‹ Les trois frères Van EyckChapitre 26 sur 29 · QUELQUES · texte numérisé non relu

QUELQUES

NOTES SUR lil! SIM Mi. (1)

Les recherches que j’ai faites dans les divers depots d'archives qui se trouvent à Bruges , m'ont permis de réunir les noms d’environ quatre cents peintres qui ont vécu dans cette ville de 1450 à 1800.

La plupart de ces artistes ont sans doute mérité l’oubli dans lequel ils sont tombés ; il en est pourtant parmi ceux dont la biographie n’est pas encore connue, qui n'étaient pas dépourvus de mérite : c’est une conviction que je me suis faite , d’après certains renseignements qui ? pour moi , ont la force d’arguments péremptoires.

Et d'abord, plusieurs tableaux de mérite portent des noms, ou des signatures inconnus dans les annales de la peinture. D’autres tableaux , attribués jusqu’ici à des maîtres

(1) Cet article a déjà para dans les Bulletins de l’Académie royale*

connus, ont prouvé, quand on en a déchiffré la date, la vanité de ces conjectures, puisque ces artistes n’étaient pas nés, ou étaient morts à l’époque indiquée par le millésime.

Ce qu’il faut nécessairement conclure de là , c’est que pour avoir été confondus avec les maîtres les plus famés , ces peintres inconnus avaient un mérite incontestable.

Les observations que j’ai eu lieu de faire à ce sujet dans la ville de Bruges, on pourrait, je n’en doute point, les faire dans les autres villes de la Belgique; je dois cependant me borner à quelques faits recueillis dans la capitale de la Flandre occidentale.

Antoine Claeyssins , par exemple , est proclamé partout comme l’auteur de deux tableaux renommés, représentant le jugement de Cambyse; or, Antoine Claeyssins mourut à Bruges en 1613, et les tableaux portent la date de 1498. En ne lui donnant que 23 ans au moment de la confection des tableaux, il serait mort à l’âge de 140 ans; âge fabuleux pour un peintre.

Ces deux tableaux sont donc l 'œuvre d’un maître qui, malgré son talent, s’est point parvenu à léguer son nom à la postérité.

Poursuivons. Il existe un tableau de moyenne dimension, représentant le magistrat du Franc. Ce tableau a joui d’une certaine célébrité, et on l’attribuait à Jacques Van Oost, le père; mais voici que le dépouillement des comptes du Franc nous apprend que l’auteur de cette toile est Gilles Thilbrugghe, qui, au mois d’avril 1660, reçut pour son travail la somme de neuf cents florins.

Ce n’est pas tout. Le baptême du Christ , conservé à l’Académie de notre ville , était généralement attribué à Hemling , lorsqu’un homme dévoué exclusivement à l’étude des peintures de cette époque , le docteur Waagen , dé-

clare , lors de sa dernière excursion à Bruges , qu’un examen approfondi de ce tableau lui donne la conviction que l’opinion admise jusqu’à ce jour n’est rien qu’une erreur. Mais de qui est-il? D’un peintre à qui un chefd’œuvre n’a pu donner assez de renommée pour que son nom parvînt jusqu’à nous.

Ces erreurs nous prouvent bien l’importance de constater toutes les dates dans les biographies des grands peintres.

Hemling, ce peintre adorable, dont la renommée est si grande , est un de ceux dont la biographie est la moins connue. Tout ce que nous connaissons de ce génie , ce sont quelques dates que portent ses tableaux et des traditions fort contestées.

Bruges le réclame pour un de ses enfants ; Descamps le fait naître à Bamme ; d’autres le prétendent Allemand.

Les historiens le font assister à la bataille de Nancy , le 5 janvier 1477 , et le ramènent à Bruges dans un état pitoyable, empiré par tout ce que l’imagination a pu y ajouter de détails de nature à rendre cette position plus poétique.

Arrivé à Bruges, dit-on, il s’achemine vers l’hôpital, sonne à la porte et tombe évanoui. Les frères l’introduisent, l’entourent de soins et le rendent à la vie et à la gloire , c’est-à-dire à la pauvreté. Alors , mû par la reconnaissance, il peint plusieurs chefs-d’œuvre qui l’occupent pendant dix-huit mois ; le plus ancien de ses tableaux, conservé dans cette institution, porte la date de 1479.

Ces faits pourraient bien n’être pas d’une scrupuleuse exactitude, mais je me garderai bien toutefois de les examiner de trop près , car le fond de ces traditions est sans doute vrai, quoique les détails soient un peu exagérés. C’est

après avoir fait cette réserve que je publierai plus loin un fait qui semble prouver que, en 1477, au moment qu’on le dit à l’agonie, Hemling se porte à merveille.

D’après ses biographes, il travaille pour l’abbaye de Sithiu, près de Saint-Omer, de 1480 à 1484.

Dans le cours de cette dernière année , il termine , pour l’hospice de S1- Julien , le saint Christophe que l’on voit encore à l’Académie.

Que devint-il ensuite ? Selon les uns , il va en Espagne et travaille à la chartreuse de Miraflores , dont les archives mentionnent en effet le nom de Juan Flamenco (Jean le Flamand), comme y peignant de 1496 à 1499.

Ce nom, ajoute-t-on, ne peut désigner que notre Hemling , car nul artiste fameux , excepté lui , ne portait alors , dans les Pays-Bas, le nom de Jean .

Mais qui prouve que , pour ne pas être connu des biographes , il n’ait existé réellement à cette époque aucun artiste éminent du nom de Jean , si je constate que, pour ma part, j’ai recueilli les noms de trente- deux peintres du nom de Jean, qui ont vécu de 1450 à 1550? on peut donc facilement s’expliquer la présence à Miraflores d’un Jean Flamenco, qui ne fut pas Hans Hemling.

On pourrait d’ailleurs corroborer ces inductions d’un fait matériel. Il y a dans le musée d’Anvers un charmant diptyque qui porte la date de 1499. Sur l’une des faces extérieures, on voit le portrait d’un abbé des Dunes ; or, pour rendre les traits de cet abbé , il fallait que Hemling fût à Bruges. C’est à l’occasion de ce sujet que M. Michiels dit : « Je doute fort que ce soit là son dernier ouvrage. » J’ose affirmer , au contraire , que si le diptyque d’Anvers est bien positivement de Hemling , c’est le dernier produit de son pinceau.

Un arrangement , sous forme de contrat , passé entre la

corporation des librariers et l’abbé de l’Eeckhoute , est déposé aux archives de la province. Dans cette pièce se trouve un inventaire de tout ce qui appartenait à celte corporation* il porte la rubrique suivante: « Puis leur tableau » (d’autel) à quatre volets , où se trouvent Guillaume Vre- « land et sa femme de pieuse mémoire, peints par la main » de feu maître Hans (t).

Hemling était donc mort en 1499 , et comme il a peint le diptyque d’Anvers en 1499 , c’est par conséquent durant le cours de cette année qu’il a succombé : c’est le premier renseignement contemporain trouvé jusqu’à ce jour, qui constate la date de son décès. S’il était mort cette année à Miraflores, on ne l’aurait sans doute, pas su à Bruges immédiatement, ce qui semblerait prouver qu’il est mort en cette dernière ville.

Ces indications m’ont inspiré la curiosité de consulter les comptes des librariers de 1454 à 1525, conservés aux archives de la ville.

J’ai pu, en effet, y recueillir quelques notes qui complètent l’histoire de cette œuvre de Hemling.

On trouve au verso de la page 96, la rubrique suivante: « Année 1477. Item donné au menuisier 8 escaîins; à sa- « voir : deux escaîins pour les volets que j’ai prêtés à maître » Hans, de la part de la corporation (2). »

Il semble résulter de ce fait que maître Hans n’avait pas de quoi faire une dépense aussi minime , ni assez de crédit

(1) Noch bovendien huerlieder autaer tafle metten vier dueren daer aen zynde daer Willem Vreland ende zyn wyf zaligher gedachte in ghecontrofeit zyn, gliemaect by der hand van wylen meester Hans.

(2) Item ghegheven den scrinewerker V sc. gr. te weten II sc. voor 1 cassyn van onse tafele en III sc. van de duerkins dien ic meestre Hans hebbe gheleend yan de ghilde weghe. ,

pour obtenir, sans payer comptant, livraison de ces volets. Et voilà bien souvent la condition du génie!

Même page. « Item dépensé chez Guillaume Vreland, » douze gros , lorsque maître Hans fit l'entreprise de pein- » dre ces deux volets (1). »

Notons que ces dépenses sont faites en 1477 , au temps que les historiens le placent sur un lit de douleur à l’hôpital.

Même page. « Item encore payé au menuisier pour deux » autres volets, 4 escalins (2). »

Même page. « Avancé à maître Hans sur les deux volets » qu’il a à peindre pour nous, une livre de gros (3). » Il n’avait donc pas de quoi se procurer des couleurs , le peintre qui a fait tant de chefs-d’œuvre!

Au verso de la page 100, on trouve une souscription pour couvrir les frais de ce tableau d’autel ; elle rapporte à peu près trente escalins.

A la page 101 , compte de 1478. « Item donné à maître « Hans en tout et en une fois, 3 liv. 2 escalins (4). » Qu’elle est triste la destinée du génie, qui méconnu de son siècle, continue son œuvre avec résignation, sans même recevoir le pain de chaque jour pour les merveilles qu’il enfante!

<î)it. verleid tôt Willem Vreland XII g. als de duerkins van onse tafie waren meestre Hans besteet te makene.

(2) Item noch bet. de scrinewerker van 2 and. duerkins IV scli. g,.

(3) Item bet meestre Hans up de 2 duerkins die hy heeft van ons te makene, I lib. gr.

(4) It. gbegheven meestre nans al samen in een III lib. II scb.

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