient de petits mortiers en fer ou en cuivre , qu’on chargeait de poudre et qu’on bouchait d’un tampon de bois; ils étaient d’usage dans nos réjouissances publiques.

(3) La ville d’Ipres est bâtie dans une plaine. La distinction de haute et basse ville que fait l’auteur, n’est partant pas rigoureusement juste; mais nous croyons pouvôir l’expliquer par l’usage où sont encore aujourd’hui les habitants d’Ipres , de désigner par l’expression de Sente Pieters boven, le quartier de St-Pierre, situé dans la partie de la ville relativement la plus élevée.

(4) Le fort de la Knocque, à une lieue et demie de Dixmude, au confluent del’Isèreet de l’Iperlée, fut construit par Don Felipe IV, roi d’Es» pagne, en 1662, au village de Rheningue. Louis XIV, s’en étant rendu maifre depuis, en fit faire une forteresse régulière par l’ingénieur Vauban. On l’appelait alors la clef de la ville d’Ipres, parce qu’elle en gardait les écluses.

(5) L’abbaye de St -Nicolas, de chanoines réguliers de l’ordre de Prémontré, fut fondée à Fûmes, en 1120, par Jean, évêque de Térouane , et dotée par plusieurs comtes de Flandre.

marins, cinq petits matelots habillés de toile d’argent, portant le vin de présent, sur une barque trainée par 4 sauvages; diné au gouvernement; canal avec flux et reflux, écluses à un quart d’heure de là, qui inondent 10 lieues à la ronde. Le comte de Final , gouverneur; troupes impériales. — Couché à Ostende , 3 lieues; logé au gouvernement; gouverneur, Mr de Gand; troupes impériales. Le 23, combat naval sur un canal de la mer (1). Le 24, revue des troupes; visité le fort SMfliilippe (2)j écluses superbes; promené dans le canal jusqu’au bord de la mer; la veille, visité un vaisseau marchand français; plusieurs volées de canon; — mangé à l’hôtel-de-ville; beau carillon. Le len-

(1) L’auteur de l’histoire d’Ostende mentionne le passage du Duc de Lorraine dans les termes suivants :

« Op den 11 augustus van het zelve jaer (1731) kwam den Hertog » van Lorreynen binnen Oostende, onder den naem van Graeve van «Blancmont, en hv nam zynen intrek by den gouverneur Graeve de »Gand. Hy wierd door het Magistraet verwelkomt, en van wegens het » garnizoen aile krygs-eere bewezen. Immers, men leydde ailes aen om » zyn verblyf zoo aengenaem te maeken aïs het mogelyk was, en eenige » dagen naer zyne aenkomst wierd er een zeegevegt nytgevoerd tus- » sclien een keyzersch en een turksch schip , liebbende aen beyde » kanten een groot getal mindere scheepkens en schuylen , voorzien » van hunne vlaggen , wimpels en kleedingen. Het keyzersch schip wierd » gevoerd door kapiteyn Nicolas Carpentier, en het turksch schip door » kapiteyn Gournaye. Naer een lang gevegt wierd het tursch schip » overmeesterd, en de gewaende Turken door de Keyzerlykcn als ge- » vangene voor Zyne Hoogheyd gehragt , aen wie dit zeegevegt zeer » vermaekelyk voorkwam. Hy gaf aen beyde kapiteyns een geschenk, en »ttvertrok op den 25 der zelve maend van Oostende naer Brugge. »

V. J. Bowens , Nauwkeuriye beschryving der stad Oostende , Brugge, 1792; in-4°, vol. II, p. 96.

(2) Le fort de S^Philippe, qui était situé dans le poldre de ce nom sur la rive gauche du canal d’Ostende à Bruges , et dont il est fait mention dans l’histoire du fameux siège d’Ostende sous les Archiducs Albert et Isabelle, n’existe plus aujourd’hui. Il fut démoli en 1782, et le terrain sur lequel il avait été élevé , fut adjugé en vente publique le 1er mars de la même année. — F. Bowens , O. c., — t. Il , p. 178.

demain 25, parti pour Bruges en deux hiaques (yachts), 4 lieues; cors de chasse dans celui de S. A. R.; tym balles et trompettes dans le second, conduit par les marins, dans 28 chalouppes; volées de canon à l’entrée du canal, mariniers; tiré à la sortie des écluses du fort S^Philippe; belles illuminations à Bruges , ville belle et grande ; logé au gouvernement, chez M. le comte Laling ; beau carillon; fusées; évêché suffragant de Malines; vu les ossements de Charles, duc de Bourgogne, mort en odeur de sainteté, assassiné pour la foi; il était géant (1). Tiré sur le grand

(l) L’auteur confond évidemment ici Charles I, dit le Bon , fds du roi de Danemarck et XIIIe comte de Flandre, avec Charles II, dit le Téméraire , duc de Bourgogne et XXVIIIe comte de Flandre; l’un et l’autre périrent de mort violente. Le premier fut assassiné en 1127, dans l’église du bourg de Bruges (la cathédrale de St-Donat); le second mourut malheureusement devant Nancy, en 1477. Les causes de l’assassinat de Charles-Ie-Bon sont restées enveloppées d’un certain mystère; le récit solennel de cet événement était publié chaque année au son de la trompe, devant la porte de la cathédrale, jusque dans la seconde moitié du siècle passé, comme on peut le voir dans les annales de Custis. Cet auteur rapporte que l’on conservait dans cette église les ossements du vertueux prince et une mesure de sa taille , qui accusait 9 pieds et 1 demi-ponce. — F. C. Custis , .Jaerboecken (1er stadt Brugge, Brugge , 1765 , 3 vol. in- 12; — t. I , p. 116. — V. Acta Sanctorum, 2 Mariii , — t. I, p. 163.

En 1782, l’évêque de Bruges retira les reliques du vénérable comte d’une vieille châsse en bois, pour les déposer dans celle où elles sont conservées actuellement. On y ajouta le portrait du comte, une lettre de l’évêque et un récit historique de la vie de Charles-le-Bon , par le chanoine J. -B. Schcllekens. — F. Beaucourt, Tableau fidèle, t. I, p. 19

Par suite de la destruction de l’église cathédrale de Saint-Donat , à l’époque de la révolution française, cette châsse fut transportée à la cathédrale actuelle de Saint-Sauveur, dite San Salvador, ainsi que nous l’apprend l’inscription suivante qu’on lit aujourd’hui au-dessus de l’autel de la première chapelle du pourtour, côté gauche du chœur :

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