‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 103 sur 112 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

Mais pour un autre cantique également ancien, un cantique français, celui-là, nous avons mieux qu'un fragment: nous avons l'original complet, A dessein, nous disons “l'original,” et c’est à une faute de notre part, une heureuse faute, que nous le devons, Il ya déjà quelques années, vers 1886, nous avions publié dans une feuille religieuse une traduction du Cantique des Arsonnais à sainte Anne, -car c'est de lui en effet qu'il s’agit, —et nous l’avions fait selon le texte que nous connaissions alors, pensant que ce texte était le bon, c'est-à-dire le seul en existence (252) :

Saluons avec dévotion Madame sainte Anne, Disons-lui de cœur Dans cette chapelle :

Refrain: Sainte Anne, notre patronne, Secourez-nous dans le danger ; Soyez notre avocate Auprès de Jésus, notre Sauveur,

A quelque temps de là, nous recevions une lettre qui nous

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venait d'outre-mer, signée par ‘“un d’Arzon” même, comme il s'appelait, M. L. Gadebur, professeur de séminaire, une lettre où, dans les meilleurs termes possibles, nous était prouvée notre erreur, En même temps, l’aimable correspondant nous enyoyait le fexte vrai du cantique et l’encadrait de détails propres à mieux en faire sentir le touchant caractère.

“ A:zon, disait M. Gadebur, est l'extrême pointe de la presqu'ile de Rhuys: ce n’est qu'une langue de terre fort étroite qui sépare le Morbihan de l'océan Atlantique, mais c'est par excellence le pays des vieux souvenirs, Il garde le plus antique de nos /wmulus, d'où l’on aperçoit Vannes au fond du golfe, et Belle-Ile en pleine mer, sur la route du Canada, Ce #wmulus a contemplé le combat naval des Venètes et des Romains de César, Depuis ce temps reculé, les habitants d’'Arzon vivent sur la mer, par goût autant que par nécessité,

“ Or, en 1673, il y eut guerre entre la France et la Hollande : quarante-deux marins d'Arzon furent embarqués, par l'ordre de Louis XIV, sur sa flotte royale que d'Estrées commandait, Leurs parents, inquiets de leur sort, firent à Sainte-Anne un pèlerinage ; toute la paroisse ies accompagna. Les marins de la classe ou de la

dvce furent confiés au cœur de sainte Anne, /a bonne Dame des Bretons. Sainte Anne les garda.

Pendant que Louis XIV et Condé se préparaient à franchir le Rhin près de Tolhuys, passage facile que Boileau a su rendre fameux, la flotte française ralliait celle des Anglais nos alliés sur la côte de Suffolk, Faut-il ea croire le rapport intéressé de Colbert ? Selon lui, les Anglais avaient leurs vaisseaux à l'ancre et, pour la plupart, ils étaient descendus à terre, lorsque, tout à coup, on signala l’escadre des Hollandais: l'amiral Ruyter, en effet, offrait la bataiile. Les vaisseaux anglais, dégarnis de leurs équipages, ne furent que d’un médiocre secours, La bataille fut acharnée, car d'Estrées voulait montrer à ses alliés sa jeune et vaillante marine, et Ruyter combattait sous les yeux du plénipotentiaire des Pays-Bas, Corneille de Witt.

“ Lisez maintenant le cantique des Arzonnais; dans son langage naïf mais frappant de vérité, il vous dépeindra les fureurs de la lutte, Et comme nous, vous serez ému, lorsque vous entendrez

la reconnaissance des Arzonnais affirmer solennellement que “pas un homme d'Arson” ne reçut la moindre blessure, A leur retour, au mois d= décembre, ces quarante-deux enfants de sainte Anne vinrent la remercier dans sa chapelle, et pour la première fois, ils chantèrent ce cantique d'action de grâces. Tous les ans, depuis cette époque, ce pèlerinage est renouvelé ; la dette de reconnaissance s’est accrue, en particulier, lorsque le choléra s'abattit sur les pauvres chaumières d'Arzon, et celui qui vous parle est un témoin vivant, grâce à sainte Anne, de sa protection maternelle, car, ainsi que beaucoup de ses compatriotes, il ne fut sauvé que par la Providence,

“ C'est le lundi de la Pentecôte, jour de grand pardon, que rendez-vous est donné à l'entrée du village de Sainte-Anne, vers les premiers rayons de soleil, “ Aussi, dès la veille, après la grand’messe “toute la population libre s'embarque. La petite flottille se déploie ‘“ À travers les îles du golfe, le bateau du clergé en tête, avec la croix “ de paroisse, De toutes les barques pavoisées, montent des prières ‘et des chants qui se croisent et se répondent, dans un charmant “ désordre qui forme le plus pittoresque concert,” Voici la rivière d'Auray : les barques glissent, sovs l'effort cadencé des rames, entre les rives qui tantôt se resserrent et tantôt s'élargissent, de manière à laisser voir au loin la statue de sainte Anne, toute rayonnante sous les feux du soleil couchant, Le lendemain, avarñt l'aurore, les Arzonnais s'acheminent d’Auray vers Sainte-Anne, et bientôt deux files de pèlerins, bannières au vent, se déroulent autour de la basilique, Ce sont bien les Arzonnais du XVIIe siècle : les iemmes, vêtues de noir sous leurs coiffes blanches aux ailes pendantes, les hommes, dans la calme attitude de la vicillesse ; les jeunes gens ne sont pas ici; voguant au loin sur toutes les mers, ils sont unis par la pensée à ceux dont le cœur ne les oublie pas. A la même heure, les enfants et les infirmzs, seuls habitants de la paroisse, ce jour-là, sont réunis à l’église et chantent, comme les pèlerins, les litanies de sainte Anne et leur cantique, pendant que la procession marche vers la basilique, C'est le moment solennel: tous, d’une seule voix, animée par la même foi et la même reconnaissance, ils entonnent le Cantique spi. rituel. Et nous, chaque année, nous voyons couler des larmes sur les visages émus des äutres pèlerins, accrurus de nos landes et de nos montagnes, ”

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Tel est donc ce célèbre cantique (202) :

Sainte mère de Marie,

Par un miraculeux sort, Vous nous conservez la vie Dans le danger de la mort.

Avec actions de grâces, Nous venons en ce saint lieu, Honorer en cette place,

La sainte Aïeule de Dieu.

Sainte MÈTE se sessosuse

Nous avons été de bande Quarante et deux Arzonnais A la guerre de Hollande, Pour le plus grand de nos Rois, Sainte mère...

Ce peuple de notre côte Vint ici à grands concours, Les fêtes de Pentecôte, Implorer votre secours,

Sainte mère...

Pendant que l'ordre nous mande Qu'il nous fallait faire état De voguer vers la Hollande, Pour leur livrer le combat.

Sainte mère...

Ce fut de juin le septième Mil six cent septante et trous, Que le combat fut extrême De nous et des Hollandois.

Sainte mère... ss.

Les boulets comme la grêle, Passaient parmi nos vaisseaux, Brisant mâts, cordages, voile,

Et mettant tout en lambeaux.

Sainte MÊTE...... sossse

La merveille est toute sûre Que pas un homme d’Arzon Ne reçut la moindre injure, De mousquet, ni de canon.

Sainte MÊrE..sesesee sos

Un d’Arzon changeant de place, Un boulet vint à passer, Brisant de celui la face, Qui venait de s’y placer.

Sainte mère...

L'Arzonnais la sauvant belle, avec le Eut l'épaule et les deux yeux mêlée ?

Tout couverts de la cervelle éveiller De ce pauvre malheureux, permett

Sainte mère... mation

He ; partout e Jésus la sainte Aïeule, chevale:

Par un bienfait singulier, régleme Nous connaissons que vous seule plus d' Nous gardiez en ce danger, la règle

Sainte MÈTE...... sesosses ordre 1,”

Par humble reconnaissance,

Nous fléchissons les genoux, Adorant votre puissance Du Qui a paru envers nous. tion plus

Sainte MÈTE.. 050 vovsee (202), d puis à ur du style treizième peu de s.

Recevez toutes nos classes, Pour tout je temps à venir; Sous l'asile de vos grâces, Nul ne pourra mal finir,

Sainte mère..........

C'est plaisir de voir un grand romancier, Emile Souvestre, se

prendre d’admiration pour ce cantique de la vieille Bretagne ; nous montrer les pardons du Morbihan, qui sont partout ailleurs des fêtes pieuses et tranquilles, entremêlés ici de souvenirs militaires ; nous présenter les hommes d’Arzon, se pressant comme un bataillon autour du modèle d’‘:n vaisseau de 74, pavoisé de tous ses pavillons et porté par six matelots ; chanter ensuite avec eux l'hymne guerrier, et ajouter en finissant :

“ N’est-elle point belle cette Marseillaise catholique composée par de pauvres matelots d'autrefois ? Ne respire-t-elle pas une forte et noble assurance ? N’est-elle point propre à donner, dans les luttes furieuses, cette confiance aveugle qui fait les victorieux? Et ditesnous, hommes d’aujourd’hui, qu’avez-vous à apprendre aux enfants d'Arzon à la place de cet hymne de leur clan ? Quel est le chant avec lequel vous les mèneriez aux combats, si venait l’heure de la mêlée ? Que leur diriez-vous,.à ces bons enfants de la mer, pour éveiller leur rage guerrière! Cet hymne de leurs pères, vous ne leur permettriez pas de le répéter : vous leur diriez d’aller lire la proclamation collée au grand mât!......Ainsi la poésie s’en va, chassée de partout ; ainsi, à cette fièvre de cœurs de lions qui s’allumait aux airs chevaleresques des vieux temps, vous avez substitué le courage réglementaire et sans enthousiasme! Plus de chants excitateurs ; plus d’exaltation généreuse ; guerre et paix, tout est soumis à la règle écrite d'avance ; on s'arme, on combat, on meurt par

ordre 1,

Du chant militaire nous passons à des cantiques d’une inspiration plus calme, comme ceux de Mgr Bécel (208), de l'abbé Riant (201), du Père Arthur Martin (206), et de l'abbé Nicol (210) ; puis à une douce cantilène où la délicatesse des pensées et la suavité du style rappellent, à s'y méprendre, la vieille poésie religieuse des treizième et quatorzième siècles. Nous invitons le lecteur à faire un peu de solfège :

1 E. Souvestre, Les derniers Bretons, t, 1, p. 136 (2 in-12, Varis, 1858).

Dormez, dormez, ma toute belle, ) * olei “ De Plus pure que soleil ; Dormez, ma douce colombelle, Dormez ce beau sommeil,

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